Rechercher
Formation médicale continue
Divers

Evidence-blues médecine



Capitaine de soirée

Une patiente de vingt deux ans, mise récemment sous injections de drogues puissantes par son rhumatologue hospitalier, présente une raucité de la voix. Elle est reçue par son généraliste qui ne constate, après interrogatoire et examen, aucune présence de signe infectieux.
Lors de la visite hospitalière suivante, la patiente se voit vertement reprocher par l?autorité hospitalière de « ne point avoir été placée sous antibiotiques » par son généraliste. Cette remontrance est assortie d?une demande expresse, faite auprès de la malade, pour qu?elle consulte d?urgence un oto-rhino-laryngologiste qui, lui, saura donner des antibiotiques.
Le généraliste, agacé dans son ego de paillasson bafoué du système de santé, s?enquiert des résultats de l?avis oto-rhino-laryngologiste.
En réalité, la jeune patiente s?est vue prescrire du sérum physiologique en instillations nasales, ce qui conforte le praticien généraliste dans le bien-fondé de son abstention thérapeutique.
Il rappelle alors sa cons?ur hospitalière, pour lui demander un peu plus de pondération dans ses avis et appréhensions.
Ici l?histoire prend son deuxième tournant cocasse : « c?est que ces médicaments sont tellement dangereux » répond la spécialiste. « Et tant de vos confrères ne font pas attention ».

Nous y sommes, les experts hospitaliers sont bien conscients de l?efficacité de leurs cocktails. Ils sont également conscients des effets secondaires de leur administration sans vigilance.
Alors ils attendent de nous d?être les gendarmes au bord de la route, prêts à faire souffler dans l?éthylotest les contrevenants qu?on aurait à ramener au poste.
Pourtant ce système idiot n?a point besoin de gendarmes diplômés, de simples auxiliaires médicaux munis de thermomètres et d?un fax y suffiraient.
Certains d?entre nous aspirent encore à jouer les « capitaines de soirée » de ces fulgurances thérapeutiques initiées ailleurs. Ils demandent à être respectés comme des partenaires vigilants, sobres et réservés, tout au long des protocoles, pour contribuer à ramener à bon port tous ceux et celles qui s?essaient à l?innovation enivrante.
C?est ce rôle ?là qui nous est refusé. Un généraliste doit être un exécutant idiot, souvent besogneux, et qui n?a que le temps de lire les résumés des notices d?emploi rédigées ailleurs. C?est pour cela qu?on lui permet de travailler douze ou vingt quatre heures de rang. Adjudant de nuit, adjuvant de jour, il garde le niveau de pharmaco-vigilance nécessaire pour demeurer idiot, servile et consentant.
D?autres savent le danger des drogues dures mais nous exemptent du droit de nous insurger.
Sauf ici, contre notre propre infantilisation.


Dr Bruno Lopez - Fonsorbes


Derniére mise à jour : 27/11/07

Précédent Sommaire Accueil