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Pendant ma garde ( 1 )

Rivé à mon astreinte de dimanche, me vient une suggestion sur la première consultation.
Il ne viendrait à l'idée d'aucun plaignant, de voir son avocat délivrer sa plaidoirie à la première séance, ni à aucun conducteur de repartir tout de suite du garage, avec une voiture réparée dix minutes après avoir serré, pour la première fois, la main graisseuse de son nouveau mécanicien.
Or nous, médecins généralistes, submergés par la loi Blazy, acceptons, lors du premier soin, de prendre un air docte et sentencieux, de mimer la lecture accelérée de cinquante archives inégalement contributives, puis de guider le nouveau patient vers la table d'examen et enfin de le soigner.
Robin Bennett, dans l'approche du rapport médecin malade, suggère au patient de faire parvenir, au préalable à la première consultation, tout le dossier médical au nouveau soignant.
Ainsi cette première confrontation, essentielle, permettra au soignant de cadrer le passé, d'encadrer le présent et surtout de baliser l'avenir.

Il existe un inaltérable principe du code de déontologie. Celui qui consiste à exiger que l'indépendance professionnelle du praticien ne puisse être alterée par nul, ou quoi que ce soit. Le principal ennemi du praticien soignant n'est probablement pas autre que l'exiguité du temps, et s'extirper des guet-apens est sûrement une méthode alternative valable, et probablement plus prometteuse, que la revalorisation des honoraires comme fin en soi.
Demander au patient de faire passer au cabinet ses documents-clés a aussi une autre vertu. Samedi matin deux nouveaux patients ayant pris rendez-vous pour un premier contact ne sont pas venus, et ne se sont pas décommandés. Si j'avais eu en main leur dossier, amené par anticipation, comme gage d'engagement, probablement qu'ils seraient venus, ou à l'inverse, qu'ils auraient tout bonnement décliné de venir dès le départ. J'aurais gagné un temps précieux et éviter d'accroitre ma désolation sur l'espèce héteroclite des soignés et ses indélicatesses.

Je repense enfin à la reflexion d'une de nos amies d'ici, qui déplorait l'autre jour qu'un lundi matin son "nouveau médecin traitant" ne prit que quinze minutes névrotiquement millimètrées à
1/ écouter son passé médical
2/ traiter son présent
3/ et... saboter l'avenir de leur relation, fondée sur ce premier malentendu

C'est de tout celà qu'il faut savoir débattre, si l'on veut mettre à la porte tous les gens pressés de vouloir le bonheur sanitaire de nos chers malades. Aidons -les à devenir des patients de qualité. Les intrus, médiatiques, monétiquement ou chimiquement innovants, s'en iront d'eux-mêmes.

Bruno Lopez - Fonsorbes


Derniére mise à jour : 23/04/06

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