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PHOBIES ET OBSESSIONS EN MEDECINE GENERALE
Dr Yves Adenis-Lamarre - médecin généraliste - Angoulême
EXEMPLES
-
L'institutrice
- Histoire d'eau
- A la gare
- Comment aller au travail
- Tache d'huile
L'institutrice
Mme C. 22ans. Institutrice; tout va bien; mais depuis qu'elle a déménagé dans une maison à la campagne, c'est l'angoisse permanente. Pathologie monadique? de couple? L'interaction est partout, obligatoire; compliquée. Ayant "peu" de temps ce jour là, j'ai voulu aller vite :
- je pense que vous avez vécu dans une maison qui
ressemblait à celle-ci, où il s'est passé quelque chose d'important pour vous, voyez
vous ce à quoi je fais allusion?
- Non, je ne vois pas.
- Vous avez habité plusieurs maisons?
- Oui, mes parents déménageaient tous les 3 ans pour raisons professionnelles.
- Alors on va passer en revue les maisons les unes après les autres.
Tout d'un coup, elle éclate de rire :
- vous avez raison, cette troisième maison ressemble à celle qu'on vient de louer, il y
avait le même escalier extérieur avec sa rampe en fer.
- Bien, et dans cette maison, il s'est passé quelque chose?
- Non, je ne vois pas.
- Alors on va passer en revue les différentes pièces.
Arrivés à la salle de séjour, elle éclate de
rire de nouveau :
- dans cette pièce, il y avait de la moquette jaune, et avec mon copain, on est en train
de mettre de la moquette jaune...
- Et dans cette pièce, que s'est-il passé?
après un silence,
- un jour, j'avais 10 ans, avec ma sur, on avait fait des bêtises, alors nos
parents nous ont pris séparément dans cette pièce pour nous réprimander et depuis je
suis devenue une fille obéissante.
A tel point que même mariée, elle ne pouvait rien faire sans demander à ses parents! et quand elle avait peur de les froisser, elle ne leur demandait pas, mais abandonnait son idée!!
- Si je comprends bien, quand votre copain est
allé seul en vacances l'an dernier en Sicile, si vous ne l'avez pas accompagné, c'est
parce que vous n'avez pas osé demander à vos parents?
- C'est bien cela."
Je ne sais pas pourquoi, mais ensuite je lui ai
demandé :
- Des raviolis, vous en avez déjà mangé?
- Non.
- Et si votre copain vous demandez d'en faire ce soir, vous lui en prépareriez?
- Euh.....non.
- Pourquoi?
- Parce qu'il faudrait que je demande à mes parents....
Huit jours plus tard, elle avait de nouveau déménagé en appartement en prenant bien soin de ne pas reconstruire le cadre du passé; actuellement, elle va très bien.
Cette histoire est intéressante à plus d'un
titre; tout d'abord, on aurait pu croire à une pathologie monadique, ou à une pathologie
de couple. En fait il s'agissait d'une pathologie de système, du système familial de son
enfance, qui perdurait encore, mais camouflée par tous, y compris par le mari
"compréhensif", mais sans savoir pourquoi.
Et puis est apparu une aggravation de par le hasard de la découverte d'une maison
d'habitation dont un détail, la rampe en fer, l'avait attirée, sans qu'elle prenne
conscience de la raison. Comme si cela ne suffisait pas, elle était poussée par une
force invisible de façon à recréer le cadre de son enfance en mettant une moquette
jaune pour lui rappeler un épisode douloureux!
Comment aurait évolué cette pathologie? Nul ne le sait, mais elle a pris conscience de
son mécanisme de fonctionnement pathologique et de ses répercussions, et a pris une
mesure énergique pour éviter de rentrer dans une spirale incontrôlable.
Histoire d'eau
Il a 20 ans, et se porte bien. Il vient me voir,
car il se plaint de douleurs vertébrales, et je lui conseille de faire de la natation
comme traitement.
- C'est à dire, je n'aime pas l'eau.
Tiens tiens, je me suis déjà fait avoir...il n'aime pas l'eau, ou il a peur de l'eau? c'est pas tout à fait pareil.
- Aimes-tu aller à la plage?
- Oui.
- Et quand tu vois les autres dans l'eau, cela ne te fait pas envie?
- Si....
Tiens, tiens, je crois que je ne me suis pas trompé....
- Tu prends des douches de temps en temps?
- Oui
- Et tu mets la tête sous le jet d'eau?
- Oui.
Bizarre, je me serais trompé?
-Quand as-tu pris une douche pour la dernière
fois?
- Il y a 5 ou 6 ans.
- Tu prends donc des bains maintenant?
- Oui.
- Et pour te laver les cheveux, tu mets la tête sous l'eau?
- Sûrement pas.
- Pourquoi?
- Parce Que ça me fait suffoquer.
Et voilà, un de plus. Encore le hasard. Le traitement est des plus simples; il suffit de se rééduquer seul à la maison, avec un verre d'eau dans lequel on trempe son nez, puis avec un bol, puis un petit saladier, etc.. pour acquérir un nouveau comportement adéquat. Quelques temps plus tard :
- Alors, tu as essayé la technique que je t'ai
décrite?
- Oui, et j'ai bien rigolé après, car au premier essai dans un verre d'eau, j'ai
paniqué, j'ai cru que j'allais me noyer.
A la gare
Mr D. 35 ans. Il vient chercher un arrêt de travail pour l'après-midi, car il a eu un malaise en voulant monter dans le train pour aller à une réunion de travail sur Paris. Malaise? Voir.
-Je vais vous faire votre arrêt, mais quand
devez-vous retourner à Paris?
- dans une semaine.
- et comment allez-vous y aller?
après un long silence, :
- je ne sais pas.
- En train?
- sûrement pas!
- en avion?
- encore moins!
-en voiture?
- c'est pas possible.
- bien, je vais vous demander une seule chose; vous allez retourner à la gare, vous
asseoir sur un banc et regarder les trains arriver, partir, regarder les gens monter et
descendre, et ce pendant une heure ou deux.
Huit jours plus tard, il allait à Paris sans
difficulté. Maladie monadique? systémique, sans doute, mais je ne saurais jamais, mais
cela n'a pas d'importance.
Ici encore, comment aurait évolué la symptomatologie? Le médecin généraliste est en
première ligne pour dépister une pathologie débutante; une action initiale et simple
permet de se retrouver dans un état antérieur normal; 10 ans après cet épisode, il n'y
a pas eu de récidive de pathologie anxieuse.
Comment aller au travail
Mme D. est une jeune femme apparemment sans
problème, jusqu'au jour où elle a eu un accident de voiture. Et c'est là que tout
bascula, car elle développa une phobie des voitures. Elle ne pouvait plus monter dedans,
et dans la rue, elle en avait peur.
Elle habitait en ville, et pour aller au travail, elle se mit à y aller à pied, en
rasant les murs, de peur de se faire renverser. Sur son chemin quotidien, elle connaissait
pas mal de gens qui habitaient là, alors elle allait d'une porte d'entrée à une autre
sans trop de difficulté. Le fait de savoir qu'elle pourrait sonner en cas de besoin la
rassurait. Cependant, il y avait quelques trous, c'est à dire des bouts de chemin plus ou
moins longs à faire sans qu'elle ne connaisse personne; alors, c'était le calvaire, elle
prenait son courage à deux mains, et faisait le parcours pratiquement en courant.
Elle fit cela jusqu'au jour où elle déménagea pour aller habiter dans une maison qu'ils
avaient fait construire à la campagne. Et de là, impossible d'aller au travail à pied;
ni en voiture!
C'est à ce moment qu'elle me raconta tout cela.
- Il existe une technique pour vous guérir, mais pour aller plus vite, je vais vous demander de la mettre en application vous même. Voilà ce que vous allez faire. Vous allez considérer que le fait de prendre votre voiture est une succession d'activité différente à faire. La première est de décider de prendre votre voiture, la seconde d'aller vers votre voiture, puis d'ouvrir la portière, puis de vous asseoir au volant, puis de fermer la porte, puis de mettre la clé de contact, etc., etc... Je vous demanderais de ne pas brûler les étapes, vous ne passerez à l'étape suivante que lorsque vous aurez réussi la précédente. Chaque étape, vous la referez plusieurs fois de suite, jusqu'au moment où l'anxiété sera retombée à zéro. Par exemple, si le fait de mettre la clé de contact entraîne une anxiété, vous enlevez la clé, vous ressortez, vous rentrez chez vous, vous attendez que l'anxiété soit à zéro et vous recommencez toutes les étapes. Cependant, ne faites pas de séances de plus de 1/2 heure par demi-journée pour que cela ne vous fatigue pas.
Elle a essayé le lendemain; pour son plus grand bonheur. A chaque étape, elle se sentait soulagée, alors elle passait à l'étape suivante sans rien recommencer.
- Je suis sortie sur la route, ça se passait bien, alors je suis allée jusqu'au centre du village, et comme ça se passait encore bien, je suis allée jusqu'à la nationale. Devant moi, passait en voiture une amie, alors je n'ai pas hésité, je me suis engagée sur la nationale, et je l'ai suivie jusqu'à Angoulême; sur le chemin, toute mon angoisse à disparue, et je me suis sentie soulagée, heureuse d'avoir enfin repris la voiture.
Tache d'huile
Je reviens à ma première patiente, celle qui a
commencé avec les couteaux; alors, comme les aiguilles ressemblent à des couteaux, elle
s'est dit :
- Est-ce que j'aurais pu piquer mon enfant avec cette aiguille?
Alors elle ne touche plus d'aiguilles. Et puis progressivement toute sa journée était
occupée par cette pensée, en rapport avec tout ce qu'elle faisait.
- Est-ce que j'aurais pu.....
avec les bretelles : lui mettre autour du cou pour l'étrangler.
avec la boite aux lettres : le coincer dedans.
pousser mon gamin dans l'escalier,
le coincer dans les portes automatiques des magasins,
jeter mon gamin par la fenêtre,
le renfermer dans la fosse septique,
lui jeter des bouteilles à la figure.
Puis ce fut le tour des autres :
- Est ce que je pourrais
jeter des sarments de vigne sur la tête de mon mari,
lui jeter le plat à la figure,
lui donner des coups de pied à la figure,
écraser les enfants sur le trottoir,
rentrer dans les autres voitures,
rater les virages,
mettre mes mains dans les prises de courants,
me jeter dans le puit, par la fenêtre, me fracasser les assiettes sur la tête, etc.,
etc., etc......
Tout avait commencé à l'âge de 17 ans avec l'épisode du lapin et des fleurs avec le couteau; cependant, elle se souvenait qu'à l'âge de 7 ou 8 ans, alors qu'elle jouait à la ronde avec 3 autres petites filles, elle a eu envie de faire tomber l'une d'elles qui avait 3 ou 4 ans....
En fait, toute son enfance a été perturbée par
des relations conflictuelles avec les camarades de classe, les institutrices, sa famille.
Tout cela, toutes les interactions systémiques familiales ou sociales, ont trop été
complexes pour savoir qui était cause de quoi. Dans l'action thérapeutique, il fallait
rester simple, redonner confiance, principalement en rééduquant avec la méthode de
désensibilisation systématique en état de relaxation. Et tout rentra dans l'ordre
progressivement. Un grand bond fut franchi aussi quand elle se fit mettre un stérilet :
la peur que tout recommence avec un deuxième enfant était sans doute là, mais
inconsciente.
Dernière mise à jour le 11/05/99