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Bribes, et châtiment

Vous êtes pompiste à l'entrée d'un village, et vous entendez un grand boucan assourdissant, précédé d'un ballet "à la Spielberg" de véhicules balisés. De moins en moins d'usagers viennent vous voir pour davantage qu'un remplissage modeste, et inconstant, de quelques litres de dépannage jusqu'à la "grande station", et vous avez le temps d'observer l'ogive qui, par son passage , vous fait remuer la poussière de votre "petite station".

Un type s'arrête, encostumé comme ce dernier visiteur médical qui vous a présenté la suprème innovation pour les "jambes sans repos", et vous demande : " combien de kilomètres jusqu'à la cité de l'espace ?". Le convoi passe, ne vous fait pas assurer son plein, et vous en revenez à reconsiderer votre utilité sociale.

Lorsque nous déremboursons "le petit risque", il ne nous est pas uniquement demandé de protester contre l'injustice infligée aux veinotoniques. Ce n'est pas uniquement l'oedème vesperal de nos mémées déficitaires qui est menacé de banqueroute.

Allons plus loin. A peu près la moitié des dépenses de l'assurance-maladie concerne trois à quatre pour cent des malades. Avoir le sida, une polyarthrite très érosive, une insuffisance rénale terminale bihebdomadairement dialysée, ou un enfant nécessitant trois cent séances d'orthophonie, est surement le meilleur moyen d' amortir ses cotisations d'assurance-maladie.

A peu près quatre ou cinq labos, dans le monde, concentrent quatre vingt pour cent des capacités logistiques pour inventer de nouveaux remèdes capables de prolonger de quelques semaines la vie de ces quatre pour cent de malades et la carrière politique de quelques oligarques consensuels.

Ils sont les partenaires exclusifs du "pathétique business" impliquant les rembourseurs d' Etat, les mutualistes et les associations de malades Ils ont le choix entre, d'un coté, financer des milliers de propagandistes médicaux de "campagne", distillant une information simplifiée au petit pompiste de tout à l'heure, et de l'autre, "initier" aux nouvelles molécules sonnantes et trébuchantes quelques médecins "d'exception" , triés sur le volet hospitalier ( l' hopital génère soixante pour cent des dépenses de santé ), en même temps qu'ils s'assurent d' un épandage serré de promesses médiatiques propres à imprègner le grand public.

Nous, les généralistes, sommes les jambes sans repos, promptes à nous relever la nuit. Les externes du jour prochain , futur recopieurs des formules sanguines menacées par le progrès hématotoxique. La tête est ailleurs.

Les ogives médicamenteuses promises à un bel avenir, telles les frégates de Taiwan, assurent aux différents protagonistes gratification, rentabilité et légitimité. Qui en viendrait aux mains pour ne point rembourser ce qui repousse de quelques semaines une agonie résistante aux molécules du "petit risque" ? Qui encouragerait le doublement du nombre de lits palliatifs entourés de thérapeutes manuels, là où un pet scan va permettre à une nouvelle, magnifique, chimio de prolonger la médiane de survie de six jours , virgule "deux " ?

L'ogive vient de quitter mon village. Ma grand -mère en bicyclette me dit : "docteur, vous l'avez-vu passer le convoi ?" . Elle va me faire la gueule parce que le Daflon n'est plus remboursé. Oui mais demain, si elle ne peut plus faire de vélo, elle aura droit à son coxib à sang pour sang.

On ne peut plus prendre en charge n'importe quoi, pas vrai ?

Dr Bruno Lopez - Fonsorbes


Derniére mise à jour : 18/09/05

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