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Rajouter de la rame

Le généraliste devrait, nous dit-on, en "soin primaire", être le premier concerné par :

la prise en charge des urgences
le dépistage des troubles de la mémoire
la prévention de l'obésité
le dépistage du cancer du sein
la prise en charge multidisciplinaire du cancer
le maintien des acquis d'une médecine solidaire "

En géneral, que fait-il ? Il se sent consterné. Explications? Chacun des actes, pour lequel il est déclaré "concerné", se trouve ridiculement bradé par le biais de ses accords collectifs avec l'assurance-maladie, accords commodes pour tous, à renouvellement conventionnel nocturne, allouant aux "concernés" le droit de tout recevoir sans discernement ( et sans les moyens d'exercer , et aux "concerneurs" la sérenité à payer, tant chichement, que sans contrôle de pertinence, ceux qu'elle considère "structurellement" comme des tâcherons malhabiles désormais moins nombreux que les salons de haute -couture de l'officine spécialisée.

Un omnipraticien qui est "concerné" par l'obésité va ainsi percevoir vingt euros d'une consultation longue, aléatoire, et interrompue sept à huit fois par la gestion des ..... autres urgences, et contingences, pour lesquelles il est, bien entendu, là aussi, "concerné".

Ensuite ses conseils et investigations seront contredits, et contrecarrés, par mieux rémuneré que lui qui, assurément, fournira d'autres clefs à la même prise en charge (endocrinologue, nutritionniste, ostéo, psycho-patch ). L'usager-malade d'un tel non-système, candide et courtoisé, se demandera donc bien, pourquoi, tant de personnes, à la fois, viennent en relais du nigaud de départ et il aura , de plus , bien du mal à concevoir pourquoi l' idiot de village va savoir assumer ce qu'un éminent cerveau ne pourra, lui, concéder qu'après trois mois d'attente, six fois le salaire du premier, et quelques fioritures de justification. Une fois rassurés sur la remise en ordre des choses, nous, petits, usagers-médecins, sommes condamnés à assister impuissants à la "bonne gestion" par ceux et celles qui, comme pour la pierre philosophale, ont su transformer en privilège secondaire le patient récuperé des mains pataudes du soin primaire.

Le syndicalisme médical se divise entre éternels soumis à l'absurde, acceptant la division artificielle du monde entre surdoués surpayés et sous -doués résignés à souquer plus ferme pour ne pas perdre le lien indéfectible de la soumission confraternelle, et... perpetuels révoltés qui confondent parfois reconquête d'estime et esprit revanchard calculé sur la valeur rajoutée. Chacun se reconnaitra, ou saura reconnaitre l'autre.

Le généraliste multitâches, aux douze programmes ouverts en même temps ( la grand-mère qui saigne à domicile, le petit qui a une otite dans la salle d'attente, le comptable qui réclame la dernière facture de recueil des déchets médicaux, le certif de foot pour l'équipe qui joue demain... ) se voit donc, comme son portable, contraint de "rajouter de la rame", ne serait-ce que pour laisser cohabiter les programmes, de ceux dont il a les usages répetés ( en général les plus emmerdants et garder en veille prolongée les programmes qui lui sont dérobés ( "vous pouvez me faire une lettre pour que le dermato regarde ma peau ?"

La mer des bonnes intentions sécuritaires est , elle, couverte de voiliers, de tris marrants, impliquant sélection par le fric, le prix des médicaments, et des subventions qui feront , telle année, du cancer une cause nationale contournant le concerné en soins primaires, telle autre, du généraliste, le préposé de terrain, prompt à constater que la grippe aviaire est trop contagieuse pour concerner.... les médecins hospitaliers.

Le généraliste, lui, rame sur sa petite embarcation. Et de mémoire de rameur, il n'a jamais autant ramé dans l'océan du concernement. Derrière sa reconnaissance sociale, souvent réduite à l'estime dûe à celui qu'on ne trouve "pas si con" (... vu les moyens qu'on lui octroie ) tamisée de l'indulgence envers celui "qui ne peut pas tout savoir"( ... vu ce que les autres disent savoir de plus), il poursuit sagement sa route, en étant bien conscient qu'un rameur, même courtisé quand le nombre de rameurs se réduit comme peau de chagrin, reste un rameur à fouetter d'avantage.

Il n'a plus réellement les moyens d'exister, il ne lui reste que le droit d'être "suscité". En humerus clausus d'un membre désormais fantôme il se forme, s' habitue à toutes les incohérences, dont la principale est d'avoir su faire du soin primaire une chose secondaire, et du souvent superflu, une grande cause nationale. C'est l'encouragement d'une profession par la méthode de la promotion- déprime .

Dr Bruno Lopez - Fonsorbes


Derniére mise à jour : 01/07/06

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