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Le mois sans alcool, choc des idées et des intérêts.


Le mois sans alcool, choc des idées et des intérêts.

Le mois sans alcool n'aura pas officiellement lieu en en France. Le looby de l'alcool aurait-il gagné face à l'intégrisme médical, ou s'agit-il plus d'un sujet que chaque parti domine mal et qui laisse libre cours à toutes les passions à défaut d'un cadre rigoureux ?

Il y a les traditions, les habitudes, les fêtes. Consommer de l'alcool en fait partie mais peut être dangereux, tout le monde le sait. On prend le risque.
Que l'être vivant soit humain ou non, la prise de risque est une constance tout le long d'une existence. Elle a pour objectif de rendre la vie plus agréable ou moins difficile selon les circonstances et l'état mental de l'individu.
L'addictologue intervient chez l'homme quant ce type de comportement devient un besoin répétitif, stérile et délétère. Ça s'appelle une addiction.Tout n'est pas addiction. Lorsqu'un usage n'est pas addictif, rien n?empêche l'addictologue d'informer son patient des dangers qu'il encourt, il est dans son rôle de médecin. Commenter les traditions n'est pas de son chef. Libre au patient de faire ce qu'il veut sous réserve de ne pas nuire à autrui .

C'est donc pas simple. Si nous voulons sortir du dilemme « ne pas boire d'alcool pour ne pas réduire mon espérance de vie, ne pas nuire, etc / boire de l'alcool pour se faire plaisir, respecter les traditions etc », il faut prendre du recul, élargir notre vision de la vie, réfléchir en englobant ces conflits de métiers ou de cultures et non qui les opposant, regarder autrement la notion de vie.

Quelle image de la vie nous donnent nos sociétés aisées : Une image de « vie idéale » se construisant autour de clichés : Pour être heureux, il faut avoir de l'argent, ne pas se frustrer, boire, fumer, manger selon des « traditions », surfer ou jouer à volonté, être en bonne santé, ne pas souffrir, voire être éternel d'une façon ou d'une autre. Ces clichés sont incompatibles entre eux : boire et fumer ne font pas bon ménage avec être en bonne santé ou vivre éternellement.
Quand nous, addictologues, regardons le fonctionnement du cerveau, nous constatons qu'il aspire d'abord à assouvir les besoins primaires, puis avec l'âge à satisfaire ce que son environnement sensoriel lui impose (moi, surmoi, environnement familiale, environnement naturel, culturel, commercial). Pour les êtres vivants et les hommes en particulier ce fonctionnement se traduit par la sensation d'être heureux, d'avoir une vie agréable, satisfaisante.

Chercher à satisfaire tous les clichés sociétaires, de par leurs incompatibilités et pour beaucoup de par leur inaccessibilité, est source de désagréments, de sentiments d'échecs et de mauvais deuils. Un cerveau qui n'arrive pas à la sensation de satisfaction, ne se repose pas.

Regardons ce que le fait de vivre engendre à travers d'un volume de vie, c'est à dire un volume qui englobe l'ensemble des éléments de vie d'un individu du premier au dernier jour de sa vie : Une naissance, une famille évolutive, une culture ou un écosystème, des lieux de vie successifs, des rôles ou des métiers, un corps qui se transforme ; Et tout cela bouge ainsi jusqu'au dernier jour de cet être vivant. C'est au travers de ce volume incontournable qu'il faut raisonner.
Soigner un individu se doit de respecter autant que possible ce qui le satisfait, ça ne doit pas générer de « dysfonctionnement » cortical, donc de mal être, de souffrance ou de dépendance chez le patient. Du point de vue du groupe, dans une société, la satisfaction de l'un ne doit pas non plus engendrer de nuisance pour les autres.
Soigner le corps ne revient pas toujours à soigner l'individu. Cette notion est acquise avec la raréfaction de l'acharnement thérapeutique, maintenant les soins palliatifs font partie du volume de vie ; Pour autant le débat sur l?euthanasie n?est pas clos. Des revues comme la revue Prescrire pour les médecins, avec ses annotations, « d'accord,pas d'accord, n'apporte rien de nouveau », ne peut se prononcer, bravo », s'attaquent aux nuisances, au gaspillage, aux fausses promesses  qui nous privent de fonds qui pourraient servir à vivre moins bête, à traiter mieux autrement.

Pour revenir à l'alcool, si tout le monde est d'accord sur la toxicité de l'alcool sur le f?tus et pour sa dangerosité  à forte dose ; Sa nocivité à petite dose reste débattue, les études sont contradictoires et chacun s'accroche à celles qui l'arrange. Personne ne se pose la question du bénéfice/risque: combien d'heures ou de jours ou d'années de vie perd-on à consommer de façon conviviale des quantités modestes d'alcool ? Notre libre arbitre doit nous permettre en toute objectivité de choisir entre le plaisir de consommer des produits alcoolisés et la possible réduction d'espérance de vie qui s'y associe. La loi Evin a sa place contrairement aux chimères publicitaires, notre société peut créer du plaisir sous réserve que ce plaisir n'engendre pas du besoin: face à cela nous ne sommes pas tous égaux.

De mon avis d'addictologue, le mois sans alcool a sa place dans notre culture, même quelques jours suffisent, car le consommateur doit apprendre à faire la différence entre prendre plaisir, partager un plaisir, une tradition, et boire pour soulager un besoin, une dépendance: Peut-il boire modérément ou finit-il irrémédiablement la bouteille entamée? S'énerve-t-il, est-il agressif ou anxieux quand il n'a pas sa dose quotidienne? A-t-il besoin de cela pour dormir? Autant de détails isolés ou associés qui devrait l'alerter ou alerter les proches et le pousser vers son médecin.

Ceci qui est valable pour l'alcool est valable pour tous les produits ou comportements réputés addictifs : Tabacs, stupéfiants, jeux d'argent, jeux vidéo, sports, comportements alimentaires etc
Chacun de ces comportements ne mériterait-il pas un jour ou une semaine « sans » ! Pour voir..


Dr Jean-Paul Gervaisot

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Derniére mise à jour : 03/01/20

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