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Trafic de buprénorphine : Savoir être dissuasif.


Le trafic de la buprénorphine (temgésic, subutex) existe depuis sa mise en vente. C'est un trafic lucratif basé sur l'empathie des médecins et le détournement de la prescription.
Le consultant n'est en général pas connu du médecin, il vient pour un « dépannage » ou parce qu'il a déménagé et arrive sur le secteur. La plupart du temps, le « patient » n'arrive pas seul et rapidement la personne accompagnante demande également une prescription pour les mêmes motifs. Si sa demande aboutit, le cabinet est très vite sollicité par une multitude de demandes du même genre.
La buprénorphine est revendue ensuite jusqu'à 30 euros le comprimé d?après certains de mes patients. Le « patient » revendeur s'en sert soit à titre purement lucratif, soit pour acheter de l'héroïne ou tout autre stupéfiant à usage personnel.


Pour le prescripteur il est assez facile de vérifier la qualité de la demande ; Un faisceau de petits moyens peut l'orienter. Ces petits moyens sont connus des prospecteurs et leur stratégie consiste à les rendre inutilisables pour le prescripteur potentiel.

Il faut user de ces petits moyens car le fait même qu'ils soient inutilisables rend la demande de soins très suspecte.

Le questionnement doit se faire de façon très normale dans le cadre de la création d'une fiche patient. Le cadre légal doit être aimablement expliqué, entre deux phrases , sans insister, presque en s'excusant, faisant état des problèmes de détournement.


Le premier outil est l'utilisation du site Améli avec la carte vitale : on peut contrôler l'errance de l?éventuel glaneur et le nombre de boites récoltées dans le mois. En l'absence de carte vitale, utiliser le numéro de sécurité sociale ne précise que le nom du patient qui parfois est différent de celui de l'attestation papier. Pour contrer ce moyen de contrôle, les consultants viennent avec un papier d'aide médicale d'état. Leur numéro d'assuré commence par un 7 et Améli ne peut pas renseigner nos demandes. Ce type de certificat papier est donc hautement suspect.


Chaque demande de buprénophine concerne des dosages de 8 mg, en général 2 x 8mg, les dosages plus faibles ne sont pas monnayables actuellement au marché noir : une prescription d'un multiple de 8 mg est un deuxième élément suspect.

Une ordonnance accompagne toujours la demande. Systématiquement on contacte le médecin. C'est là qu'il faut évoquer cette contrainte pour « problème de trafic ». Parfois le collègue répond et l'on sait alors s'il s'agit d'un trafic ou d'un réel suivi. Souvent le collègue n'est pas joignable pour raison de cabinet fermé, de maladie ou de vacances, cet état est rarement le fait du hasard : troisième élément suspect.
Comme pour toute ordonnance de stupéfiant, il faut indiquer la pharmacie. On demande le nom et l'adresse de la pharmacie « à noter sur l'ordonnance » et on lui téléphone si on a encore des doutes.

Certains petits détails sont intéressants comme demander la date de naissance lorsque l'on fait la fiche patient, elle n'est pas toujours exactement connue du dit « patient ».

Dans ce genre de consultation, il ne faut jamais perdre de vue que l'on peut avoir affaire à des personnes dangereuses. Il ne s'agit donc pas de refuser la prescription mais il faut la rendre la plus contraignante et la moins utilisable possible afin de dissuader le demandeur de revenir. Les outils spécifiques à l'établissement de cette prescription sont multiples : on fait une prescription courte, 7 ou 14 jours en délivrance hebdomadaire ou quotidienne, voire avec prise devant le pharmacien. Il faut toujours rester prudent et sentir jusqu'où on peut aller sans risque dans les contraintes de prise. Il faut d?emblée être ferme et ne pas laisser place au marchandage : « Nous sommes contraint par le cadre légal de la prescription, c'est comme ça »

On peut parfois aussi leur demander de retourner dans la salle d'attente lorsque le confrère ou la pharmacie n'est pas accessible ou tarde à répondre. Souvent ces « patients » disparaissent sans attendre.

Enfin, mais cela se fait après la consultation, il existe un service spécifique à la sécurité sociale qui récence les N° de SS associés à un probable trafic. On peut les contacter. Ils vont soit pouvoir vous dire s'il est répertorié, ou faire une enquête spécifique et vous adresser un courrier en cas de détournement avéré. A savoir que sur un même numéro de sécurité sociale, ils peuvent constater une centaine de délivrances mensuelles dans divers départements, il y a donc plusieurs glaneurs sur une même feuille photocopiée d'aide médicale d'état.

Dr Jean-Paul Gervaisot

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Derniére mise à jour : 31/03/18

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