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Covid 19 et soignants, nous ne sommes pas égaux devant la souffrance.

Je lisais hier avec surprise des témoignages de médecins du secteur public faisant état de leur exercice durant les phase de confinement de la pandémie covid 19. Il ne s'agissait pas de service d'urgence, de réanimation ou d'unités de prise en charge de ces patients, mais d'unités plus classiques dont le rôle restait la prise de leurs patients habituels. Une partie du personnel était absente et les mesures de protections se limitaient à l'existant du moment.
Ces professionnels découvraient ce que voulait dire « tout faire ». Donner un coup de main à l'infirmière ou l'aide soignant, se dépêcher tout en travaillant 10 ou 12 heures par jour, composer avec l'absence ou l'insuffisance des services avec lesquels ils avaient l'habitude de travailler , recevoir plus encore qu'à l?habitude la détresse des patients en attendant que leurs autres collègues puissent ou veuillent bien les consulter, être impuissants face aux carences humaines et thérapeutiques, faire face à l'épidémie de fausses nouvelles, aux prises de positions politiques puériles, à la guerre des chefs trop empressés ou avides de notoriété, aux arrivistes de tous poils, aux laboratoires pharmaceutiques qui aimeraient bien placer leurs molécules, aux vendeurs de masques à prix exorbitants, à ceux qui veulent vendre leurs bouquins sur la pandémie et ce qu'il aurait fallu faire. Embarrassés enfin face aux patients qui leur demandent « docteur, et vous, qu'en pensez vous ?» 

En fait, ces médecins professionnels du secteur public décrivaient comme une situation exceptionnelle, pénible, laborieuse, ce qui somme toute est le quotidien d'une majorité de médecins spécialistes en médecine générale en dehors de toute épidémie exceptionnelle.Nous avons moins souffert qu'eux.

Pour ce que j'ai lu, ils ont essentiellement parlé de leurs difficultés personnelles. Pourtant durant cette période et encore maintenant les soignants, ceux d'en bas de l'échelle, ont crié leurs difficultés propres, l?État a proposé de l'argent à tout le monde mais n'a pas donné de réponse à cette souffrance car cette souffrance date de bien avant l'épidémie. Les suicides à France télécom ou chez Renault passent dans la presse à grand renfort d'articles et de reportages mais ceux de l'hôpital, on en parle peu, ça fait partie des risques de la vocation. Pourtant, d?après tous les retours que j'ai des employés hospitaliers et d'après ma propre et ancienne expérience d'étudiant, il y aurait à remettre de l'ordre et à faire du ménage dans ce secteur: En 30 ou 40 ans, rien n'a changé. C'est choquant.
Mais ce système, pour ne pas dire ce lobbying, tient grâce au déficit d'information, à la loi du silence.

Durant l'épidémie, les médecins hospitaliers ont vu ou pris en charge 1/20 des patients atteints du coronavirus. 19 patients sur 20 ont été suivis exclusivement par le secteur libéral, ça ne se sait pas. Dans un autre domaine que je connais bien : les addictions, la prescription de méthadone ne peut être initiée que par des hospitaliers alors que 80% des usagers de drogues sont suivis exclusivement en ville, nous ne suivons pas les mêmes patients et les contraintes de l'instauration de méthadone en milieu public spécialisé désocialisent les usagers insérés socialement, ça ne se dit pas. En ORL ou en pneumologie, les aérosols ne sont plus remboursés lorsqu'ils sont prescrits par d'autres professionnels que ces derniers: Il y a eu des dérives et des erreurs mais ces restrictions ont un coût humain et financier, ça ne se calcule pas. Les personnalités politiques et leurs experts exclusivement hospitaliers ne le savent pas ou ne veulent pas le savoir car ce qui se passe en ville ou à la campagne ne les intéressent que quand ça se passe mal ou, pour certains, quand ça leur permet d?apparaître dans les médias. Difficile à digérer..
Ville / hôpital, chacun sa place, mais entre les 2 places il y a un trou qui s'appelle la relation et qui impose un respect réciproque. Cela commence par une représentativité équilibrée. Actuellement le secteur public est lourdement représenté, cela fait partie de sa mission, il est payé pour ça. L'ordre des médecins est chapeauté par des hospitaliers.Les syndicats médicaux libéraux n'ont pas grand pouvoir car peu de médecins libéraux sont syndiqués.

Un nouveau projet politique n'est pas de donner des sous à tous les gens qui n'acceptent plus leurs conditions de travail, mais de mettre en place des conditions pour les rendent heureux. L'argent ne fait pas le bonheur même si  « l'argent ça va ça vient mais quand ça vient ça fait du bien ».

Dr Jean-Paul Gervaisot

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Derniére mise à jour : 02/08/20

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