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Michel et Pierre, sur leurs échasses

L'autre jour, un docteur Coué, haut représentant de l'UNOF, expliquait dans une tribune du QDM, à propos de MGF, qu'il s'agissait d'un syndicat "concurrent"...... Je fus choqué de constater qu'un syndicat de généralistes, arrivés que nous sommes à un tel point de marasme traversant notre profession, puisse encore parler de "concurrence " interne aux généralistes, alors qu'il prône en même temps le rapprochement "naturel" avec les spécialistes. Nos frères méritent -t-ils plus de méfiance que nos "cousins germains" ?

Michel Chassang est arrivé, en chassant, et en ratissant large, sur la terre de la CSMF, il doit désormais s'y déplacer en échasses. Avec tout ce qui a été dit par le passé, soit par lui-même , soit par ses pairs sur "les généralistes et les pédiatres", sur les seconds qui mangeaient le pain des premiers, et ....... désormais avec cette défense "tous azimuts" ,comme il y est dit, du libéralisme partagé, sans fixer la moindre définition ou délimitation sanitaire aux uns par rapport aux autres, cela ne sera pas longtemps tenable pour Michel Chassang. Michel Chassang fait et fera le grand écart entre l'assurance-maladie dont il a besoin, tout en sachant entretenir avec elle un mépris aussi éternel que consensuel, ses partenaires de l'industrie pharmaceutique dont il a aussi besoin et son courant UMESPE qui est, en fait , son MGVA, non pas insurrectionnel, mais structurel.... Il doit bien "faire avec", c'est tout le redoutable honneur qui lui a été fait d'être à son poste, qui en dépend.

Pierre Costes est à la tête d'un syndicat qui s'est façonné, à son début, à avoir une entité généraliste ancrée dans un libéralisme "tempéré" pour et par les généralistes, et il s'est lancé de façon obstinée dans un partenariat qui lui non plus n'est pas tenable, ni sans ambiguïté. En effet l'assurance-maladie ne tolère le partenariat que pour en faire un lieu d'empoigne, une terre de contrôle et de régulation, la justification même, à leurs yeux de l'action d'une caisse. Contrôler, contrôler, contrôler .... L'assurance -maladie préfère à la limite un adversaire à vaincre qu'un partenaire à respecter. Le refoulement contre la CSMF et le défoulement contre MGF.....C'est pour cela que Pierre Costes aura du mal à sauver sa ligne.

Nos deux échassiers se livrent donc une lutte externe qui est relativement simpliste. L'insoumission aux caisses dont on tire tout de même le maximum de dividendes d'un coté, de l'autre le partenariat fidèle au contrat social alors que la société, sans dessus dessous, ne se donne pas la peine de s'y contraindre elle même . Cette lutte est classique et laisse nos deux larrons experts et rodés aux coups bas mutuels.

La lutte interne est plus périlleuse, plus sournoise. Elle oppose le premier aux absurdités d'un système de soins sans filière conceptualisée, où tout le monde se sert, y compris de tout le monde, et chacun des autres, et où tout le monde "se sert", tout court. Elle oppose le deuxième au vieux démon du libéralisme qui tenaille encore beaucoup d'entre nous et qui se satisfait mal du mépris qui prévaut du coté des caisses.

Michel Chassang ne sera jamais plus "vécu" que comme un généraliste au service des spécialistes et de l'industrie pharmaceutique.... Pierre Costes ne sera jamais plus "vécu" que comme l'homme qui se soumet devant les caisses. A eux deux, donc, deux crépuscules de la médecine génerale, différents sur la forme, mais communs sur la résultante.

Au soir de tant de "farces" réciproques, de changements d'alliance insoupçonnés, et de sauvetages improvisés, de la part de généralistes venant aussi nouvellement que "naturellement" au secours des pédiatres, et de généralistes venant irrémédiablement au chevet d'une Sécu avouée, et assumée, "nourricière" alors qu'elle ne rêve que de nous fliquer, de nous aliener, on comprend l'hésitation des coordinations à rejoindre ou un camp, ou l'autre.... De deux "prisons" choisir la moindre ? Parmi tous ces "confrères", comment discerner les faux frères ? En tous cas, toujours moins de syndiqués pour se lancer dans une telle alternative , d'un crépuscule de la médecine, dévoyée de ses principes dans un engrenage de plus en plus libéral, ou d'un crépuscule de la médecine, étouffée par un carcan de plus en plus étatique.



Dr Bruno Lopez - Fonsorbes


Derniére mise à jour : 24/06/02

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