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A deux doigts de l' Amérique

Il est allé voir sa belle fille à Minneapolis. Citoyen anglais, octogénaire de 82 ans.
« Diabetis melitus » comme ils disent là-bas. « Un peu diabétique » comme on dit ici. Dans l?avion il a senti un engourdissement du majeur et de l?index droit, puis une perte de sensibilité de ces deux mêmes doigts.
Acheminé au service des urgences du centre neurologique de Minneapolis, il a débuté une série d?explorations sur cinq jours. Echocardiographie externe, echographie trans-oesophagienne, holter tensionnel, IRM à l?entrée, qui a peut-être révélé un petit accident embolique, une deuxième, puis une troisième IRM. No science without conscience.

Un neurologue est venu l?examiner, et il me rapporte qu?il lui a fait toucher son nez dix fois avec l?index, comme ici.
Le neurologue au nom imprononçable est venu le voir à l?aube du cinquième jour, en lui disant que jamais, au grand jamais, il n?avait vu d?accident vasculaire cérébral sous plavix,
( que le vieil homme suivait assidûment ici, de ce coté de l?Atlantique )
Aucun dysfonctionnement, aucune anomalie retrouvée.
Alors on lui changea le traitement : pour dipyridamole- aspirine, une association choc à cent vingt cinq dollars la boîte de soixante.
La science américaine venait de réinventer la persantine à prix d?or?.
Puis on présenta la note à sa femme. L?épreuve d?effort terminale. Vingt deux mille dollars pour les cinq jours.
Les coronaires ne frémirent pas. Une assistante sociale vint même leur dire que s?ils arrivaient à prouver que leur « income » annuel ne dépassait pas trente mille dollars, la terranova de la persantine leur ferait baisser la note à quatorze mille dollars.
A midi je lui ai prescrit une boite de dipyradamole-aspirine. Quatorze euros la boîte de soixante.
On est à deux doigts de l?Amérique.


Dr Bruno Lopez - Fonsorbes


Derniére mise à jour : 01/06/07

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