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L'automne à péquins

Hier, j?ai entendu, rassuré, que nos soldats étaient arrivés à Kaboul, pour qu?on y rouvre un hôpital Et à Vesoul on enverra les CRS, juste pour qu?on arrive à accepter de les fermer.
C?est vrai qu?il fallait faire quelque chose pour boycotter nos jeux de pauvres péquins. Notre déficit sécu est un trou béant, au fond duquel les industrieux du gaspillage attendent leur compte, et ne sont pas prêts de lâcher leur proie.
Demain, il y aura de grands hôpitaux pour les choses graves, que l?on aura su rendre rares. Et quelques petits pour les petites choses, qui se voudront nombreuses.
Il y aura de grands remboursements pour les médicaments « essentiels ». Et de petites punitions envers ceux qui oseront avaler des principes économiquement insignifiants. Nos nourrissons « normaux » rejoindront les mauvais indices de mortalité des faubourgs de la Nouvelle Orléans. Mais, dans Paris match, la prouesse des réanimations de prémas, ( de moins de cinq cent grammes surtout ! ) nous redonnera du baume au c?ur !

Concentration des incompétences humaines au profit de la cohésion économique des compétences techniques.
Les médecins « nuls » seront regroupés pour s'occuper de façon banale et rapide des choses légères. Les médecins « compétents » seront affectés à traiter de façon éloquente, mais probablement sur liste d?attente, les choses graves affectant les gens sans importance, et de façon rapide et démonstratrice les choses bénignes affectant les gens qui, eux, sont d'importance.

Un ami me disait hier : « à Lyon, qui n?est pas le désert médical, il n?y a plus de généralistes qui se déplacent » Pourquoi, ami, ne trouverais-tu plus scandaleux que la vie ait foutu le camp de ma campagne où tant de vieux croupissent, et t?étonne en même temps qu?elle subsiste mal dans ta cité ? Le courant d?air humanitaire ouvert par la médecine générale aurait-il devoir uniquement de cité et, deuil économique de campagne, oui, je te le demande ?

Quand la campagne meurt, Marcel, et que tu l?acceptes, c?est concevoir déjà que le poumon encrassé des villes va se prêter à la greffe pour remplacer les poumons sains. C?est depuis fort longtemps que nous, « péquins des villes », généralistes bafoués par un monde qui ne nous reconnaît que dans la paperasse, aurions dû migrer vers la campagne au lieu de nous bunkeriser. Oui, si seulement nous n?avions pas à eu à rester près des facs, pour que nos enfants aient à devenir cardiologues pour les dents les plus longues, ou médecins-conseils pour les plus réalistes.

Hier, cette jeune fille, à qui je refusais un improbable vaccin à cent euros (« mon dieu , à la télévision le professeur de gynéco a dit que ce cancer tuait !»), semblait satisfaite du traitement que j?avais mis en route pour autre chose. Pour un mois, juste pour voir. J?attendais un semblant de reconnaissance, mais sa maman me fit un reproche. En ayant marqué la quantité pour un mois, alors qu?il existait des boîtes de trois, j?avais un peu écorné la franchise de sa fille.

Préve-nuire à prix d?or, et soulager au rabais. C?est notre automne à péquins. Demain, ou dans un an, dans mon village, ou bien nous serons deux médecins, à rigoler de notre automne à péquins, ou bien nous n?aurons plus de médecin, assis tout seul à contempler la flamme.

Dr Bruno Lopez - Hérault


Derniére mise à jour : 25/04/08

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