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La fin du Numerus clausus, politiquement correct sans plus en l'état.


Lors de ma première année de médecine, le dernier reçu au concours avait obtenu 12 de moyenne. L'année précédente, la moyenne avait été très différente, ça faisait un peu tâche mais régulièrement les moyennes étaient basses, concours plus difficile ou étudiants moins sérieux, je ne saurais dire, ils ont fait d'excellents médecins. Toujours est-il que cette moyenne inhabituelle de 12 a déclenché un mouvement de protestation chez les étudiants recalés malgré leur moyenne. « Reçus collés » disait-on à l'époque.
Un concours est un concours,leur espoir s'arrêta là mais les années qui suivirent, étrangement, le phénomène ne se reproduisit pas : plus de recalé dans cette fac avec des notes au dessus de 10.
Hasard ou notation flottante ?

On parle beaucoup de suppression du numerus clausus. C'est une mesure politique hautement symbolique pour la population. En pratique, hors changer de nom, ça n'est pas applicable en l'état. Ouvrir les vannes et accepter autant d'étudiants que l'autoriserait la réussite aux examens, sans tenir compte des besoins à moyen et long terme, serait suicidaire.
Pour éviter une surcharge ou un déficit d'étudiants selon le taux de réussite, il se mettra certainement en place des mécanismes pervers et discrets. Examens écrits trop sélectifs, examens oraux de rattrapage calibrés pour arriver à un nombre précis préétabli d'étudiants en médecine, rien de plus facile, avec ou sans l'accord du ministre.
Mettre un tel schéma de sélection serait porter le flanc à toutes les critiques . En effet l'oral laisse présager un risque de favoritisme de « chapelle » ou « confraternel ». De surcroît, l'examen nouveau interdisant le redoublement, revient à favoriser les étudiants pouvant s'offrir une « prépa  médecine », entre autre terme cela revient à ouvrir la porte à l'élitisme de classe : Que du bon pain pour « la France insoumise », le premier fils de prof de médecine rattrapé à l'oral de rattrapage ou le premier fils de syndicaliste planté à l'oral emmènera tous les partis d'opposition dans la rue, banderoles en tête.

Discuter de cette réforme du numerus clausus avec les patients est très intéressant. Ils y sont tous favorables.
On leur explique que si le nombre d'étudiants augmente de trop, l'hôpital publique ne sera pas en mesure d'indemniser les internes de leurs 70 heures par semaine et plus, même payé au ras des pâquerettes. Ils comprennent. La solution de ne pas payer les internes serait encore favoriser un élitisme de classe.

On leur explique que les futurs médecins doivent pouvoir s'installer où ils veulent et qu'ils s'installeront autour de leur faculté de médecine pour la très grande majorité; Si on leur retire ce libre choix, beaucoup moins d'étudiants s'orienteront vers la médecine. Là ils ne comprennent pas . « Et la vocation », cette réflexion revient constamment. Les 70 heures par semaine sans vacances ou, presque, c'est pour eux le prix de la vocation. Les astreintes de nuit qui risquent de revenir, ça les arrangent . Nos explications les laissent dubitatifs. La plupart n'arrive même pas à concevoir notre charge de travail: inconsciemment, ils ne nous croient pas. Ce déficit cognitif touche même, semble-t-il, un doyen universitaire.

Sans réforme en profondeur des lieux de formation des médecins et sans revalorisation exclusive du C médecin généraliste, quelque soit la réforme, il n'y aura pas plus de médecins de campagne et pas plus de généralistes. En effet le commun des mortels pense qu'un spécialiste est un médecin qui a fait médecine générale et qui ensuite s'est spécialisé, cette illusion est entretenue par les tarifs. Nombre d'étudiants pensent au prestige de la spécialité, cette image est influencée par le contact avec les hospitaliers et, encore et toujours, par les émoluments des uns et des autres. Le jour où la consultation généraliste sera officiellement et symboliquement plus chère que celle des spécialistes et le jour où des hospitaliers généralistes feront leur apparitions dans les services pour améliorer les prises en charges multidisciplinaires, les premiers de la classe s'orienteront vers la médecine générale.


Dr Jean-Paul Gervaisot

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Derniére mise à jour : 11/09/18

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