Rechercher
Formation médicale continue
Divers

Evidence-blues médecine



à la paix comme à la guerre

Accueil ce matin d'une nouvelle pensionnaire. Une polyarthrite déformante a transformé ses mains en fuselages inopérants. Elle s'est tassée trois vertèbres et ne peut plus vivre chez elle.
Elle me raconte son passé de brancardière de guerre. Quand en 40 elle a cousu des plaies et transporté les morts de la blitzkrieg.

Voici deux mois, elle a appelé le centre médical de son quartier à 21 heures, qui l'a renvoyée vers le 15. Le 15 lui a conseillé de patienter au matin. Le centre médical a promis d'envoyer quelqu'un. Qui n'est pas passé. Elle a appuyé sur les touches de SOS médecins, et le confrère lui a parlé d'une hernie discale. Comme elle en avait eu une, trente ans avant, elle s'est permis de lui dire que "ce n'était pas pareil". On lui a perfusé du calcium en IV, injecté des anticoagulants dont la non- toxicité a été vérifiée par ponction veineuse des dernières veines de ses doigts, car impiquable ailleurs.
Elle me dit que sa fille a tout emporté, des comptes bancaires au livrets A, B et de famille.
Ce matin je suis seul dans le service. L'aide soignante intérimaire lui a laissé deux biscottes sous papier plastique et du beurre. Je n'ai plus qu'à lui beurrer ses tartines, à rédiger mon observation médicale, et à regretter que les chroniques venant du front ne soient plus relayées par l'agence Reuters.

Dr Bruno Lopez - Fonsorbes


Derniére mise à jour : 13/05/06

Précédent Sommaire Accueil