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L'exception cocu-lturelle française

Nous sommes décidément bien particuliers. Le 06 juin, à la sortie de ces grandes réunions pontificales qui prennent obligatoirement place à partir de 18H15 pour se finir de bon matin, nous sommes, comme toujours, parvenus à la fumée blanche au dessus du "Vat- y- con".
"Habemus conventionem . Habemus sauvarem securitate socialis" !
Et tout cela autour d'un merveilleux mot : la D C I.

Le laboratoire "Lilly" a fait défiler sur nos fax la douloureuse disparition du Nalgesic, du fait d'un, je cite, "redéploiement de son portefeuille de molécules innovantes". "Fumée grise sur le Vaticon" ," hirondelle innovante annonçant le printemps de l'économie mondiale ".

Nous allons probablement demain nous retrouver comme les salariés de la "nouvelle économie" de monsieur J2M..... Virés et plumés. Dépouillés de nos ( bonnes ) actions prescriptives.
Nous allons nous aussi faire naviguer nos dividendes sur ce nouveau galion voguant vers l'Amérique : le "Payflower" , non plus porteur de l'espoir de l'Europe émigrante , mais porteur du fric, de retour vers son pays de légitimité naturelle.
Etat des lieux : chaque semaine une "molécule innovante" est synthétisée de par le monde. Chaque semaine cinq plaques de généralistes disparaissent en France sans qu'ils soient remplacés par des successeurs.
Chaque molécule innovante a un coût de recherche évalué entre 700 millions et deux milliards d'euros. Le double du coût de la revalorisation des honoraires des généralistes.

Cinquante pour cent de ces nouvelles molécules proviennent des Etats-Unis, où la recherche est déjà co-financée par l'Etat, via la recherche universitaire, recherche qui est elle même sponsorisée par les quatre grands labos américains qui président désormais à la synthèse mondiale de molécules. Le citoyen américain paie donc deux fois, une fois sur ses impôts, une fois à la pharmacie. Mais il est gros consommateur aussi : 41% du marché mondial des médicaments. Ce marché est totalement régulé par la loi de l'offre publicitaire et de la réponse consumériste qui en découle. Dans chaque budget de recherche, 70% est consacré à la promotion pour 30% à la recherche fondamentale, ce qui avait inquiété le candidat Al Gore, et pas George Bush. Al Gore a été battu.

Sur les cinquante molécules nouvelles synthétisées par an, ici et là, neuf feront l'objet d'un lancement mondial. Actuellement l'Europe est en train de casser toute son organisation de contrôle sur la mise sur le marché des nouvelles molécules pour "booster" le lancement de ces nouvelles molécules , qu'elles viennent des USA, ou que les Etats Unis d'Europe aient pour eux -mêmes le rêve de reconquérir des parts de marché ( la France, par exemple, ne représente que 4% de découverte de produits innovants de 1975 à 2000 ).

Les laboratoires pharmaceutiques dont le rendement annuel est le double de celui des banques ( +15 à 25% de bénéfices par an sur le chiffre d'affaire), n'ont plus qu'une détermination : de "bouter" hors des esprits et des officines les produits classiques au profit des molécules innovantes, quel que soit le risque iatrogène pour la population, risque lui aussi couvert par le prix et les marges des médicaments. Aux USA, le seul marché des produits type sildénafil et autres "poppers" sexuels représente à lui seul le budget français de la Défense. On a vu ici que le seul Celebrex couvrait, par an, la même somme que le surcoût du C à 20 euros. Pourtant, combien de mois de paralysie du système ont-ils été nécessaires pour que ce médicament "innovant" soit remboursé par monsieur Spaeth, et monsieur Davant, si "regardant" à notre égard ? Et si jamais, comme on le susurre, les études de ce produit ont été "bidonnées", au nom de quel accord conventionnel la CNAM va -t-elle entamer des poursuites ?
Aux Etats Unis, la prescription en DCI, comme en Allemagne, est "monnaie" courante. Cela n'empêche pas que ces deux pays caracolent en tête des dépenses de santé par habitant. La prescription DCI est en fait le "booster" de la mort programmée des molécules éprouvées au profit des molécules innovantes. Plus d'argent encore injecté dans la promotion urbi et orbi des molécules innovantes au détriment des produits princeps.
DCI = "embol- hâte de phosbonidée", en vente libre dans toutes les bonnes épiceries.
La France est bien la reine des exceptions cocu- lturelles..... Mais nous avons sauvé la con - vention.



Dr Bruno Lopez - Fonsorbes


Derniére mise à jour : 06/07/02

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