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Gazole et états d'âme.


En région parisienne, les gens ne vont pas bien

Le 17 novembre, avec l'augmentation de gazole, beaucoup de personnes vont probablement participer au mouvement des « Gilets jaunes ». Le principe est de protester contre le coût du carburant et indirectement contre les taxes d'état.
La vie est chère, le mouvement pourrait avoir un coût pour l'état s'il dégénère, et l'état c'est nous, ce surcoût hypothétique retentira en négatif sur notre pouvoir d'achat; Paradoxe que l'on retrouve avec les grèves, on est au pays de Descartes, mais l'émotion ça ne se raisonne pas.

Ce mouvement est un symptôme parmi tant d'autres. Actuellement, tout ce qui coûte est motif de mécontentement : les émigrés, les clandestins, les revenus des ministres et des élus en général, les taxes, les fonctionnaires qui ne font rien. Les gens souffrent, ils sont mal dans leur vie et nous le voyons au quotidien dans nos cabinets médicaux en région parisienne. Beaucoup n'ont pas ou peu de projections dans l'avenir. Ils ne se posent pas la question de savoir si les « manifs » coûtent plus chères ou moins chères à l'état que les clandestins ou les élus. Le discernement a disparu pour faire place au passionnel. Sur les réseaux sociaux, les manipulateurs en tous genres se régalent et surfent sur l'émotion des internautes, de nos patients.

Nous médecins d?île de France comme probablement ceux d'ailleurs, travaillons au sein de cette dépression sociale. Qu'entends-je dans mes consultations : Une heure et demi en moyenne pour aller à Paris, autant pour en revenir et pas de vie entre deux : voiture, RER, métro, boulot, dodo, courses les jours de pauses. S'ajoute à cela une impression de précarité de l'emploi car le poste de travail à vie n'existe plus. Dans beaucoup de personnes, il reste moins de 100 euros par mois dans le porte monnaie, à condition de ne pas faire de folie. Leur seule projection dans l'avenir, c'est la dépense que l'on craignait : changer de véhicule, avoir un problème de santé.
Il y a aussi la planète qui ne va pas bien. Ceux qui possèdent un véhicule polluant sont pénalisés et culpabilisés. Tous aimeraient avoir plus de sous et un autre véhicule, mais c'est financièrement impossible.
Quant à leurs enfants, que leur laissent-t-ils en héritage : la même vie, une future planète morte ou sans les humains !
Passons sur la guerre qui existe toujours ailleurs, sur les pays qui se moquent bien du réchauffement climatique, sur les sacs plastiques qui inondent l'océan, sur les météores qui vont détruire la planète, les volcans qui vont exploser. Alors à quoi bon, on jette ses papiers par terre, on prend son véhicule pour faire 500 mètres. Tout pèse, on le voit dans la rue, on le voit sur les réseaux sociaux, je le vois en consultation, plus la pression est importante, plus la précarité est grande, plus les gens sont affectés. Le mal de dos ne suffit plus, le mal de ventre ne suffit plus, le mal de tête ne suffit plus, il faut tout en même temps ; et la colère qui ne sort pas encore. Les éléments de la dépression sont réunis.


Tout le monde n'est pas dans cette situation de précarité : Pour paraphraser Francis Blanche, il y a encore des gens riches et en bonne santé.


Le gouvernement a pour projet de fournir une aide à l'achat de carburant ou au déplacement pour les plus démunis. Un ancien ministre parlait ce matin de réduire le nombre de fonctionnaires, comme s'ils n'avaient pas assez de travail. Passons sur les autres boucs émissaires dont le sacrifice ne changera rien au mal être actuel. Et puis sommes nous vraiment obliger de tester les solutions d'avant guerre de madame Le Pen ou de monsieur Mélenchon ? C'était mieux dans le temps disent certains de nos anciens, atrophie corticale aidant.


Mes patients dépressifs ou mes toxicomanes qui inexorablement rechutent, souvent guérissent en déménageant ou en changeant de foyer.

Nos patients veulent respirer. Une économie jacobine centralisée autour de la région parisienne ou d'une trop grande ville ne s'accommode pas et ne s?accommodera jamais d'un excès de population, et les parisiens ne sont pas des lemmings.
Il faut apprendre aux gens des trop grandes villes à aller respirer ailleurs, à vivre moins vite, moins dense . Si on veut les faire migrer, il faut d'abord que l'outil de travail se crée ailleurs chaque fois que c'est possible.

Que demande le peuple: du travail, moins de kilomètres, moins de gazole, d'autres têtes, d'autres lieux, se sentir bien, avoir les moyens de profiter de la vie: ce que nous médecins appelons la bonne santé mentale.



Dr Jean-Paul Gervaisot

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Derniére mise à jour : 15/11/18

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