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Les honoraires du garagiste

Je désirais répondre à Franck sur notre compensation au niveau des pièces, ou de la main d'oeuvre. Je crois que c'est une grossière erreur que nous commettons de vouloir être appelés "spécialistes", ou de nous comparer à eux. Symétrique à celle que commettent les vrais spécialistes à se croire des généralistes, en plus intelligents.

Je pense que c'est une vaste fumisterie de croire qu'en nommant trois vieux généralistes émerites "professeurs" de fac nous jouerons à autre chose qu'aux "précieuses ridicules".

Nous avons avant tout un positionnement de libéraux. C'est dire que la société nous autorise à gagner moins, si nous sommes médiocres, paresseux ou inconstants, ou à gagner plus si nous sommes brillants, productivistes ou spéculateurs.

L'économie assistée ne fait pas forcèment plus pour la qualité, comme la recherche publique, débarrassée, certes, des vieilles mimiques corruptrices de l'industrie pharmaceutique libérale, est infoutue de synthétiser quelque projet que ce soit. C'est bête, mais c'est comme ça.

Un bon généraliste peut gagner un peu moins d'argent qu'un bon spécialiste, il faut que cela laisse dormir les deux, et que les horaires de repos acquis aux travers de la fronde de 2002 ne deviennent point des heures de jalousie insomniante pour les premiers qui voudraient gravir la dernière marche, celle de l'équivalence financière, ou pour les seconds , qui commencent à railler la prétention des nus-pieds.

Il existe des syndicats pour permettre aux spéculateurs de croître en pleine impunité, comme d'autres pour faire rêver les médiocres sur le fait que la providence va se répartir comme une suave coulée de chocolat chaud.

La lourde imposition des nantis relatifs peut les rendre aigris, contrits ou vindicatifs, comme résignés et condescendants. Si demain nous devenions des garagistes d' Etat, nous aurions peut-être moins de courbettes à faire à nos "clients", et plus à nos chefs de service. Serions-nous totalement débarrassés de l'entrave à la qualité en n'ayant plus de regard sur le compteur fric, que nous en deviendrons probablement plus esclaves du compteur temps, ou RTT. Et les ratés de la profession ne seraient guère plus enclins à se dépasser dans le facteur qualité qu'ils ne se satisfont de la quantité mal payée vis à vis de l'effort consenti.

Si nous demeurons des garagistes privés, rappelons -nous la chance que nous avons à pouvoir garder l'esprit d'entreprendre, et de changer nos tables d'examens par notre simple désir, sans attendre d'autre subvention que celle de notre initiative.

Et de temps en temps, souvenons-nous que les patients ne sont pas des bagnoles, et que si nous en gérons les clefs, les niveaux et les pneus usés avec un discours de larbins blasés, tout cela davantage que nous ne méritons leur confiance, nous ne sommes plus tout à fait des docteurs.

Dr Bruno Lopez - Fonsorbes


Derniére mise à jour : 29/10/05

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