Rechercher
Formation médicale continue
Divers

Actuvision généraliste


Covid 19 : Lorsque les courbes se croisent


Dans cette pandémie, la ligne de conduite du gouvernement français, c'est le maintien de l'économie, au mieux, jusqu'à inversion de la courbe d'incidence du Sars-Cov 2 dans la population.
Cette stratégie a été décidée semble-t-il au décours du premier confinement.
Grâce à la vaccination mais surtout du fait de l’émergence des variants, ce point d’inflexion de la courbe se rapproche à grand pas.
Sur cette courbe l'effet lié aux retards de vaccination, dus aux déficits successifs de livraison, a certainement été compensé par l'arrivé des variants. En terme de vies humaines, à la sortie de cette pandémie, l'addition ne sera pas en faveur de cette stratégie; En terme économique, cette stratégie sera payante car il est plus facile de relancer une économie au ralenti qu'une économie à l'arrêt. Définir à moyen terme l'effet de cette stratégie de confinement partiel sur la santé mentale de la population sera purement spéculatif car d'autres facteurs rentrent en jeu.

Pour un médecin généraliste comme moi, en désert médical, gérer 3500 patients nécessite une augmentation du nombre d'heures de travail : autres courbes. Il faut rajouter une à deux heures de travail tous les jours, rattraper les retards de dossiers les dimanches et jours où la remplaçante est là, envoyer toutes sortes de documents à droite à gauche durant les temps morts : certificats, déclarations diverses, renouvellement de médicaments, renseignements aux patients sur la pandémie, sur les vaccins, sur leurs résultats d'examens, tout ce pour quoi une consultation n'est pas indispensable. Le paradoxe de cette suractivité parallèle est une baisse de la courbe des recettes car ces activités ne sont pas rémunérées.
Toujours dans ce cadre de médecine générale, j'ai constaté depuis janvier une augmentation sensible du nombre de nouveaux cas. Cette augmentation a explosé avec les variants et particulièrement avec le variant anglais. Depuis le début de l'épidémie, le nombre de cas de covid est officiellement de 4.640.000. Ce chiffre ne correspond pas à la réalité. A l'échelle nationale , d’après l'institut Pasteur, début février 17% de la population des plus de 20 ans a été touché par le virus, soit 9 millions de personnes, nombre auquel il faut ajouter les moins de 20 ans (23% de la population) . nous sommes donc aujourd'hui certainement plus proche des 13 millions de personnes tout âge confondu ayant contractés le Sars-Cov 2. Avec 8 millions de personnes ayant déjà reçu une première dose de vaccin nous sommes à prés d'une vingtaine de millions de personnes ayant des anticorps contre le virus. Au regard de mon activité de médecin généraliste ces chiffres paraissent beaucoup plus réalistes que les 4.640.00 covid avérés à ce jour. Nous pouvons espérer nous approcher d'une hypothétique immunité collective dans les deux mois à venir. L'infléchissement de la courbe d'incidence du virus sur la population française à court ou moyen terme est imaginable.

Reste le souci des variants et du risque d'un variant non sensible aux vaccins, plus létal que le Sars-Cov 2 et pour lequel l'immunité actuelle,acquise, serait insuffisante. Statistiquement c'est peu probable mais ça reste possible. Nous savons que plus le volume de population touché est important, plus le nombre de mutations virales est important et plus il y a de variants. Les stratégies qui consistent à attendre l'immunité collective, le déficit de moyen des pays les plus pauvres génère du variant. Heureusement semble-t-il, le Sars-cov 2 n'est ni la variole ni la grippe espagnole. Il n'en demeure pas moins que spéculer sur le fait qu'un virus n'est pas trop méchant et choisir une stratégie où l'on ménage la chèvre et le chou, la santé de la population et l 'économie, est un choix extrêmement acrobatique.

Je serais tenté de dire qu'il y a un ou plusieurs « bon dieu », que nous avons de la chance jusqu'à ce jour au moins. Sorti de l'épidémie, nous allons chiffrer les dégâts, les séquelles économiques peut-être mais surtout organiques, rappelons nous des maladies de Parkinson après la grippe espagnole. Attendons nous à une épidémie de procès sur le thème « j'ai des séquelles, y aurait eu qu'à ». L'état sera poursuivi, mais pas les personnes qui portaient leur masque en dépit du bon sens.

Je reste persuadé que cette stratégie n'est pas à recommencer et que le travail à venir sera essentiel : réfléchir à comment faire autrement.


Dr Jean-Paul Gervaisot

Laisser un commentaire à l'auteur


Derniére mise à jour : 03/04/21

RSS RSS
Précédent Sommaire Accueil