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Au poids où l'on en est ...

Anthony pèse douze kilos. Il a dix neuf-mois, et grâce à l'effort consenti par le gouvernement envers les pédiatres voici quatre ans ( "les bébés, ça bouge, ça fait pipi partout, il y a le temps d'enlever la couche, de la remettre, et tout le toutim"- Jean François Mattei , Heure de vérité 2003 ) le poids de prise en charge du kilo de bébé a été revalorisé à trois euros dix le kilo. Pour moi, généraliste, et ma balance de taré (e ), Anthony vaut deux euros et quelques le kilo. Même que l'autre jour, le père n'étant pas prévenu, je ne lui ai pas fait payer les deux cent grammes de plus. C'est un client fidèle, faut dire. Son frère, Vincent pèse vingt kilos, mais il a cinq ans. Plus de couches. Cela nous fait du un euro cinquante le kilo.

La population française vieillissante, déclinante, se voit désormais frappée d'un fléau majeur, la surcharge pondérale. Et le syndicat des endocrinologues du secteur 1, tel celui des généralistes qui avaient indexé le prix du kilo d'enfant soigné par un généraliste sur celui des pédiatres moyennant un coef de minoration de 0,7, s'est plaint auprès de monsieur Bertrand du scandaleux différentiel qu'ils subissaient vis à vis des obésologues de secteur 2. En effet, le prix de la perte d'un kilo auprès d'un médecin non conventionné pouvait varier du simple au quadruple vis à vis de celui d'un pauvre praticien soumis au dur périple du parcours responsable, ceci sans compter les frais d'hormones. Le ministre, soucieux des dépenses de son administration qui, "grâce à lui" , sortirait doucettement de la faillite, a donc proposé un C lissé et progressif, de l'endocrino gériatre au gériomédiatre omnipraticien.

Le C -"maintenant que votre généraliste vous envoie ?" à 32 euros dédié aux premiers au C- "pas avec ce que me donne la sécu que j'ai l'temps de vous soigner !" à 21, 50 pour le généraliste.

Urbain, soixante dix ans, est mon nouveau patient. Il réside en maison de retraite, et ses cent quarante kilos obstruent mon passage. Sa gonarthrose est telle que je dois, invariablement, passer le visiter. Un rapide calcul de mes prestations a ramené le prix de l'Urbain à douze centimes le kilo. Il faut donc, pour un omniatre en soins primaires, visiter vingt Urbains pour atteindre, en kilos, la satisfaction d'un pédiatre uniquement dévolu aux Anthonys.

Le prochain combat des pédiatres est fixé. Obtenir un C - "pas fini de lui donner à manger des cochonneries?" dédié à la consultation des nourrissons obèses, "est la prochaine étape" , a déclaré le président du syndicat des pédiatres unifiés. "C'est une consultation longue, délicate et exigeante destinée à réduire, un jour, la mutation des Anthonys graciles confiés à des mains compétentes en vieux Urbains malades négligés par des grossistes bradés" a souligné le brave homme.

Tandis que les honnis praticiens de base attendent la réaction du ministre à ces propos hautement confraternels, puis leur indexation, monsieur Xavier Bertrand a décidé de partir s'aérer, avec son chef de cabinet, à New Dehli, pour s'enquérir du coefficient de la paix sociale retrouvée. Il paraît qu'un accord durable , entre le syndicat des pachydermatologues ( remontés ) et la conféderation des accoucheurs de caniches-nains ( en colère) , y aurait été trouvé..

Dr Bruno Lopez - Fonsorbes


Derniére mise à jour : 25/06/06

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