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"non substituable" un chef d'oeuvre admninistratif classé "mémoire de l'humanité"

De source très incertaine, l?inénarrable mise en place du dispositif « médicaments génériques » devrait faire l'objet d'un classement par l'UNESCO au patrimoine mondial dans la rubrique « mémoire de l'humanité ».

On remarquera que ce chef d??uvre de l'architecture administrative pré Macronnienne est toujours en vigueur. On peut encore admirer sur les boites de médicaments le nom de la spécialité en caractères vigoureux et colorés. Délicatement et discrètement imprimée à proximité la dénomination en DCI vient ajouter un poil subtil de doute dans l'esprit du patient. Enfin, tout aussi visible, le nom du laboratoire pharmaceutique vient parfaire la confusion et le risque d'accident iatrogène. Sur certaines boites, dans un style « école primaire », l'écriture bienveillante du pharmacien amène un éclairage salvateur sur ce monument de cacophonie.
A chacune de ces boites est associée une ordonnance au contenu plus ou moins hétéroclite. Certaines sont totalement écrites à la main, d'autres sont imprimées sous des couleurs variables, plus banalement noires ou bleues. Très souvent en bout de ligne, on distingue, manuscrit, un tas de lettres tortueuses qui prétendent vouloir dire « non substituable », mais qui très objectivement vous disent « ça m?ennuie, c'est pas à moi de faire, perte de temps, mais qui a pondu un truc pareil ?». Cette écriture est en principe celle du médecin, encore que, lorsque la formule parait trop bien écrit, tout laisse à penser que le patient a lui même écrit et pensé «  non substituable ,  j'ai cotisé, je ne veux pas de médicaments au rabais ».

Précisons pour les futures collectionneurs de ces chefs d??uvre que paradoxalement les plus anciens « non substituables » sont imprimés et non manuscrits. Dans l'avenir, posséder une ordonnance avec « non substituable » écrite par le patient, associée aux boites de médicaments non utilisés, aimablement paraphrasées par le pharmacien, pourrait avoir une certaine valeur.


Cet embrouillamini est l??uvre d'années de réflexions et de réunions ministérielles. Souvenez vous, dans le cadre de la mise en place des médicaments génériques, un précédent gouvernement nous avait gratifié d'une obligation de mettre après chaque prescription médicamenteuse la mention « non substituable » si le patient ressentait un certain nombre d'effets indésirables après ingestion d'un produit générique, ou s'il le sentait moins efficace.
Les inventeurs de la mention avait comme objectif principal de dissuader le médecin d'écrire une telle formule. Mais la formule n'étant pas assez longue, il fut décidé qu'elle serait écrite après chaque médicament incriminé et non d'une façon globale en fin d'ordonnance.
Bien sûr, l'économie était évidente : des produits génériques moins chers et une consultation allongée, donc moins de consultations à rembourser en théorie. En pratique, moins de consultations chez le généraliste se transformaient en plus de consultations aux urgences.
Sauf que étrangement certains patients cumulaient tous les effets secondaires décrits. Il était donc beaucoup plus laborieux pour le médecin de participer à des joutes verbales avec le patient que de noter ligne par ligne « non substituable ». La parade ministériel interdisant le « non substituable » imprimé ne changea pas grand chose et permit à certains patients de marquer eux même « non substituable » en cas d'oubli du médecin.
Il fut ensuite décidé d'obliger les médecins à écrire le nom du médicament en DCI avec si nécessaire le nom commercial à côté. On en est encore là aujourd'hui.

Globalement, au prix de concessions et de carottes diverses, le projet « générique » fut plutôt une réussite, mais dans un pays où la désertification médicale est au bout du chemin, faire porter aux intervenants médicaux le joug d'un tel fardeau était complètement illogique.

Il est vrai que si l'on prend un peu recul face aux mesures prises, on peut aujourd'hui s'étonner qu'au lieu de charger la mule,en l?occurrence le médecin, les penseurs ministériels n'aient pas songer à retirer du fardeau tout ce qui était inutile. En effet, on constate encore aujourd'hui que les nouvelles molécules sortent encore avec un nom de spécialité : aucun intérêt puisqu'on doit les prescrire en DCI. On voit aussi que les noms d?anciennes spécialités persistent sur les boites de la maison mère alors même que ces molécules sont génériquées. Pourtant on le sait tous : Plus de nom de spécialité, plus d'effet placebo.


A quand le début de l'ère moderne ??

Dr Jean-Paul Gervaisot

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Derniére mise à jour : 28/06/17

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