![]() |
PHOBIES ET OBSESSIONS EN MEDECINE GENERALE
Dr Yves Adenis-Lamarre - médecin généraliste - Angoulême
En tant que généralistes, nous sommes les premiers à être consultés au début de la symptomatologie, et malheureusement, nous passons à côté pratiquement à chaque fois par manque de formation initiale, et ce d'autant que les spécialistes de la question ne voient jamais les gens au début. Ils ne peuvent donc pas nous en parler. Aujourd'hui encore, j'ai vu une jeune fille de 18 ans, qui présente une pathologie obsessionnelle, avec peur d'étouffer; elle cache sa pathologie depuis 3 ans, alors que je l'ai vue au moment de l'épisode initial révélateur. Mais je suis passé à côté, par manque de temps, vraisemblablement.
Par manque de temps, c'est je crois une des raisons principales. Mais pas la seule, la deuxième raison, est que traiter ce type de maladie n'est vraiment pas rentable financièrement. Pour traiter sur le plan cognitivo-comportemental, à part les cas repérés au début, à part les TOC que l'on traite par les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine, mais avec comme inconvénient de devoir sans doute les traiter chimiquement à vie, il faut du temps, beaucoup de temps, que l'on ne peut disposer pout tout le monde. Et Dieu sait, si dans ce domaine, il y a du monde à soigner. Alors, si je parle d'avenir, c'est que je crois qu'il existe des techniques thérapeutiques beaucoup plus rapide, techniques basées sur la connaissance appronfondie des techniques de communication. Mais là encore plus, le frein est d'ordre financier, car à ce jour, le tarif de la consultation est de 115 Fr. Si j'insiste, c'est que l'histoire suivante montre parfaitement le peu de crédit que l'on porte à un acte intellectuel diagnostic effectué par certaines personnes, ainsi que le piège dans lequel se retrouvent les médecins encadrés par un tarif unique.
C'est l'histoire d'un chaudronnier qui avait été embauché pour qu'il répare le système de chaudières d'un énorme bateau à vapeur. Il écouta l'ingénieur lui décrire les problèmes, posa quelques questions, puis il se rendit dans la salle des chaudières. Il jeta un coup d'oeil sur les tuyauteries, il écouta les cognements de la chaudière, les sifflements de la machine, puis passa les mains sur certains tuyaux. Il se mit à siffloter, mit la main dans sa poche, en sortit un petit marteau, et frappa d'un seul coup sur une valve rouge : à ce moment, tout le système de chaudières se remit à fonctionner à merveille. Lorsqu'il reçut la facture d'un montant de 1000 $, le capitaine du bateau, furieux, demanda au chaudronnier de lui envoyer une facture détaillée, ce qu'il fit :
donner un coup de marteau : 0.50$
déterminer l'endroit ou frapper : 999.50$
total : 1000 $.
Ceci est sans doute une histoire inventée, mais ce qui suit ne l'est pas; voici deux exemples tirés de ma pratique.
Mme A. 26 ans ne sort plus de chez elle sans son mari; depuis son accouchement, elle n'a pas repris le travail, car elle a été incapable de mettre son fils à la crêche, puis en école maternelle; il a maintenant 6 ans et l'école primaire est obligatoire, et c'est là que je la vois pour la première fois. Après une longue discussion, j'apprends que sa belle-mère dirige tout chez elle, ce qui entraine des disputes avec son mari, qui pardonne tout à sa mère qui a toujours été comme çà. J'apprends un détail, entre autres, à savoir que lorsque la belle-mère est là, elle coupe la viande de son fils comme s'il était un bébé, ce qui la met hors d'elle même.
Je lui ai donc dit :
- "la prochaine fois que vous verrez votre belle mère faire cela, vous lui direz à votre manière, une phrase qui ne demande pas de réponse, une vérité incontestable, vous lui direz quelque chose qui ne la concerne pas, vous lui direz simplement que votre fils est très content de savoir couper sa viande comme un grand".
Cette jeune femme n'a pris aucun médicament, et quand je l'ai revue 8 jours plus tard, le fils allait enfin à l'école, elle ressortait, elle allait reprendre son travail, et surtout la belle-mère avait eu le bec cloué, définitivement, car elle ne se mêlait plus de rien. La "maladie familiale" avait duré six ans!
facture du médecin : 115 Fr.
Mr B. 25 ans. Il vient me voir car il tousse, et veut que je regarde sa gorge; le connaissant de longue date, j'ai deviné (et ne pense pas m'être trompé) qu'il avait du lire une article sur le cancer de la gorge, et comme il fume..... je l'avais déjà vu suite à des "palpitations" survenues après la lecture dans la presse sportive de la mort d'un footballeur, et comme il faisait du foot et qu'il fumait.... il a donc arrêté "en toute logique" le foot, mais pas le tabac. J'ai donc regardé sa gorge et ai attendu son inquiétude :
- "Alors docteur, qu'est ce que j'ai?"
que répondre,
- "rien"? je l'entends me répondre, "mais alors pourquoi je tousse?"
ou alors,
- "une angine"? c'est donc que j'ai vu quelque chose alors que lui en fait n'a rien perçu! il doit donc avoir un cancer débutant!
ou alors l'envoyer chez le spécialiste pour s'en débarrasser? attitude encore plus dangereuse, car j'aurais vu quelque chose que le spécialiste n'aurait pas vu, ou plutôt que le spécialiste aurait caché car trop avancé.
Je lui ai simplement demandé,
- "qu'est-ce que vous en
pensez?"
- "le tabac", me répondit-il;
- "et bien oui", sans rien d'autre.
Il est revenu 4 fois en 15 j avec le même scénario. A la dernière consultation, j'ai changé de sujet de conversation et je lui ai dit :
- " vous m'avez bien dit que votre femme fumait, et que vous voudriez qu'elle arrête de fumer? j'ai une technique extraordinaire, je vous la donne si vous me jurez que vous allez l'appliquer; la prochaine fois que vous verrez votre femme fumer, progressivement, vous vous mettrez à tousser, et au bout d'un certain nombre de cigarettes, elle prendra conscience que à chaque fois qu'elle fume cela vous fait tousser, et elle arrêtera de fumer".
Huit jours plus tard, il m'appelle au téléphone et j'en profite pour lui demander si son épouse fumait toujours; sa réponse fut :
- " je ne tousse plus docteur".
cela a été terminé. Mais sa femme fume toujours, ce n'était pas le problème du jour.
Dernière mise à jour le 11/05/99