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Une médecine de gène et raucité

Deux débats s'entremèlent et se recoupent. Celui de l'opportunité du retour de la gauche pour contrebalancer les dérives de la régulation de la médecine de ville, et celui de la cruauté des labos qui inventent des maladies, dès lors qu'une molécule prète à la contrecarrer, est mise sur les présentoirs.
Enfin il est ressenti que, dès lors que ces deux plans fonctionnent parfaitement, le médecin généraliste est victime du complot prescriptif.
Je crois que la principale victime du complexe militaro-industriel ( et assurantiel ) n'est pas NOUS, et NOTRE nombril du monde généraliste agonique.
La principale victime est l'assuré social, et le mutualiste qui cotisent doublement à avoir en face d'eux des généralistes aigris, des spécialistes pour le moins méticuleux et une presse toute orientée.
Il fut un temps où le remède essentiel à la ténacité des maladies était la ténacité des docteurs. Dans un monde où la contractualisation des rapports sociaux empêche la possibilité de toute générosité, il est probable que l'on ait encore moins besoin de généralistes intelligents qu'avant.
L'intelligence est décidée en haut lieu, et ce n'est pas un retour aux valeurs de Jaurès qui empêchera la recherche pharmaceutique de tutoyer les élus locaux et les leaders politiques.
Tout le monde se demande comment, à lui tout seul, Douste-Blazy, qui avait déjà fait reculer la canicule par sa simple nomination au ministère de la santé, peut expliquer le déclin des vocations généralistes.
Le pauvre homme n'y est pour rien, et résumer notre marasme à quelque formulaire traitant gratuit ayant remplacé des contrats payants relève de la rancune pathologique.
On n'a plus besoin de généralistes que pour un éventuel travail de gentillesse doublé de celui d'équilibrisme.
Nous avons, par dépit et adaptation à l'ère jospinienne, beaucoup rogné sur la première. L'ère libérale
va nous contraindre à devenir très affutés sur la gestion de l'équilibrisme.
Recevoir vite et bien et en beaucoup d'heures des cas pathologiques qu'un pharmacien pourrait médiquer dans la joie du commerce, et en même temps risquer sa peau quotidienne pour ne pas avoir mis en place la dernière doctrine consensuelle innovante et promotante qu'un spé bien informé va promouvoir n'intéresse plus grand monde.
Il y a quelques fous qui continuent ce métier . Qu'il soit permis d'avancer que la seule contractualisation possible et envisageable est celle d'une redéfinition symbolique et pédagogique de ce que doit être un généraliste : un humaniste que l'on ne prend pas pour un con. Et un être honorable qui ne doit pas être jugé sur sa seule corvéabilité.
C'est une reconquète de sens qui ne passe pas essentiellement par de la reconnaissance matérielle.
C'est une reconquète digne de Verdun, et non celle de la traversée de l'Irak par les troupes du général Schwartzkopf.
Ce métier ne sera jamais reconnu comme assez "payant" pour tous ceux et celles qui ne s'attendent qu'à être payés
d'un retour financier. Bramer à longueur de tribunes sur l'argent sale des autres qui redeviendrait subitement plus propre s'il tombait dans nos poches est d'une nullité affligeante.
C'est le dernier feu de camp des derniers des mohicans dont la gène et raucité a assourdi les voix.





Dr Bruno Lopez - Fonsorbes


Derniére mise à jour : 19/04/06

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