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PHOBIES ET OBSESSIONS EN MEDECINE GENERALE

Dr Yves Adenis-Lamarre - médecin généraliste - Angoulême


CE QUE JE LEUR DIS

  C'est une maladie

Les gens se sentent ridicule, on peur qu'on se moque d'eux, qu'on ne les prenne pas au sérieux. Alors je leur dis que c'est une maladie, comme les autres; comme la rougeole, comme une cystite, comme les maladies cardio-vasculaires. Que cela n'a rien à voir avec la volonté; on le dit déjà avec la dépression, mais c'est aussi vrai pour les phobies et les obsessions. Quand ils comprennent que notre point de vue rejoint le leur, quand ils se rendent compte qu'on va les comprendre, alors ils parlent beaucoup plus, ils dévoilent les moindres secrets qu'ils gardent au fond d'eux-même sans jamais rien en dire à personne. On pourrait croire qu'il faut beaucoup de temps, si l'on prend comme modèle celui de la psychanalyse, en fait, ils se dévoilent très rapidement quand ils sont mis en confiance.

C'est une maladie comme les autres, en fait elle n'est pas tout à fait comme les autres sur le plan physiopathologique; une rougeole, c'est une maladie organique. Une phobie, sans doute non; mais je ne pense pas qu'il s'agisse d'une maladie psychiatrique dans le sens commun du terme. Je pense qu'il s'agit d'une maladie de la communication.

Nous avons deux cerveaux, un supérieur qui domine le cerveau inférieur; tout du moins pour certains. D'autres voient également deux cerveaux, un droit et un gauche, un qui fonctionne sur un mode analogique, rapide, l'autre sur le mode digital, plus lent mais plus précis. Il y aurait égalité et complémentarité de la pensée dite archaïque et de la raison; égalité et complémentarité de la globalité et du détail; égalité et complémentarité de la persuasion et de la démonstration. Il y aurait donc deux langages différents non traductible de l'un à l'autre, qui doivent être au diapason pour un équilibre; ce qui explique une absence d'effet thérapeutique d'une "prise de conscience" de ce que fait le cerveau droit par le cerveau gauche : " ce que je fais est idiot, mais je suis obligé de le faire".

Pathologie de la communication sur le plan personnel, avec rupture de l'équilibre d'une vision harmonieuse du monde par les cerveaux droit et gauche; mais aussi pathologie de système, dans le cadre de la communication entre les différents membres d'une même famille, d'un même groupe social ou professionnel. Là aussi, il existe des interactions complexes entre les différents membres, et une communication pathologique se révèle par des symptômes de la famille phobie et obsession.

  Conditions d'apparition

* terrain

Existe-t'il un terrain héréditaire? peut-être, mais pour l'instant, cela ne comporte aucune application pratique.

Existe-t'il un terrain acquis? sans doute, mais cela relève de l'éducation familiale.

* circonstances de révélation

L'analyse des différents cas retrouve des circonstances d'apparition : fatigue, dépression, surmenage, épisode émotionnel intense : accident, guerre, dispute intense. D'où les cellules de crise mise en œuvre lors de catastrophes naturelles ou accidentelles.

* un épisode lié au hasard

Le cas de Mme J. ci-dessus cité est éloquent à ce niveau; état dépressif; vision de sa mère en train d'égorger un lapin alors qu'elle-même était en train de couper des fleurs en présence d'une petite nièce. "Court-circuit" de la communication intracérébrale et survenue d'une idée obsédante : " et si  j'avais eu un couteau, est-ce que j'aurais pu faire ça à ma petite nièce?"

Généralement, je donne un exemple fictif pour montrer le mode d'apparition, pour montrer que cela peut arriver à tout le monde, que la volonté n'y est pour rien.

Imaginez que vous avez 3 ou 4 ans, et que c'est la période de Noël; vous allez vous promener dans la rue commerçante avec vos parents, et pour la première fois, vous voyez un père Noël tout de rouge vêtu; vous êtes émerveillé. Malheureusement, à ce moment, il y a une forte explosion dans un bâtiment, et tout le monde se met à courir dans tous les sens et à crier; vos parents vous tirent pour vous éloigner du danger. Dans votre tête, le choc émotionnel, la rapidité de l'action va faire que vous allez associer un habit rouge avec la notion de danger. Plus tard, le rouge sera une couleur que vous n'aimerez pas, et quand vous croiserez dans la rue une personne habillée en rouge, vous vous sentirez pas bien, mais sans savoir pourquoi, sans même remarquer la raison; et si vous essayez de faire une association de cause à effet, si vous vous trompez d'objet, vous allez aggraver votre problème.

C'est ce qui s'est passé chez Mme J. Après avoir eu peur des couteaux, cette même association c'est faite ensuite avec les aiguilles. Et ensuite avec plein d'autres choses.

  Non spécificité

Je leur dis aussi parfois que ce qui leur arrive n'est pas spécifique aux phobies ou aux obsessions. Dans le cadre de la douleur, existe ce qu'on appelle des douleur-mémoires.

Et je leur donne l'exemple fictif mais sans doute réel suivant.

Une maman accouche à l'hôpital, et présente un épisode fébrile de même que le nouveau-né. Dans le bilan de ce dernier va être fait une ponction lombaire, et jusqu'à ces derniers temps, on considérait que le système nerveux d'un nouveau-né n'étant pas mature, il ne souffrait pas, malgré les pleurs. On sait maintenant que cela est faux est que c'est le contraire, il souffre beaucoup plus. Le bébé va donc enregistrer dans son cerveau un "disque" associant "douleur intense" et "région lombaire". Mais comme il n'a pas de langage (celui du cerveau gauche qui sait parler), il ne saura jamais l'exprimer.

Longtemps après, l'enfant devenu adulte trouve du travail, mais il existe un conflit relationnel avec les supérieurs hiérarchiques. État dépressif larvé. Un jour, en se baissant pour ramasser un papier tombé par terre, c'est le blocage par lumbago. Les douleurs sont intenses, sans rapport réel avec l'examen clinique presque normal; le médecin a l'impression d'avoir affaire à une hystérique. Seulement voilà, la douleur est bien réelle, il s'agit d'une douleur-mémoire, dont le disque a été "réécouté" par erreur, en rapport avec le conflit professionnel. Chacun sait qu'en cas de fatigue, de dépression, de précipitation, on fait beaucoup plus d'erreurs; on peut se tromper de disque...

On peut considérer la mémoire comme une collection de disques, que l'on peut écouter ou ne pas écouter. Dans le cadres des phobies, des obsessions, le but de la rééducation est de créer de nouveaux disques comportementaux adéquat que le patient va apprendre à utiliser à la place de ceux qu'il utilise habituellement pour son plus grand malheur.

  Mécanisme

Je ne crois pas que l'on connaisse actuellement le mécanisme de l'apparition des phobies ou obsessions. Je crois par contre que cela doit ressembler un peu à ce qui se passe lorsque l'on fait quelques tests amusants et déroutants.

On demande à quelqu'un de fixer son attention sur une feuille de papier blanc, et de répondre très rapidement :

- de quelle couleur est cette feuille de papier?
- de quelle couleur est cette feuille de papier?
- de quelle couleur est cette feuille de papier?
- que boivent les vaches?

- réponse : du lait.

En fait, sans s'en rendre compte, on pose deux questions :

une au cerveau droit : continuer la suite logique (en sous-entendu) : vache - boisson - blanc => réponse : lait.
une au cerveau gauche : que boivent les vaches (question directe) : réponse : de l'eau.

Le cerveau le plus rapide pense : lait, et du fait de la rapidité, l'interpréteur du cerveau gauche n'attend pas la deuxième réponse pour vérifier la cohérence, et répond : du lait. Si on insiste, la personne qui s'est trompée réitère en disant bien sûr, du lait. Elle se sent perturbée quand on lui explique que c'est de l'eau et non du lait.

(pour les gens qui ont déjà vécu à la campagne, et qui rajoutent dans la liste analogique une vision d'une vache qui boit dans un abreuvoir, le test ne marche pas. A ce moment il suffit de leur montrer les deux mains, de demander combien il y a de doigts (10), puis combien il y en a dans 10 mains : réponse assurée pour tous : 100 [10x10] au lieu de 50)

En cas de précipitation, de fatigue, de dépression, la réponse analogique fournie trop rapidement est seule prise en compte, et un apprentissage pathologique est acquis.

  Est-ce que cela se traite?

Il s'agit d'une question fréquemment posée. Bien sûr que cela se traite, et bien, dans la majorité des cas!

On peut traiter cela par chimiothérapie anxiolytique et antidépressive selon les cas. Principalement pour les TOC pour lesquelles existe une AMM.

Cela se traite aussi par une rééducation comportementale. Pour comprendre, il suffit de comparer une phobie avec une allergie. On peut considérer les phobies comme une "allergie" de type psychologique, le traitement en est le même.

Un phobique présente une réaction de panique, de fuite en rapport avec la présence de l'élément phobogène; un allergique présente une réaction de nature allergique en présence de l'élément allergisant. L'allergie apparaît sur un terrain prédisposé, avec mise en contact "par hasard" avec un élément allergisant; la phobie aussi.

Une allergie se traite par désensibilisation, une phobie aussi. Dans ce cadre, on appelle cela une désensibilisation systématique.

Un allergologue prévient une réaction en donnant un anti-allergique avant mise en contact ou injection d'une dose d'allergène.

Un comportementaliste fait de même en mettant le phobique en état de relaxation; la différence est que le patient doit apprendre à se relaxer, par exemple avec la méthode de Schultz. (ce qui est à la portée de tout le monde)

Un allergologue commence par injecter des petites doses de produit allergisant et augmente les doses d'une semaine à l'autre, revient à des doses inférieures si une réaction trop importante survient.

Le comportementaliste fait la même chose, mais sur le plan "psychologique". Par exemple, à une personne qui est claustrophobe, on lui demandera - en état de relaxation - d'imaginer qu'il se trouve dans un espace clos de 10 Km², puis de 5 Km², puis de 1 Km², etc....puis de 1 m². Cela demande un certain temps (mais cela est tout relatif) mais terriblement efficace. Cela n'a pas besoin d'être fait obligatoirement en "réalité", mais seulement en "imaginaire", car il s'agit d'une maladie de l'imaginaire.

 Et la psychanalyse?

Il s'agit d'une autre question fréquemment posée. Alors je réponds comme ceci :

En tant que médecin, je m'intéresse au comment des choses, et j'essaie d'y répondre; un psychanalyste s'intéresse au pourquoi des choses, et essaie d'y répondre. Sauf confusion des genres, il ne s'agit pas de la même question. Et je donne un exemple.

Pour son anniversaire, un voisin offre à un jeune garçon son premier ballon de football; le garçon va jouer au foot tout l'après-midi, et le ballon va terminer son chemin sur une vitre chez le voisin. Attirée par le bruit, la maman va constater les dégâts, va confisquer le ballon, et va demander à son fils : "le voisin a été gentil avec toi en t'offrant ce ballon, et voilà comment tu le remercie! pourquoi tu as été méchant avec lui, pourquoi tu as cassé sa vitre?"

Le garçon ne pourra jamais répondre à une telle question. Par contre, si la maman avait demandé à son fils : "comment tu t'y es pris pour cassé la vitre?" le garçon aurait pu répondre : "et bien, je ne sais pas trop jouer au ballon, j'ai visé là-bas, et le ballon est parti dans une autre direction; je ne l'ai pas fait exprès".


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Dernière mise à jour le 11/05/99