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Jusqu'à quelle heure, docteur ?

Ma patiente citée en A me demande au téléphone : "jusqu'à quelle heure vous êtes ouvert ?"
En réalité elle est enceinte, et ne peut avoir de rendez-vous chez sa gynécologue que pour dans trois semaines.
Comme elle veut sûrement se faire rembourser son test de confirmation, et que la gynécologue n'est pas désireuse de lui envoyer cette prescription par la poste, elle se dit qu'il serait plus "pratique" de passer me voir, me régler une consultation et avoir son test prescrit. Et si elle me demande "jusqu'à quelle heure je suis ouvert", c'est parce que sa consultation n'est guidée que par une demande laborieusement administrative.
Si la demande avait concerné un symptôme physique ( rhinite, toux insomniante depuis cinq jours ), la question aurait pu être : "pouvez-vous me prendre tout de suite ?"

Ma patiente décrite en B m'a informé du fait "qu'elle avait rendez-vous pour son nourrisson" ( que je découvre ) avec un pédiatre pour un bilan de toux. Le pédiatre, fort coté sur la place de Toulouse adresse à la maman, et à moi-même ( "com"-fraternité ) une ordonnance combinant corticoïdes inhalés pour six mois, et kiné respiratoire.
Elle me laisse sur mon répondeur un message, m'indiquant qu'elle "passera chercher l'ordonnance dans le couloir" ( sic ).

Mon patient, meurtri en C, sort de sa consultation d'oncologie. Il s'est vu prescrire, à cinquante ans, une médication nouvelle et compassionnelle, avec pour consigne d' "aller voir son médecin traitant en cas d'effets secondaires".

En A, B et C, les patients ont été pris en charge par des médecins qui ont demandé à leurs interlocuteurs de suivre obstinément des directives qui ne sont pas inéluctablement indiscutables. Comme de devoir attendre trois semaines pour une première consultation de grossesse, comme de prescrire des corticoïdes très iatrogènes en face de bronchiolites (qui ne sont guère non plus améliorées par les fractures de côtes du kiné), ou enfin comme d'ingurgiter une molécule prometteuse" en effets secondaires induits chez un malade qui n'ira pas au CHU.... à l'heure où ils s'induisent.

En face de A, B ou C, le bon généraliste aura pour loisir, soit de dire "jusqu'à quelle heure" il cautionne l'inique et l'inadapté, en se montrant politiquement correct, soit de refuser en bloc un monde où les uns détiennent le droit de finir tôt à distiller le discutable, tandis que d'autres seraient relégués à relayer ce même discutable jusqu'à plus d'heure.
"Jusqu'à quelle heure " tout accepter ?

Dr Bruno Lopez - Fonsorbes


Derniére mise à jour : 30/09/07

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