Rechercher
Formation médicale continue
Divers

Evidence-blues médecine



Pédi"atres -happent nigauds"

*****Mon village est une cité dortoir, les pères ont un niveau cadre ou O.S, les mères sont à 60% actives, les autres sont au foyer.
La clinique de maternité la plus proche accouche 70% ds femmes de ma clientèle. Jusqu'en 1996, mon ami obstetricien disait, aux mères que je suivais, que j'étais tout à fait compétent pour faire à la clinique la première visite néo-nat. Entre 13 et 14h, un sandwitch en poche, j'avais le plaisir et l'honneur de faire la première consultation du bébé que j'allais suivre ultérieurement. En 1997, mon "pote" m'a appelé un peu géné, pour me dire qu'une circulaire départementale m'interdisait désormais de faire cette visite.
Depuis, mon recrutement pédiatrique ne cesse d'augmenter quand même. Je passe vingt à trente minutes par dossier, les enfants sont reçus sur rendez-vous. La secrétaire pèse, mesure, et fait les courbes que le pédiatre , à 95% ne fait pas. Le recrutement se fait de deux façons:
a) le plus "noble" = le "bouche à oreille" ( "il n'est pas pédiatre, tu sais, mais va voir il s'occupe bien des enfants")
b) le plus "sordide" = le "bouche -trou" revalidé ( "puisqu'il était le jour où on avait besoin, maitenant on va le garder") . C'est un moyen comme un autre.

**A quinze km de chez moi, dans la mégalopole où le niveau de vie est bien superieur à celui de mon village, exercent trois pédiatres "confederés". Ils drainent une immense clientèle. Ils sont obligés de se relayer au téléphone pour donner des conseils de pédagogie élementaire. Je connais précisèment leur pratique :
80% de rhino et patho ORL.
J1= antipyrétiques. Les consultants, implorant un rendez-vous ont quelques minutes d'accès.
J2 : les mères rappellent affolées. Prescription par téléphone de coproculture ou d'ECBU , "pour faire tomber l'angoisse".
J3 : retour au cabinet pour antibiothérapie.
Tout est fait pour qu'aucune délégation de compétence ne soit decernée ni aux mamans, ni encore moins aux généralistes.
Il existe dans ces clientèles affolées, un sous groupe conséquent de mamans, réfractaires aux généralistes, soit parce que depuis la maternité on leur a bassiné que les généralistes étaient des cons, soit parce qu'elles ont eu une expérience "primaire" défavorable avec un généraliste ( expérience d'autant plus défavorable qu'à l'hopital on a assaisonné les parents sur la médiocrité des généralistes sus-dits)


A mon sens, revaloriser la forfanterie pédiatrique est une connerie de plus à mettre au compte des incohérences sanitaires de ce pays. Un des motifs les plus "inavouables" que j'ai ressentis de ne plus faire mes gardes depuis novembre est de ne plus servir de pédiatre de nuit pour les bonnes femmes qui, le lendemain, iront valider chez mes collègues "éclairés" ma compétence nocturne.

Le lar-bain de jouvence, ça suffit. On nous fait chier sur trois centimes grapillés sur le diclofenac duchmol , et on nous fait nous lamenter sur les princeps de la pensée pédiatrique uniquement génériquable aux heures creuses, et sur leur précarisation detestable.

Combien de stages de FMC pour nous généralistes sont consacrés à la pédiatrie ambulatoire? Que pense monsieur DAVANT de ces consortiums pédiatriques faisant au prix fort de la bobologie pour mioches savamment mutualisés?
Comment se fait-il qu'il faille trois semaines au minimum pour avoir accès à un pédiatre hospitalier non affairé à faire de la médecine générale et qui serait mandaté pour nous aider dans les cas difficiles? Un VRAI spécialiste.

L'autre jour, me rendant à la clinique de maternité pour saluer une maman ( le droit d'entrée comme visiteur des mamans n'a pas été aboli ) j'ai vu un pédiatre pénurique avec douze dossiers dans les mains. Mal coiffé, mal enjoué, il criait à l'infirmière :
"faites déshabiller le bébé chambre douze, que je gagne du temps". Poésie et rendement.
Il faut vraiment faire quelque chose, monsieur le ministre.

Dr Bruno Lopez - Fonsorbes


Derniére mise à jour : 17/06/02

Précédent Sommaire Accueil