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PHOBIES ET OBSESSIONS EN MEDECINE GENERALE

Dr Yves Adenis-Lamarre - médecin généraliste - Angoulême


CA COMMENCE COMMENT? 
- Jeu d'enfants 
- Dans le jardin 
- Chez le disquaire 
- histoire de chien 

Jeu d'enfants

Ca a commencé trois ans auparavant; un soir, après avoir regardé un film à la télé, il s'est senti angoissé, avec les bras bloqués. L'aggravation a été progressive, et malgré la prise de TEMESTA, quelque temps plus tard, il s'est senti paniqué, avec une gêne respiratoire et des contractures musculaires; il a été "amélioré" par du magnésium, mais les crises devenaient de plus en plus fréquentes. En voiture, l'appréhension était telle qu'il était obligé d'avoir sa bouteille d'eau avec lui, car il avait soif, et il avait besoin d'un mouchoir humide pour se passer sur le front; quand la voiture était à l'arrêt à un feu rouge, il était obligé de sortir de la voiture, et il ne remontait que lorsque le feu était vert. Arrivé sur son lieu de travail, il devait prendre l'escalier car il ne pouvait monter dans l'ascenseur. Par contraste, chez lui, il était très bien.

Il a toujours eu peur de rester bloqué, attaché, de rester prisonnier. En fait, ça a commencé vers l'âge de 12 ans, alors qu'il jouait aux gendarmes et aux voleurs; il faisait partie des voleurs, s'est retrouvé prisonnier, et ses camarades de jeu l'ont enfermé et attaché dans un placard sous un escalier. Il fut paniqué. Par la suite, comme certains copains le savaient, ils s'amusaient à lui bloquer les bras, lorsqu'ils jouaient. A l'âge de 14 ans il s'est retrouvé en pensionnat; et comme tous les pensionnaires, le soir venu, ils s'amusaient à sauter sur les lits, et comme il n'aimait pas ça, il se retrouvait plaqué sur un lit. Depuis, il avait peur d'être pris dans une action, comme dans un film. Ce qui explique sans doute la réactivation après avoir vu un certain film.

Dans le jardin

1977. Je suis installé depuis peu. Mme J., la trentaine m'est adressée par une patiente tireuse de cartes : son psychiatre veut la faire hospitaliser, et elle refuse; elle est prête à tout pour ne pas y aller.

Mme J. ne peut plus toucher un couteau, c'est trop dangereux, ni une aiguille; ni mettre une prise de courant; ni ouvrir une boite aux lettres : "si mon fils était là, est-ce que je pourrais le coincer dedans?" Pour rentrer chez elle, il lui faut passer devant un puits; c'est trop dangereux, bien qu'il soit recouvert d'une grille et cadenassé, elle reste une heure devant en se demandant : " s'il était ouvert, est-ce que je me jetterais dedans?". Alors elle fait un détour, mais il faut passer devant une maison en construction, et il manque les deux marches devant la porte d'entrée : "et si mon fils était là, est-ce que je pourrais le pousser dans l'escalier?" trop dangereux, alors nouveau détour, mais il faut passer pas loin du voisin qui est dans sa vigne. "Va t'il remarquer le manège?" Alors elle ramasse un bout de bois et s'en sert comme d'un fusil en direction de son mari, fait trois pas en avant, trois pas en arrière, en regardant le voisin pour voir si le voisin se rend compte de quelque chose; et encore plein de comportements de la sorte.

- "J'ai lu un article sur les thérapies comportementales, je crois qu'il faut vous traiter de cette manière; seulement voilà, je n'y connais rien, je vais essayer de vous trouver un psychiatre qui la pratique."

- "Non, docteur, je veux que ce soit vous."

Je n'ai pu refuser; j'ai acheté le livre de thérapie comportementale de Wolpe; j'ai appliqué à la lettre la technique, comme pour une recette de cuisine.

Tout avait commencé plusieurs années avant; Mme J. était dans un état dépressif depuis que son ami était parti travailler loin de chez elle; elle ne l'a jamais revu. Un jour, alors qu'elle coupait des fleurs dans son jardin, avec une petite nièce à ses côtés, elle vit sa mère égorger un lapin avec un couteau; à ce moment, elle eut cette pensée : "et si j'avais eu un couteau, est-ce que j'aurais pu faire ça à ma petite nièce?"

Quelques années plus tard, elle se maria; eut un garçon. Un jour qu'il criait plus fort qu'à l'accoutumée, alors qu'elle épluchait des légumes avec un couteau, cette même idée lui revint, et tout bascula. Quatre années de suivi psychiatrique où tout s'aggrava malgré la liste de tranquillisants et d'antidépresseurs qu'elle prenait. C'est à ce moment que je la vis pour la première fois, et un an après, grâce à Wolpe, elle ne prenait plus de médicaments, elle ne se plaignait plus de rien.

Chez le disquaire

Il a 18 ans. Il vient me voir, car il présente un drôle de symptôme, il ne peut plus aller chez son disquaire préféré. Un jour, alors qu'il recherchait un disque, il fut pris de tremblements, de sueurs, de palpitations et fut obligé de sortir pour ne pas se trouver mal. Pourtant, il ne manquait pas de volonté, il s'obligeait à aller chez ce disquaire, mais à chaque fois, c'était la même chose, il était obligé de partir sans rien acheter. Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Ca n'arrivait que dans ce magasin! Oh! il avait trouvé une partie du traitement, une partie seulement, ce qui faisait que cela était inefficace. Mais le sort en a voulu autrement, le disquaire a fermé, et son problème a été résolu malgré lui grâce au hasard.

Histoire de chien

Elle a 25 ans; elle ne peut sortir seule de chez elle; habitant en HLM au 4 ème étage, elle ne peut descendre chercher son courrier dans la boite aux lettres : elle a toujours eu peur des chiens; les gros, les petits, ceux tenus en laisse, ceux qui sont enfermés. Quand elle est dans la rue, avec son mari, s'il y a un chien errant, elle est sûre qu'il va venir vers elle, comme s'il sentait sa peur. Dans la rue aussi, elle a peur d'être suivie, alors elle regarde constamment en arrière.

Comment ça a commencé? quand ça a commencé? au bout de 15 ans, je ne sais toujours pas, elle ne se souvient de rien quand elle était petite.

Renouvellement d'ordonnance

Ca commence comment?

Elle a 25 ans et vient me voir pour la première fois pour renouveler son LEXOMIL car elle vient de changer de région. Oh, elle n'en prend plus beaucoup, un demi-comprimé par jour, car elle ne veut plus en prendre, ça ne sert à rien, elle est toujours pareil depuis 2,5ans; elle possède d'ailleurs une allocation adulte handicapée pour son anxiété, mais je ne l'apprendrai qu'en fin de consultation.

Ca commence comme ça :

- Pourquoi prenez-vous du LEXOMIL ?
- Pour des anxiétés.
- Quel genre d'anxiété?
- Oh, des idées....
- Des idées, quel genre d'idées?
- Pour des idées ridicules.
- Vous pouvez préciser?
- C'est pas toujours les mêmes...
- Vous avez des idées ridicules, mais elles ne sont pas risibles, et elles semblent vous gâcher la vie.
- J'ai l'impression de vivre dans un monde irréel, que les gens sont comme dans un rêve, alors je lutte toute la journée pour ne pas y penser.
- Vous avez d'autres pensées de ce genre?
- Pas en ce moment.
- Mais avant?
- J'avais peur des maladies, du SIDA, de l'hépatite C. Alors, je me faisais faire des tests toutes les semaines; et puis je me lavais les mains toute la journée, je portais des gants quand je sortais; je savais que c'était ridicule...
- Cette peur des maladies, c'est venu comment? je veux dire à un moment bien précis, suite à un événement?
- Oui, il y a deux ans et demi, j'ai eu un rapport non protégé avec un homme qui avait l'hépatite C; alors j'ai paniqué, j'ai brûlé tous mes vêtements, j'ai fait faire des prises de sang, je me suis lavé, j'ai mis des gants; en prenant le train, je voulais me jeter par la fenêtre, alors j'ai pris l'avion; dans la maison, je voulais passer par la fenêtre, alors on a déménagé.
- Et avant, vous aviez eu d'autre expérience de cette nature?
- Oui, plus jeune, je voulais faire comme les autres, pour les suivre, alors à 2 ou 3 reprises, j'ai pris de la cocaïne, de l'ectasy. C'est suite à une prise d'ectasy que j'ai fait une première crise de "spasmophilie"; depuis, je faisais des malaises à répétition. Je me demande d'ailleurs si cette prise d'ectasy n'a pas détruit une partie de mon cerveau.
- A part du LEXOMIL, vous n'avez jamais pris d'autres médicaments?
- Si du DEROXAT.
- Et à cette période, vous étiez comment?
- C'est vrai, ça, c'est parce que vous me le rappelez, j'en ai pris six mois, et j'étais très bien; je suis resté bien pendant 3 ans, et tout est reparti quand j'ai eu ce rapport non protégé avec cette personne qui avait l'hépatite C.
- Sur une échelle d'anxiété allant de 0 à 100, vous estimez être à combien?
- .....au moins 80...
- Et ces idées, elles occupent combien de temps dans la journée?
- Toute la journée....je ne peux rien faire si je ne m'oblige pas à ne pas y penser....

Ca commence comme ça.........

La plupart des gens, parce qu'on leur a dit, considère qu'un retour sur le passé, et sa compréhension permet une guérison; l'expérience semble prouver qu'il n'en est rien. La recherche d'un nouveau comportement dans le présent, pour l'utiliser dans le futur, semble plus efficace. C'est ce que font tous les jours les kinésithérapeutes, les orthoptistes, les orthophonistes. L'apprentissage de ce nouveau comportement peut être laissé au hasard, ce qui arrive quelquefois. Ce que l'on appelle l'art du médecin, c'est peut-être de provoquer ce "hasard", sans qu'il ne s'en rende forcément compte. On reproche à la thérapie comportementale de ne traiter que superficiellement; il faudrait pour décider, demander aux orthophonistes, par exemple dans les dyslexies, si ce qu'ils font leur semblent superficiel par rapport à une tentative de résolution du complexe d'Oedipe pour guérir une dyslexie.

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Dernière mise à jour le 11/05/99