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Les consultations sans rendez vous à la rescousse des déserts médicaux, encore une mauvaise idée !



J'avoue en presque 40 ans d'exercice n'avoir jamais mis en place de plages de consultations sans rendez vous. Je l'ai pratiqué par obligation en tant que remplaçant, ça m'a suffit.

Mon prédécesseur avait horreur des salles d'attentes vides , il avait l'impression d'être abandonné par ses patients. Pour pallier à cette phobie, il avait des consultations sans rendez vous. Il avait aussi des consultations sur rendez vous qu'il démarrait avec au moins un heure de retard pour échapper à l'angoisse de la salle d'attente vide. Sa salle d'attente bondée l'obligeait à se dépêcher et beaucoup de patients ajournaient une partie de leurs demandes pour le soulager et pour rentrer plus vite chez eux. Ce mode de consultation rendait service aux personnes qui n'avaient pas le téléphone ou qui n'avaient pas de voiture et qui dépendaient du bus biquotidien. Cette idée d'inciter les médecins à ouvrir des plages de consultations sans rendez vous me semble être un retour dans la préhistoire, à l'époque de la deudeuche, du gros téléphone à cadran en bakélite noire et de l'aspirine pour soigner toute les maladies.

L'image que j'ai du « sans rendez » est peut-être un peu biaisée :

C'est 15 ou 20 personnes dans la salle d'attente, certains arrivant une heure avant l'ouverture du cabinet pour passer en premier.

C'est un lieu de soins qui devient un lieu de partage de la gastro-entérite, de la grippe ou de la rougeole, avec la bénédiction de la république. Tout le monde échange avec tout le monde en attendant son tour, parfums et effluves divers, virus, bactéries, derniers potins et plus si affinité.

C'est les patients pressés, abrégeant l'échange pour laisser la place au suivant : « j'ai un autre problème mais j'en parlerai la prochaine fois ».

C'est pour le médecin la personne qui a la grippe ou la gastro, comme le précédent ou comme le suivant et qu'il n'examinera pas assez parce qu'il n'a pas le temps, c'est la pression de la salle d'attente pleine, l'obligation de voir tout le monde. C'est le risque de faire une faute.

C'est pour la vindicte populaire, le mauvais médecin à 25 euros ou plus les 5 minutes « il ne m'a même pas examiné », « il fait de l'abattage», « c'est une pompe à fric ».

C'est pas forcément beaucoup mieux vu par la sécurité sociale qui à une époque évaluait la valeur du C sur la base d'une consultation de 20 minutes. Devrait-on faire un tarif au rabais pour les consultations sans rendez-vous avec en compensation une médaille pour le mérite et la prise de risque ?


Dans mon quotidien, je fais déjà du « sans rendez vous » en prenant entre deux les urgences, sachant qu'il y a toujours 2 ou 3 patients qui ne viendront pas et qui ne préviendront pas, que je prévois des pauses pour cela, que l'espace repas est réductible à quelques miettes, et que je finis plus tard que marqué sur l'agenda. Enfin je travaille aussi le samedi après midi pour éponger le trop plein, certains médecins font de même le dimanche. Ces "urgences" ne sont pour ma part jamais surfacturées, elles n'ont donc pas de visibilité pour le ministère public.

Avec le « sans rendez-vous » pour les patients, ma salle d'attente va rejoindre le métro ou le préau de l'école en terme d'échanges virulents.. Merci, sans façon!

Pour nous médecins généralistes (car nous seuls sommes concernés), ce sera la punition quoiqu'on choisisse : « Vous ne proposez pas de consultations sans rendez-vous, OK, on lâche les lions », « vous avez fait une erreur médicale, vous avez mal examiné votre patient, on lâche les lions"

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Derniére mise à jour : 23/02/18

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