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Primo prescription de méthadone en ville, 10 années de retard qui ne profitent qu'aux dealers.




Depuis une dizaine d'années les addictologues libéraux et les médecins ayant l'habitude de prendre en charge des personnes dépendantes aux opiacés, demandent à pouvoir initier la prescription de la méthadone en ville.
Les médecins de ville manient régulièrement et avec prudence des produits équivalents , palier 3, dans le cadres de souffrances organiques et personne ne dénigre la qualité de leurs prises en charge. Les institutions leur reprochaient même il y a quelques années de ne pas en prescrire suffisamment. La problématique de l'usage dangereux de produits de palier II est évoquée depuis longtemps. Les dérives touchaient essentiellement les produits en vente libre comme la codéine.Leur vente libre a été interdite. Nous ne sommes pas touché par le phénomène US. Cet argumentaire de dangerosité n'a pas de sens en France.

Aujourd'hui donc rien n?empêche cette primo prescription, resterait à se mettre d'accord sur le cadre.

Pourtant le retard est bien là. Il est conséquent, cette absence de décision montre bien l'ignorance dans laquelle se trouvent les personnes qui bloquent ce dossier. En effet,une grande partie des personnes qui va se fournir en méthadone détournée, est insérée socialement : travail, famille, logement. Ces patients achètent aux dealers car l?accès thérapeutique à la méthadone passe pour eux par une désocialisation : Il leur faut pendant plusieurs mois passer prendre au quotidien leur dose dans un centre spécialisé. Cela signifie ne pas aller au travail ou au mieux y arriver tous les jours en retard. Ce système n'est donc pas compatible avec une activité professionnelle.
Coté trafiquants, ce dysfonctionnement est une manne car d'un point de vue économique cette perte de revenus les obligerait à trouver d'autres source de revenus, pas forcément mieux, et mettrait à mal certains équilibres de quartier. En pratique, vu le nombre d'addictologues libéraux (1/400,000 habitants), ils devraient avoir le temps de se recycler. L'hypothétique argument de l'équilibre socio-économique de quartier (que tout un chacun se garde bien de verbaliser en publique) n'a donc pas lieu d'être.
Il existe probablement encore quelques décisionnaires qui pensent que la maladie addictive est une invention.
Si tant est que des médecins non libéraux interviennent en qualité d'expert dans ce dossier, ont en t-ils la compétence ? Nous ne parlons pas des mêmes patients, les réserves formulées à l'encontre de la médecine libérale sont une interprétation de leur exercice de médecin institutionnel transposé à l'exercice de ville, étayée par l?instrumentalisation de quelques dérives ou faits malheureux très marginaux qui existent dans les deux « camps ».

A mon avis, ce retard décisionnel est le reflet du fossé qui sépare hospitaliers et libéraux, c'est regrettable car nous avons pour la plupart les mêmes valeurs. Les victimes , c'est notre patient mais aussi notre système social avec le détournement de prescriptions, le bénéficiaire principal, c'est le dealer.



Dr Jean-Paul Gervaisot

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Derniére mise à jour : 01/10/20

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