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Médecin Généraliste: Aujourd'hui 50ème patient suspect covid 19: Si on en parlait !

La barre des 50 patients covid 19 a été passée ce 07 avril 2020. « Mon » premier patient avait présenté des symptômes d'agueusie et d'anosmie le 07/03/2020. Le diagnostic s'était fait rétrospectivement lorsque cette forme bénigne comme les formes avec diarrhées avaient été évoquées dans la presse médicale puis grand public.
50 patients,c'est en dessous de la réalité car les premiers signalements que j'ai pu faire de forme typique ont été écartés par le SAMU ou le 0800 pour « absence de cas dans le département ».
Depuis seuls 3 de « mes » 50 patients ont été confirmés covid + car amenés aux urgences sur demande du SAMU et testés.
Tous vont bien, j'en suis ravi.

J'ai enregistré tous mes patients sur COVIDOM, en temps réel ou rétrospectivement.
Sans toutefois que cette petite cohorte, extraite d'une patientèle d'un petit moins de 4000 personnes (désertification oblige), ait une quelconque valeur statistique, je ne comprends pas pourquoi les médias, pas plus que les hommes politiques, n'en parlent. Covidom a des chiffres de populations suspectes de covid 19, la sécu via les arrêts de travail a également des chiffres. Silence radio !
Est ce le besoin du sensationnel, est ce une stratégie pour inciter les gens à rester chez eux, je ne comprends pas, ça n'a de sens, cette attitude des responsables politiques revient à tendre le bâton pour se faire battre plus tard.
En effet, si mes chiffres se retrouvent chez la plupart des médecins, ce qui est certainement le cas, je peux en déduire que la mortalité liée à l'infection par coronavirus serait de l'ordre de 3 à 4 pour mille et non 3 à 4 %. Pour ceux à qui ça ferait moins peur, une simple règle de 3 permet de comprendre que sur 68 millions d'habitants, ça représente potentiellement 200.000 morts car personne n'est vacciné du coronavirus et personne n'en a été affecté auparavant, donc personne n'a de défense immunitaire adéquat.
50 personnes sur 4000 signifie qu'une personne sur 80 dans mon secteur serait touchée, il y a en certainement plus sous forme asymptomatique. Énormément de personnes sont susceptibles d'être encore victimes, et il serait facile de croiser 80 personnes si le confinement se terminait prématurément, sans mesures barrières généralisées obligatoires.

Des molécules sont testées, mais y a t il une uniformité dans ces cohortes, sont-elles représentatives, peut-on comparer les résultats de médecins qui testent et médiquent tout le monde avec ceux de médecins qui ne testent que les cas graves et médiquent plus ou moins tardivement. Les premiers aurons obligatoirement de meilleurs résultats que les suivants, mais que de biais dans toutes ces études qui ne sauraient être comparées.

Comme tout médecin de ville, j'ai été au premier rang des personnes exposées, avant même les services d'urgence, et sans protection ni précaution, particulièrement du fait des formes atypiques comme les agueusies/anosmies. Dès que l'information a circulé, j'ai ressorti les vieux masques H1N1 « Borcéliande », cette entreprise française maintenant disparue. Merci Brocéliande. La télémédecine, aujourd'hui, vient encore réduire notre risque de contamination. Le risque zéro n'existe pas.

Quand j'entends mes patients soignants parler de leur exposition hospitalière, j'en suis affligé. Même s'ils font probablement moins d'heures que nous, ils nagent dans le covid avec un déficit dramatique de mesures barrières. Au moins, les médias parlent d'eux à défaut de les aider. L'argent qu'elles font avec la pub, entre deux effets d'annonces, ne va leur subventionner le moindre masque ou la moindre surblouse, ça n'est pas à l'ordre du jour et ça ne fera pas accélérer la fabrication de ces produits.

Je suis à moitié surpris par la façon dont est vécu le confinement par mes patients en Seine et Marne: A choisir entre 3 heures de transport journalier minimum ou rester à domicile, personne ou presque n'hésite: Le confinement , c'est plus facile à supporter.

Le coronavirus, c'est peut-être l'occasion de changer de vie, de revoir la copie, de revoir toutes les copies, urbaines, sanitaires, économiques, de changer les priorités et les mentalités. Pour cela, pas besoin de révolution, juste une prise de conscience et de la détermination. Mais c'est compliqué de sortir de nos habitudes, de nos schémas sociétaires, de nos soumissions culturelles.

Dr Jean-Paul Gervaisot

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Derniére mise à jour : 08/04/20

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