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Visites à codicille

Hier en examinant un bébé fievreux à mon cabinet, je me suis aperçu que ma dernière visite à domicile d'un enfant datait de 1999. La chose s'est imposée d'elle-même. Et pourtant je suis dans une agglomération qui réunit six médecins, et il y a un pédiatre à quatre kilomètres qui fait des pieds (petits) et des mains (grosses) pour essayer de s'implanter ici. J'ai une clientèle qui est à 60% pédiatrique. Les gens ne fichent pas massivement le camp ailleurs. Ils ont un médecin qui reçoit au cabinet, et chez qui on n' attend pas en salle d'attente. On attend chez soi l'heure où le médecin vous a dit de passer. Entre temps il est expliqué que le médecin oeuvre auprès d'autres malades, car, tiens , il est docteur.

Il "suffit" de dire "non, je ne peux pas me déplacer". J'ai passé des années sur le registre de la trouille, des récits du Sou médical sur les médecins qui ne se déplacent pas et sur les méningites qui meurent par défaut d'assistance à domicile. Je crois que les médecins qui refusaient de se déplacer la nuit à domicile étaient des types crevés par le labeur qui avaient déjà fait quinze visites la veille et qui balbutiaient au téléphone : "ça attendra demain, madame Michu". Ils avaient déjà vu l'enfant en visite dans la journée, souvent, et vite et en courant, et ce que les parents reprochent dans ces cas-là, c'est de ne pas apprécier l'évolution du cas en cours et en rester aux conclusions précedentes, surtout si ces conclusions sont mal posées.

Et après, monsieur le juge s'entendait avec madame Sou Médical pour "réparer le préjudice" commis par monsieur "Saoul" ( de travail ) médical.....

C'est aussi pour ça qu'il faut qu'on dorme la nuit pour avoir la force de dire non le jour sans que ce soit un "non" de lassitude.

L'accord sur les AcBUS est un accord frileux sur le mésusage du soin et comment essayer de le freiner. Mais c'est au médecin d'avoir son propre système de freinage. Il faut s'équiper, et individuellement, et en parlant avec ceux qui ont déjà bricolé leur vieille morale sacerdotale au goût du jour.

Un type qui demande une visite à domicile, c'est comme un type qui demande du Celebrex avant qu'on n'ai eu le temps de l'examiner. Ce n' est pas à lui à donner les indications et la posologie. Il a mal au dos ? Je lui prescrits ce qu'il y a de mieux à mon sens.
Le petit a de la fièvre? "Docteur je le sors pas avec de la fièvre!" "Madame , j'aurai pu le prendre à mon cabinet dans quinze minutes, ou donnez lui un bain, un paracétamol et je le reçois dans une heure" . On ne peut avoir meilleure volonté de soigner. Le reste c'est de la mauvaise foi, conventionnellement convenue entre un chien et ses maitres.
La mort de la visite, c'est moins de morts au total, coté médecins comme coté malades.



Dr Bruno Lopez - Fonsorbes


Derniére mise à jour : 05/07/02

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