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Le bristol et le scaphandrier

Il existe sur cette planète médicale quelques âmes qui poursuivent, ou reprennent, la médecine générale sans se soucier de savoir s'ils vont être "sous" modiclick, ou maudistory.
Même si je me suis déjà fait tancer à prétendre qu'on pouvait être généraliste sans informatique, je m'y remets un peu.
C'est d'ailleurs marrant que les confrères se disent "sous" telle, ou telle, machine, un peu comme on est "sous" augmentin ou "sous" antidépresseur.
Dans mon nouveau village, j'ai hésité, et hésite encore à rebrancher mon ordi. Je compte davantage sur l'aménagement des chaises et de la table d'examen.
Avant hier, un corniaud disait au poste que bientôt une "médicarte" vaccinale allait permettre aux médecins d'entendre l'alarme de l'oubli vaccinal.
Au cri du Douglas, ou au silence sépulcral du pneumothorax succéderait bientôt le "cri" de la carte.
Au risque de déplaire, je prétends que l'intronisation du clavier et de l'écran a transformé nos officines en petits commissariats de quartiers, en agences bancaires secondaires fin- prêtes à transmettre aux places boursières de conséquence les avoirs de nos clients.
Un chef nigaud informe, attisé, qui plus est, brandissait, tel autre soir, la menace d'une autre nature. Point ne serait possible, disait -il, de rajouter sur tel disque dur, a posteriori, une initiative médicale intelligente pour compenser, ou dédouaner telle idiotie prescrite à la légère lors de la première frappe. Clavioter à la hâte : " conseil de mammographie" deux mois après l'enterrement de la malade serait chose impossible.
La police des mémoires vives irait très vite découvrir la supercherie, et condamnerait le faussaire en correctionnelle posthume.
Acheter pour chez soi les "boîtes noires" de sa propre déconvenue, se trouver connectés pour le meilleur et pour le pire aux "cris vaccinaux" des indications forcenées, et se croire les maîtres de la collecte de données, quelle magnifique imposture.
Je sais déjà la contre- argumentation. Condamner l'informatique médicale serait aussi primaire que de reconsidérer les indications du marteau, ou celles de la roue. Evoquer une vaste rigolade sur nos "micros" potentats, qui n'ont jamais vu autant qu'aujourd'hui fleurir le discrédit de leurs savoirs, serait digne de la paranoïa de rétrogrades aigris, et déçus de leur incompétence à dompter les machineries modernes.
D'accord, je comprends bien l'angoisse du scaphandrier, qui se verrait proposer de vivre sans câble ni souris, pour nager dans les profondeurs de la science qui se télécharge, et exige des alarmes à l??il et des verrous payants.
Mais je persiste à penser que deux fauteuils et le bristol des papiers que l'on peut archiver sans les brosser tous les soirs restent les fondamentaux de la médecine générale.
L'âme sur une chaise, plutôt que son cul "sous" Windows. Je me difformatise.




Dr Bruno Lopez - Fonsorbes


Derniére mise à jour : 06/12/07

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