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Les anticholinestérases, prescrire ou ne pas prescrire, un choix cornélien

La mode au ministère de la santé est à la stimulation des récepteurs cholinergiques. L'autre nom des récepteurs cholinergiques est « récepteurs nicotiniques ». Entre nicotine anti-tabac et anticholinestérases anti maladie d'Alzeimher, madame la ministre les aime au point de tous les rembourser.
Pourtant si pour le tabac, la campagne sevrage fait l'unanimité, pour les anticholinesthérases les experts de l'HAS demandent l'arrêt de leur remboursement. Cela revient à cesser leur prescription car outre leur inefficacité attestée dans la majorité des cas, ils seraient dangereux, induisant des troubles du rythme parfois mortels.
Ça n'est pas une découverte récente comme vous pourrez le constater en suivant ce lien qui date de 2011, lien dans lequel le mode d'action est explicite.
http://pagesouvertesauxtoxicomanes.blogs.nouvelobs.com/tag/alzheimer

Moi médecin, je ne comprends pas pourquoi Marisol Touraine s'oppose aux recommandations de l'HAS. A quoi bon avoir des experts pour ne pas suivre leur avis, avis qui, de mon expérience, reflète bien la réalité du terrain. A fonctionner ainsi, à ne pas respecter les orientations des spécialistes, autant demander l'avis du premier quidam qui passe, ça coûte moins cher.

Puisqu'on parle de gros sous, à l'évidence cette histoire d'anticholinertérases va à l'encontre des économies de santé. Tout le monde souhaite réduire le budget santé publique, ministre en tête. Les anticholinestérases coûtent une petite fortune à la sécurité sociale. Leur service rendu est dans le meilleur des cas nul, sous réserve que l'on ne considère pas le décès prématuré d'une personne démente comme une économie de santé. Pourtant ces produits sont maintenus sur le marché, et notre ministre s'oppose à leur déremboursement « dans l'état actuel des choses ». Leur taux de remboursement est certes à 15%, mais en ALD, ça fait 100% à charge de la sécu. Comment le justifier : Les malades et leurs proches se reconnaissent et se fidélisent à travers la prise d'un médicament, c'est la position des prescripteurs et des associations. Il suffit d'un reportage ou d'un article à charge, bien relayé par les médias, pour cette position montre ses limites et devienne insoutenable. Alors quitte à user d'un effet placebo ou presque, autant revenir à la bonne phytothérapie d'il y a 20 ans, elle coûtait des clopinettes et n'était pas dangereuse.
A noter que le ministère ne nous demande pas d'en prescrire mais, pour avoir déjà expliqué à des familles que le produit ne modifie pas l'espérance de vie et peut même la réduire, c'est pas simple de dire « non » surtout lorsqu'il s'agit de ne pas renouveler la prescription du neurologue à qui on a demandé avis. Madame la ministre, à sa décharge, n'avait peut être pas demandé l'avis de l'HAS .

Bref, aujourd'hui des gestionnaires administratifs du budget de la santé nous disent que l'on prescrit trop et que l'on coûte trop cher. Ces mêmes gestionnaires nous mettent en « délicatesse » avec la prescription de produits sans effet sur une pathologie, très onéreux et peut-être plus dangereux que la pilule 3ème génération ou le médiator.

L'épilogue de cette aventure pourrait ressembler à cela dans 10 ans : Nous médecins partageons le box des accusés avec Marisol Touraine parce que pour les uns, nous avons prescrit des anticholestérases et mémé est morte prématurément d'un trouble du rythme, et pour les autres nous avons refusé d'en prescrire et que ça leur aurait coûté 3 mois de maison de retraite en plus.

Je vais peut-être profiter de la campagne anti-tabac pour mettre tous mes patients déments sous patch à la nicotine, c'est gratuit et pas dangereux !

Dr Jean-Paul Gervaisot

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Derniére mise à jour : 12/11/16

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