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Des maisons, pour ça

Mercredi soir, les dix huit médecins de mon canton se réuniront pour peaufiner un plan "lissé" de remise au turbin. La chose ne serait pas pathétique si les dix sept va -t'en guerre que je vais retrouver, pour la solidarité élémentaire du "larbinat vocationnel", ne m'avaient pas traité de "traître" au moment où je n'avais pas appliqué le C20. Le V30, ils savaient que je m'en foutais parce que j'ai refusé de faire des visites depuis dix ans.

En fait, après un bref moment de sympathie naturelle pour cet appel émanant de la coordination du sacerdoce forcé, je me suis mis à réaliser que s'ils me contactaient, c'était peut être aussi parce que cette "part du ghetto", qu'ils me réservaient, amputerait d'autant la leur. Un traître de garde, c'est tout de même une part de garde de moins.

Je pense que le débat sur les maisons "où le faire" est réellement un faux débat. Notre belle république française comporte désormais assez de locaux vidés de leurs salariés à partir de 17H30 pour accueillir la succursale honteuse de la bobologie à toute heure. Et le problème n'est pas tout autant de savoir si les libéraux consciencieux (dont j'ai fait partie) auront à coeur d'y participer encore. Le problème est de savoir si la médecine ambulatoire libérale va encore longtemps continuer à vivre assise à coté de la modernité.

Nous sommes décidément une drôle de race. Nous dépendons d'un Ordre créé sous Pétain, menacé par Mitterrand ( lui aussi, nous l'apprîmes plus tard, "créé" sous Pétain...) qui vient d'élire à sa tête un ex chirurgien, homme de progrès de 72 ans et onze mois. Cet homme avait soixante douze ans et quatre mois quand j'ai appris, à mes dépens, que la vie de généraliste, sans le "devoir" de garde imposé par ses prédécesseurs, n'était pas non seulement possible, mais aussi souhaitable. Pour ma pratique, pour ma famille, pour ma santé.

Et c'est ce grand père, plus "salvateur Staline" que Sylvester Stallone , qui serait préposé à ma remise au pas, ou préfère -t-on que je m'y remette tout seul?

Je pense que la médecine n'a pas besoin d'ORDRE. Que c'est le monde qui en a besoin. Je pense que le mot "garde" est un bien trop joli mot pour motiver , pour légitimer mes réveils nocturnes et mes dimanches sans ma famille. Je pense que c'est le portail de l'ORDRE que nous aurions dû prendre d'assaut, et ses sbires départementaux que nous aurions dû amener à la signature de l'abolition du 77.

Le mercantilisme est devenu le croupion de notre système solidaire, et les différentes législations, conventions, et autres avenants, de puissants, et embarrassants plexus hémorroïdaires.

Alors notre profession se démange et se contorsionne: plus d'heures, moins d'heures, plus de capitation, moins de fellation, le faire chez les gens, le faire au cabinet, créer "des maisons pour ça"?

Le Monde, journal apparemment sérieux, revient ce soir sur les T O C , troubles obsessionnels compulsifs, sur toute une page, et c'est l'interview d'un docteur de l'hôpital Saint Anne ( Paris) qui me pousse au "désarroi" . Le docteur Millet, de Saint Anne, semble préposé aux TOC. Service "promotion des petites pilules"

Hier, tiens , c'était un autre docteur de Saint Anne, le docteur André, qui nous parlait des T A G .

Il y aurait en France deux millions de T O C et trois millions de T A G. Sur une page, le MONDE reprend le sempiternel laïus sur le trop long délai de prise en charge, sur la vertu des petites "xétines", fluo, paro ou dulo, efficaces rustines pour chambres à air soumises au sur ou sous gonflage.....
Pas un mot ou presque sur les thérapies comportementales, trop longues,trop difficiles, trop peu évaluées. Un peu comme nos forums, que nous sommes tant à apprécier, qui nous réchauffent, qui nous motivent, mais tellement plus "astreignants" qu'un petit blister bleu...

Le docteur Millet a cette phrase étonnante : "sans doute faudrait-il s'interroger sur les racines sociales de cette affection, MAIS EST CE LE FAIT DE PROPOSER DES OUTILS Thérapeutiques QUI Créent LA MALADIE ?
Je ne le crois pas"
Voilà nous y sommes. Réduits à nos négoces du 24 janvier et du 6 juin. Absorber en masse des bêtises innovantes et des traîtrises en DCI. "S'interroger, peut être, mais proposer, en attendant, sûrement".
Voyons y de plus près. Est ce qu'un médecin qui cherche à faire ses vingt C à 20 euros est atteint de "TOC" ?
Et , lors du jour de l'éventuelle réquisition par le préfet, devient -il subitement atteint de "T A G" ?
Nous en sortirons- nous avec quelques excipients ou quelques simples bouleversements de syndicats cataleptiques ? ....

Un bref calcul , chaque Prozac, Zoloft ou Deroxat a un coût journalier de 1 à 2 euros, selon les doses. Cinq millions de TOC ou de TAG traités consensuellement à vie..... 1O millions d'euros par jour, trois milliards six cent cinquante millions d'euros par an pour "sauver" tout ce monde "croissant".....

Pourquoi, tout autant, ne pas s'interroger sur les troubles compulsifs de nos concitoyens, à chercher leur carte vitale devant nous, à consommer des pilules modernes, chères car plus efficaces, et d'autres, à légitimité reconduite car moins chères, génériquées et éprouvées.... Quel traitement pour ce type de T O C ? Quels fournisseurs ?

Pourquoi leur fournir des lieux de dépendance ouverts partout et à toute heure? Dans quel but....
Comment leur dire que mieux que de consommer ailleurs, ou un peu moins cher, il serait mieux de moins consommer ?

Faudra -t-il des maisons pour ça ? Et devrons nous y participer de manière anxieuse, ou de manière compulsive ? En toc ou en tag ? En filles de joie, ou en hommes de peine ?



Dr Bruno Lopez - Fonsorbes


Derniére mise à jour : 18/06/02

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