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Les cliniques privées autorisées à gérer les MPS: la fin de la désertification est en marche.



A la date du 15 janvier 2018, le quotidien du médecin.fr titrait : « Les cliniques autorisées à devenir gestionnaires de centres de santé, les médecins voient rouge »

En effet l'ordonnance du 12 janvier 2018, signée par le premier ministre et la ministre de la solidarité et de la santé ouvre la gestion des centres de santé à des personnes morales gestionnaires d'établissements privés de santé, à but non lucratif ou à but lucratif.   Cf :Art. L. 6323-1-3.
https://www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000036484700&fastPos=1&fastReqId=1404328898&categorieLien=id&oldAction=rechTexte

Il s'agit entre autre de faire gérer par des grands groupes privés, cliniques ou mutuelles, les maison médicales professionnelles (MPS), très prisées par les jeunes médecins, et portées par les gouvernements successifs.

Curieuse décision dans une période d'austérité que cette autorisation. A ma connaissance, un grand groupe privé n'a jamais fait faire des économies à l?État. Confier la gestion de mutuelles professionnelles à du privé, ça donne le RSI par exemple. Les cliniques privées sont passées maîtresses dans l'optimisation financière de leur activité. Elles ne sont pas à elles seules responsables du déficit de la sécurité sociale mais elle ne participent pas vraiment à le réduire.
Concernant les centres de santé, il est bien précisé dans le texte que ces sociétés ne pourront pas faire de bénéfices , mais les moyens détournés pour en faire sont monumentaux, sinon elles ne seraient pas demandeuses.
Pour faire des bénéfices ça n'est pas compliqué: il suffit de créer un filiale spécifique MSP par exemple, et de multiplier les dépenses de ces MSP jusqu'à la limite du déficit. Ainsi on engage une entreprise de nettoyage un peu chère, des entreprises d'informatique fournissant les logiciels médicaux, le matériel, l'entretien, on loue cher les bâtiments, on crée un conseil d'administration que l'on rémunère (et qui vote bien), et on se retrouve très vite limite déficitaire. Si les entreprises de nettoyage, d'informatique et les propriétaires des bâtiments sont des filiales de l'entreprise mère, le tour est joué, les filiales peuvent même être européennes et payer leurs impôts à l'étranger.
Pour augmenter le chiffre d'affaire, car il s'agit bien de faire des sous à un endroit ou à un autre, on peut aussi rendre payant les appels téléphoniques, prises de rendez vous ou renseignement via un « 08 » , le parking peut être payant. Mieux, les médecins peuvent être salariés diplômés de la zone Europe.
La difficulté va être la concurrence avec les médecins hors MPS mais là dessus on peut compter sur les contraintes et leurs surcoûts : accès handicapé par exemple, ou obligation de places de parking. La plupart des cabinets vont fermer par défaut, et la création par les libéraux de locaux aux normes sera vite prohibitive. L'avenir a déjà été détaillé dans un précédent article.

http://www.stethonet.org/JPGervaisot/jpgo99.php?cat3=13


Confier la gestion des structures de santé à des groupes privés va peut être arranger le problème de la démographie médicale. Mais si l'on regarde comment les institutions hospitalières publiques ou privées gèrent leurs finances et le déficit en médecins, force est de constater qu'il leur est permis d'avoir recours à des médecins étrangers dans un cadre de salariat. Ce schéma va se retrouver dans les maisons médicales, la présence d'un médecin français « tuteur » permettra l'emploi de médecins étrangers pour lesquels malheureusement, la barrière de la langue est un véritable handicap pour eux même comme pour les patients. Nous, MG, en avons des témoignages quasi quotidiens par les patients ayant eu recours aux services d'urgence. Ce recours à des médecins formés dans d'autres pays d'Europe ou d'Afrique du nord sera bientôt un recours forcé, incontournable, qui s'imposera avec la bénédiction des services publiques : Pourquoi ce qui s'applique déjà à l'hôpital public ne s'appliquerait pas en ville ? Le refus actuel des jeunes médecins de s'installer dans des zones de désertification, loin des grandes villes et de la mer ne jouera pas en leur faveur : les patients apprécient majoritairement leur médecin généraliste, mais pas les médecins généralistes. En d'autres termes , en cas de conflit , les patients oubliés ne soutiendront pas la génération de médecins qui a refusé de s'installer harmonieusement sur l'hexagone.

Donner à des sociétés privées la gestion de centre de santé est donc un excellent moyen pour les gouvernements successifs de se débarrasser de nombreux problèmes, exit le numerus clausus et les débat associés: Avec un médecin français « d'appellation contrôlée » par structure de soins et de la main d??uvre étrangère, il y aura trop de médecins. Il sera même possible de négocier leurs rémunérations à la baisse, voire de proposer un salariat pour tout le monde. L'hôpital publique va pouvoir encore rallonger les études médicales pour s'offrir une main d??uvre à bon marché, corvéable à merci si les chefs veulent bien continuer à donner un petit coup de pouce en ce sens.
Cela coûtera plus cher à l?État, donc à tout le monde, mais combien de gouvernements rêvent de privatiser le système de soins avec la bénédiction de la population.





Dr Jean-Paul Gervaisot

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Derniére mise à jour : 21/01/18

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