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Et s'il ne reste que la bonté...

C'est mon premier professeur de faculté de médecine qui m'a écrit hier. Il est tombé sur un texte que j'avais rédigé sur "le cri du cochon en gare de Chicago". L'innovation éblouissante en tant que panacée des maux humains. Cet homme, bientôt nonagénaire, me rappelle au devoir de bonté des savants. Il m 'inscrit dans la définition du magistère comme élement de maîtrise de soi, et dans le rappel que l'autorité n'est que la capacité d'augmenter le savoir de l'autre.

Dans notre société médicale, la fausse autorité médicale s'appelle désormais " la haute autorité". Elle a été mise en place par ces mêmes personnages qui ont défait le médecin référent, et instauré le "médecin traitant".

Lorsque j'ai calculé que la mise en route de tel traitement médicamenteux , " avec l'aval de la haute autorité", rapportai au prescripteur un cinquième du pactole-protocole, non renouvelable, et quatre cinquième à l'industriel, personne ne s'est révolté.

S'il en va ainsi des autorités comme des autorisations de mise sur le marché, comme du nouvel axe du monde sans hiérarchie autre que la mise en place accelerée des protocoles pressés, et la distribution de ses dividendes je pense que la seule issue de notre secours, et du secours aux autres, est la reconquête de la bonté.

Nous avons les oreilles rebattues des égoistes non médecins qui ne nous renvoient à notre dimension sacerdotale que pour mieux nous exploiter, nous réquisitionner. Les malades, les directeurs de caisses, les prefets puis les gendarmes. La morale pataude et méprisante comme alternative, à la magouille des innovateurs en tous genres, et comme adjuvante à notre sentiment d'incompréhension.

A leurs petits égoismes corporatistes, dont celui , juridiquement étayé, du droit à être soigné, nous leur opposons le nôtre, qui est celui de rechigner à rester des soignants.

Lorsqu'il nous est opposé la crainte de l'isolement comme motif évident de la désertion des bancs de la médecine générale je me mets très en colère. Il est un élement très dissuasif de la peur de l'isolement, c'est celui des retrouvailles avec notre utilité sociale. Ce que les cyniques et les naifs appellent, pour nous, "la vocation".

Ne plus avoir peur d'être légitimes, faute d'être perçus comme incontournables, ne plus constamment se sentir exploités, mal aimé et submergés de paperasse, qu'il suffit de remplir avec la même désinvolture que ceux qui nous oppriment à devoir les accomplir.

Ne plus se sentir obligés de répondre mal à tout, mais répondre le mieux possible à ce qui relève de l'aide non complaisante de l'autre.

Il n'est pas impossible que les commissions de déburnoutisation de la médecine se fourent le doigt dans l'oeil à imaginer que le meilleur pacte est celui de la solidarité d'avec les confrères, sans se soucier de la requalification de celle d'avec ses congénères.

Ce samedi matin où je suis heureux de me lever pour porter aide aux fièvreux (qui ne savent pas encore que leur fièvre est probablement bénigne et uniquement dérangeuse de mon planning), aux tousseurs (qui savent mieux que moi que la toux est insupportable, parfois) je me remets à poser la sempiternelle question : " en quoi puis-je vous être utile ?" . Quitte à m'entendre des autres: " en quoi puis-je vous être dérangeant ?"

Si la définition, par mes malades, de mon utilité n'écorne point ma fierté, c'est son application qui me sort de mon isolement. Si la servilité est au bout de mon consentement, je m'en remets à mon vieux maître, qui sait me rappeler que l'augmentation de mon chiffre d'affaire n'est point un guide, mais un simple paramètre, d'aise ou de nausée.

Mais la bonté comme remède au burn out....... Quelqu'un m'en a ressorti la vieille copie. Merci, mon vénerable professeur. Délivre nous du bien, en allant vers le bon.

Bruno


Derniére mise à jour : 07/01/06

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