Rechercher
Formation médicale continue
Profession
Divers
Rechercher


PHOBIES ET OBSESSIONS EN MEDECINE GENERALE

Dr Yves Adenis-Lamarre - médecin généraliste - Angoulême


COMBIEN CA COÛTE?
- la valse des spécialistes 
- Sueurs froides

On l'a déjà vu, en pension d'invalidité ou d'allocation adulte handicapée. Mais aussi en soins médicaux!

la cystite

Mlle C. 20 ans, étudiante , m'appelle car elle présente une cystite; elle a eu un malaise d'ailleurs, en ressentant une douleur en urinant, associée à l'émission de sang en caillot. Elle pense que cela doit être une mycose, car cela la gratte aussi, et elle reconnaît les symptômes.

Les urines sont très troubles dans un verre bien transparent.

- Cela vous est-il déjà arrivé d'avoir des infections urinaires?
- Oui, assez souvent, je prends beaucoup d'antibiotiques à cause de ça.
- Est-ce que vous avez remarqué un lien avec les rapports sexuels?
- Effectivement, à chaque fois que je mets un préservatif.
- Parce Que vous ne mettez des préservatifs que de temps en temps?

d'un air gêné :

- Oui, quand je ne suis pas sûr du garçon.
- Et comment êtes vous sûr du garçon?
- Je lui demande une prise de sang récente.
- Vous prenez des médicaments régulièrement?
- Oui, car je suis dépressive, je prends du ZOLOFT depuis 3 mois, du TEMESTA, du LIBRAX, du METEOSPASMYL.
- Y-a t'il une cause que vous connaissez à votre dépression?
- Oui, je me trouve trop maigre.
- Mais vos parents sont-ils plus "enveloppés" que vous?
- Non, ils sont comme moi.

Et voilà, le mot essentiel est lâché, elle se trouve trop maigre, elle est obsédée par son poids alors qu'il est normal! On peut supposer en fin de cette première consultation qu'elle présente aussi des compulsions sous forme de vérification de sa normalité ou non auprès de multiples partenaires, qui bien évidemment ne peuvent pas répondre à sa problématique. C'est l'histoire de la reine du livre de blanche neige, face à son miroir : le "miroir interne" renvoit sa propre pensée perturbatrice en désaccord avec le "miroir externe" qui renvoit la réalité; le fait de changer de partenaire ne change pas la réalité, il faudrait changer de "miroir interne"...donc les pensées intérieures.

Voilà donc comment une obsession fait prendre des risques sur la santé : peur du sida qui fait prendre des précautions illusoires à ce niveau, avec négligence par méconnaissance de l'herpès, des chlamydiae, des MST en général. Mais peur inconsciente sans doute quand même, se traduisant pas la colopathie, les infections urinaires à répétition et l'anxiété importante étiquetée "dépression".

Tout ça à 20 ans.

Combien cela va t'il coûter en soins médicaux : examens biologiques, traitements antibiotiques, consultations médicales, et pour combien de temps?

histoire de chien

On en a déjà parlé de cette dame qui ne peut sortir seule de chez elle car elle a la phobie des chiens; elle a maintenant 40 ans.

Elle est marié, a un grand garçon. Toute la journée, elle la passe seule chez elle. Que peut-il se passer dans sa tête? Elle a pourtant suivi une thérapie cognitivo-comportementale, une thérapie basée sur la Programmation Neuro-Linguistique (P.N.L). Rien n'y a fait, tous les médecins se sont cassés le nez les uns après les autres.

Une erreur a été faite par son premier psychanalyste; au premier contact, il lui a dit qu'il pouvait la guérir complètement, mais que le risque était le divorce à la clef, car le mari l'avait épousé alors qu'elle était déjà malade.....elle me l'a dit après, elle n'a aucune envie de divorcer, surtout si après elle a encore peur des chiens...alors elle est allée le voir quelques temps, sans aucune conviction, et l'a quitté. Est-ce une raison du blocage total? sans doute en partie, mais en partie seulement sans doute.

Elle sort donc le soir faire les courses quand le mari est là, ou pendant les vacances.

Elle a donc 40 ans, et la douleur, de psychologique commence à devenir physique. Comme elle n'a aucune confiance en elle, elle se méfie de tout, notamment des médicaments, qu'elle ne supporte bien évidemment pas. Alors elle a mal; des douleurs cervicales droites, qui irradient dans la mâchoire, dans le bras droit, avec phénomène d'hyperpathie, irradiation au membre inférieur droit, le tout sans aucune systématisation.

Elle a commencé à voir le dentiste qui pensait que cela pouvait venir d'une dent, qu'il a commencé à dévitaliser, puis peut-être aussi celle d'à coté.

Elle est allée voir le neurologue, qui n'a retrouvé qu'un examen normal; et a donc prescrit une batterie d'examens biologique (HIV, Lyme, Ac anti-noyau etc....) une IRM à la recherche d'une pathologie démyélinisante très atypique.....

Qui l'a donc envoyé chez l'ORL à la recherche d'une névralgie très atypique du glosso-pharyngien...

Puis chez le rhumatologue, qui ne retrouve pas d'éléments pour faire une synthèse cohérente de toutes ces douleurs qui ne lui paraissent pas d'origine cervicale; il pense cependant à une spondylarthopathie psoriasique très atypique, puisque sa mère a peut être fait du psoriasis, et va jusqu'à lui demander une recherche du groupage B27 en sachant que cela ne sera pas déterminant.

Bref, à la vue de tous ces examens négatifs, tous les spécialistes se posent des questions sur la stricte organicité de ces douleurs. Le neurologue avoue même ne pas avoir d'idée bien particulière.

C'est pour cela qu'elle sera adressée à un centre anti-douleur, mais depuis qu'elle voit des spécialistes, aucun n'a pensé ou ne lui a fait dire qu'elle avait une phobie des chiens......

Elle n'est pas allée au centre anti-douleur; car elle s'est renseignée auprès d'une amie qui y avait eu recours; elle "sait" ce qu'on va lui dire, ce qu'on va lui proposer. Elle vient de faire le calcul de tous les examens qu'elle vient de subir, pour plus de 15000 Fr, sans aucun résultat sur le plan organique. Alors, elle ne veut pas coûter encore plus cher.

Entre temps, j'ai revu le neurologue, et lui en ai parlé. Il a été étonné quand je lui ai parlé de phobie des chiens, car elle ne lui avait rien dit; pas surprenant non plus, à la question : "avez vous déjà consulté un psychiatre?", elle avait répondu "non, jamais" !!

sueurs froides

Il a trente ans, et est chauffeur routier. Oh! il n'est pas chauffeur routier par hasard, mais ça, personne ne le sait ! il aime la liberté, et ne supporterait pas de travailler dans un bureau. Il est très nerveux aussi, mais comme beaucoup en ce monde où tout le monde est pressé; pour passer sa nervosité, il fume; beaucoup; beaucoup de trop : trois paquets par jour. Quand aux prises de sang, pour savoir s'il a d'autres facteurs de risque, il n'en veut pas.

En roulant donc, il a ressenti une violente douleur thoracique, il n'a pas voulu s'arrêter, il a continué et est arrivé en sueur chez son patron. Il voulait venir me consulter, mais son patron a jugé plus opportun de faire appel au SAMU. Il s'est donc retrouvé à l'hôpital local en soins intensifs. Il présentait à l'ECG des anomalies peu significatives, et la biologie était normale. La douleur a disparu et c'est là que tout a commencé, des sueurs froides pour les médecins, pas pour le patient.

Il était chauffeur routier non pas par hasard, peut-être parce qu'il aimait la liberté, mais plutôt parce qu'il ne supportait pas d'être attaché : il était phobique. La ceinture de sécurité ça allait, car le camion roule......mais à l'hôpital.....c'était plus la même chose....il a arraché la perfusion, il a débranché le monitoring, et est allé dans la cafetéria pour fumer. Comme on ne lui trouvait rien, il voulait sortir, donc contre avis médical; il lui a donc été fait en urgence une échographie transthoracique qui a révélé un anévrisme de l'aorte ascendante de 58mm. Ne supportant plus l'hospitalisation, il est sorti contre avis médical, et est retourné à l'hôpital au fur et à mesure des examens.

Sueurs froides pour les médecins de l'hôpital local, mais aussi pour les médecins de l'hôpital cardiologique. Car la phobie ne disparaît pas comme ça......Il devait entrer en salle d'opération le matin à 7 heures......quand il a vu l'infirmière la veille à 22 heures pour le préparer......il est sorti contre avis médical, il est retourné chez lui pour prendre son camping-car, et il s'est représenté en chirurgie le matin à 5 heures, pour se faire opérer à 7 heures, ce qui a eu lieu, mais il avait l'espoir de repartir le lendemain avec son camping-car...

Sueurs froides en post-opératoire, car il voulait tout arracher, il était même menaçant avec le personnel qui l'approchait; il a donc été endormi, intubé. Il a quand même réussi à arracher la sonde d'intubation, heureusement sans abîmer les cordes vocales.....

Il a fini par s'habituer à l'hôpital cardiologique, mais il ne se souvient pratiquement de rien, en particulier de son allé et venu entre l'hôpital et chez lui. Après son séjour en hôpital cardiologique, il devait aller en centre de rééducation, mais du fait des prolongations imprévues, il a été rapatrié sur l'hôpital local, et de nouveau, une heure après son arrivée, il est sorti contre avis médical, pour aller finalement quelques jours plus tard en centre de rééducation où tout s'est à peu près bien passé.

Ces trois exemples montrent que le problème des phobies, des TOC, et autres pathologies de la même famille ne se limite pas à un problème d'ordre psychologique, mais que le retentissement organique peut être très important et que ce dernier peut occulter complètement la cause originelle. Le coût financier de ces pathologies ne se limite donc pas à celui des prises en charge psychologiques et des incapacités de travail qui s'en suivent, mais doit prendre en compte aussi celui des conséquences organiques indirectes plus ou moins importantes, raison supplémentaire pour dépister le plus tôt possible ces pathologies qui sont le plus souvent ignorées ou camouflées..

preced.gif (544 octets)

somart.gif (909 octets)

haut.gif (746 octets)

suite.gif (327 octets)


SOMMAIRE VECUS

ACCUEIL DU SITE

Dernière mise à jour le 11/05/99