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Travailler moins, pour souffrir moins

La chasse à l?arrêt de travail injustifié est lancée de façon « expérimentale ». Quelques départements pilotes , tels des Schumacher de la compétition mondiale, vont donc, sans préavis, se rendre au domicile de l?évidence : cinq pour cent de fieffés paresseux mettraient donc en péril l?équilibre d?une assurance maladive de l?incivisme de ses poussifs.
Je fais partie de ces mesquins qui prescrivons ces flagrants délits. Je reçois tous ces scélérats qui n?y arrivent plus et qui réclament que l?on cesse, même momentanément, leur « torture ». C?est une drôle de spécialisation dont la sémiologie résiduelle varie en fonction des doctrines politiques.
Il y aurait donc une France courageuse, qui ne nous demanderait rien, hormis des vitamines et autres antidépresseurs placebos, puis une autre, que nous encouragerions à la paresse, grâce à nos petits bulletins- oranges dont la validité est remise en question.
Alors, rien de plus simple que de convoquer tous les délictueux. Le médecin hors statistique et le malade hors modération. La mise en place du plan pilote. Consistant à éjecter les passagers indélicats.
Qu?il soit permis de suggérer ici une autre prise en compte de l? »injustifié« , du travail , de l? »arrêt injustifié du travail justifiable et de celui, justifié, du travail ressenti comme injustifiable.
La France des fins de mois, celle des pleins de gazole qui n?en finissent pas d?augmenter travaille souvent à contrec?ur. Son remède, nous venons d?en être convaincue est l?heure sup.

Une autre est moins connue, et tout aussi digne de compassion. C?est la France des débuts de journées, la France de tous ceux qui vont au travail avec la nausée aux lèvres. Perte de sociabilité au travail ( les autres s?y emmerdent aussi ), rupture de la considération, impression de servilité, besoin de savoir jusqu?à quelle zone de rébellion le fouet ne claque pas, nous en rencontrons tous de ces arrêts de travail justifiés aux yeux hagards de ceux qui nous les implorent du simple, de l?évident, fait qu?ils n?ont plus goût à leur uniforme. C?est la France du « travailler moins pour survivre un peu plus ».
Alors convoquer ces gens, les traquer chez eux grâce aux médecins intérimaires du contrôle impromptu, à quoi cela servirait-il, si ce n?est à ramener quelques « têtes de meneurs » qui sombreront, pour l?exemple, dans le travail à reculons ?
Imaginons une autre césure. Que l?arrêt injustifié de travail soit sévèrement sanctionné, c?est probablement une forme de maladie sporadique, et non contagieuse, qui mérite probablement la reconduite au bureau manu militari. Mais qu?on se pose un peu plus de questions sur ces zombies qui n?ont plus goût à rien, ni au repli, ni au retour prématuré à leur travail, rendu injustifié jusque dans son arrêt. Ne les traquons pas, monsieur Van Rockengheim. Consacrons leur quelque écoute. Redéployez l?argent des médecins traqueurs qui débarquent au petit matin pour se faire refuser un café froid dans la demeure des « inciviques » souvent en mal de sens.
Vous allez transformer cinq pour cent de malheureux en cinq pour cent de rejetés. Et parfois métamorphoser le supposé injustifiable en radicalement irréversible. C?est ici que recommence la mission du soignant, et la prière au « contrôlant »

Dr Bruno Lopez - Hérault


Derniére mise à jour : 16/03/08

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