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Les colles de l'asthme

C'est un jeune enfant qu'il a adressé à une allergo-pneumologue parce que, vers chez lui, dans sa banlieue surmédicalisée, il est délicat de "prendre en charge" toute pathologie chronique sans le cautionnement de l'expert, et sans la caution du télétrottoir des mamans devant les écoles.
Et puis cela évite, à force de dévouement, de s'entendre dire : "docteur, il ne faudrait pas voir un spécialiste ?".

Pierre a onze ans, et il ne l'a plus revu depuis qu'il a vu l'experte. Son asthme et son rhume des foins ont trouvé leur thérapeute. Sa collègue fit une lettre soignée lorsque il lui adressa son patient. Un accusé de réception définitive.

Pierre n'a plus de corticoide nasal jusqu'à son prochain passage chez la pneumologue. Il a aussi "béneficié" de l'école de l'asthme.
Un après-midi à Toulouse, où il a été particulièrement remarqué, au point qu'il a brillamment expliqué son cas aux autres intervenants.

Sa mère demande à l'"ancien" médecin de Pierre, le généraliste que je suis, de lui marquer, "pour dépannage", le corticoïde nasal qui s'additionne au corticoïde inhalé, que Pierre absorbe bi-quotidiennement depuis désormais trois ans. La pneumologue a indiqué au téléphone à la maman de Pierre que ce traitement peut être pris à l'année sans encombre.

Le généraliste soigne beaucoup de monde. Il peut parfois lire que les corticoïdes inhalés peuvent se cumuler dans leurs effets. Il ne cherche pas à se venger de sa consoeur ex-paire. Il a juste envie de signaler que quelque fenêtre thérapeutique ferait respirer l'enfant.

Alors la mère interrompt l'insolent, en lui indiquant que son enfant se "rince la bouche" après avoir inhalé son corticoïde, et "qu'à l'école de l'asthme" on lui a indiqué que, de se rincer la bouche, empêchait le corticoïde de diffuser dans le sang.

Le généraliste se dit que la chose est impossible, que l'école, même de l'asthme, est un lieu d'éducation, et non de simplification. Il a envie de hurler, puis de courir sur son Prescrire endisqueduré, pour recasser définitivement, dans un bain de sang collectif, une confiance ébréchée envers un monde médical qui ne tourne pas rond.

Puis il se reprend. Si Pierre est un jour anosmique, ou plus petit que les autres, il sera prêt à avouer que l'école de l'asthme, et le complexe médicalo-hospitalo-pharmaceutique, auront eu raison de la raison en géneral, et de la sienne en particulier.

Il n'a plus l'âge d'inhaler à l'école, et déjà rangé ses crayons.

Dr Bruno Lopez - Fonsorbes


Derniére mise à jour : 14/05/07

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