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Le mur

Les schizophrènes sont comme les trains. On ne souligne jamais la vertu de ceux qui arrivent à l'heure pour s'attarder sur ceux qui déraillent. Qui décapitent les infirmières surtout.
Ce soir, il est venu me dire que "pour un schizophrène" il se sentait plutôt heureux. Même si parfois "un peu de Lexomil" pouvait l'aider à quelque chose. "A emprunter", par exemple, car il s'est aperçu que l'aménagement d'un prêt à la construction rendait nerveux. "Vous savez docteur, ce sont des moments difficiles, car c'est notre première maison"..
Alors je lui ai dit que les banquiers aussi étaient nerveux. Que j'en connaissais qui modifiaient leur taux , comme leur cravate.
Ce fut, semble t'il, un merveilleux cadeau pour lui, que cette connivence entre les emprunteurs empruntés et ceux qui ne savent, généralement prêter, qu'aux riches.
Il m'a expliqué, aussi, que ses cent dix kilos , le nécessaire loyer de ses neuroleptiques, lui pesaient un peu, mais que "vous savez, je me suis mis au tennis, docteur..."
"Contre un mur, et vous savez pourquoi, docteur ?" J'ai fait mine de ne pas savoir. "Parce qu'un mur, ça vous renvoie toujours la balle, là où les autres s'épuisent à vous voir incapable".
C'est peut-être ça aussi, la médecine générale. Pouvoir entendre encore à l'heure où les répondeurs vous disent que c'est demain, la compétence.
Il fait partie de tous ceux qui me disent que, de quelque point de vue que l'on se place, c'est de l'humain que se dessine la meilleure perspective pour débusquer la fin du monde.



Dr Bruno Lopez - Fonsorbes


Derniére mise à jour : 09/11/07

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