Rechercher
Formation médicale continue
Profession
Divers
Rechercher


PHOBIES ET OBSESSIONS EN MEDECINE GENERALE

Dr Yves Adenis-Lamarre - médecin généraliste - Angoulême


1° PRESENTATION
- Phobies sociales
- Et TOC
2° CA COMMENCE COMMENT? 
- Jeu d'enfants 
- Dans le jardin 
- Chez le disquaire 
- histoire de chien 
3° CE QUE JE LEUR DIS 
4° EXEMPLES
- L'institutrice 
- Histoire d'eau 
- A la gare 
- Comment aller au travail 
- Tache d'huile 
COMBIEN CA COÛTE?
- la valse des spécialistes 
- Sueurs froides 
6° L'AVENIR 
- Six ans déjà ! 
- Mal de gorge. 
7° DSM IV, CONCLUSION, et BIBLIOGRAPHIE

PRESENTATION

Phobie sociale

Elle a eu une enfance difficile, et a donc été anxieuse toute sa vie. Elle a 53 ans. Elle a épousé en première noce un alcoolique, et à chaque fois, elle avait l'impression de se faire violer. Au moment de son divorce, elle a fait une première dépression, qui a récidivé au moment du décès de son frère. Depuis, elle a connu d'autres hommes, mais toujours avec cette impression de viol, et toujours des alcooliques. Il y a quatre ans, suite à une hospitalisation pour "infection virale" elle a débuté une phobie sociale; elle s'est retrouvée au chômage, elle suit une psychothérapie et depuis un an touche une allocation adulte handicapée pour troubles phobiques.

Cela fait cinq mois que je la connais; la première fois, elle était hyperanxieuse, avec une anxiété coté à 100/100, ayant du mal à s'exprimer, se promenant avec sa bouteille d'eau en permanence; "la vie est un enfer, ça ne peut plus durer; quand je vais dans les magasins, à la caisse je demande à passer devant tout le monde, certains me voient et sont compréhensifs, mais d'autres, non. Dans les bus, c'est épouvantable, je ne peux les prendre que s'il n'y a pas grand monde."

Il y a deux mois, son anxiété était tombée à 50/100 et dans les magasins, cela se passait mieux. Elle m'a dit qu'elle ne savait pas comment c'était faire l'amour de façon normale; personne ne lui a rien appris sur ce sujet, et la seule chose qu'elle sait, c'est son expérience avec des alcooliques; elle en a parlé avec des amies, mais elle n'en sait pas plus.

Je l'ai revue cette semaine, chez elle; en ouvrant la porte, j'ai eu affaire à une dame accueillante, souriante, décontractée, elle était bien peignée, sortant sans doute de chez le coiffeur.

- "Depuis que je prends vos comprimés,  je suis bien; aujourd'hui,  j'étais contente,   je suis allée à la CAF, et je ne me suis pas reconnue,  j'ai attendu mon tour comme tout le monde, et il ne s'est rien passé contrairement à l'habitude où je suis obligée de sortir ou de demander à passer devant tout le monde. Et puis il faut que je vous dise, depuis trois mois je ne vois plus le psychiatre, à chaque fois que je sortais de chez lui, c'était le calvaire, je pleurais, j'étais obligée de me tenir aux murs; une fois, je ne pouvais sortir ma voiture, je ne pouvais sortir d'un créneau tellement j'étais mal. J'ai demandé à un passant de me la mettre sur la route pour que je puisse partir; il me disait que ce n'était pas possible que je conduise dans cet état, mais moi je lui ai répondu, que au volant de ma voiture, quand elle avançait, j'étais calme; alors il me l'a sortie. Le psychiatre me disait que tout ça, c'était pour mon bien, qu'il fallait parler du passé pour que ça sorte, mais moi, ça me faisait beaucoup de mal. Depuis trois mois que je ne le vois plus, ça va beaucoup mieux. Et puis je suis contente, car je viens de retrouver du travail à mi-temps; j'ai fait les petites annonces, il y en avait une qui me plaisait, c'était pour garder une personne âgée, c'est mon métier; je commence la semaine prochaine. Il faut que je vous dise aussi; il y a un mois, j'ai rencontré un homme, il est doux, c'est tout le contraire des autres. Avec lui, j'ai découvert ce que c'est que l'amour, et je n'ai plus l'impression d'être violée."

- " Et le psychiatre, qu'est-ce qui vous a poussé à ne plus le voir?"

- " La dernière fois que je l'ai vu, il m'avait oublié; il croyait que je m'étais trompé de jour, en fait, c'était lui, j'avais le carton de rendez-vous qu'il m'avait donné. Il avait un autre rendez-vous en même temps, il m'a pris la première, mais d'habitude il me garde une demi-heure, mais cette fois-ci il ne m'a gardé qu'un quart d'heure, pour le même prix. Alors je ne suis plus retourné le voir."

Elle m'a fait venir, pour remplir les papiers pour la COTOREP. Pour renouveler la demande d'allocation pour adulte handicapé! Je me demandais s'il fallait lui remplir.

- "Et si vous trouviez un emploi à temps plein, ce serait bien? vous n'auriez plus besoin de votre allocation?"

- "Vous savez, en ce moment je sais ce que je veux, et j'ai la volonté de ce que je veux; si j'ai un emploi à temps plein, ce sera parfait".

J'ai rempli son papier sans rien lui dire; en mettant le diagnostic, la durée de sa maladie, son traitement actuel, un comprimé le matin; j'ai répondu aux questions posées par le papier; je ne suis ni psychiatre, ni expert.

ET TOC.

Elle a la quarantaine; elle a fait sa première "dépression"à l'âge de 17 ans. Actuellement, elle est suivi pour HTA, vertiges, anxiété, "dépression"; sans grand résultat. Les anti-hypertenseurs sont inefficaces, elle a vu l'ORL qui a fait des explorations fonctionnelles, un scanner qui n'a rien retrouvé. Les anti-dépresseurs, les benzodiazépines sont sans grand effet.

Quand je la vois pour la première fois, j'ai une sensation curieuse, elle ne semble pas stable sur le plan nerveux, elle se dit anxieuse sans plus, dit avoir des problèmes relationnels à l'école pour son fils, dit ne pas avoir de problèmes au travail, elle s'entend bien avec son mari. Elle est très souriante, rigole facilement, ce qui parait curieux pour une dépressive.

Elle n'a pas de problème au travail? au contraire, c'est une des meilleures ouvrières, le chef l'a proposée pour la médaille du travail, qu'elle a obtenue, mais elle ne veut pas aller la chercher; elle est inquiète pour les conséquences que cela pourrait avoir sur son avenir professionnel, et sur ce qu'on pourrait dire sur elle.

Elle n'a pas de problème, mais son chef lui a dit de s'arrêter pour se reposer, car il l'a trouve fatiguée. Elle avoue quand même qu'il y a un problème avec les autres ouvrières, car elle est trop bien vue par son chef qui la protége. Un jour, il lui avait proposé un autre poste moins fatiguant, mais les autres ouvrières n'en avaient pas voulu, car elles avaient peur de ne plus avoir de travail; alors, elle est retournée à son ancien poste.

- "elles sont jalouses de vous?"
- "oh oui! parce que le chef me montre en exemple, je ne fais jamais d'erreur dans mon travail".
- "Vous vérifiez- tout ce que vous faites?"
- "Tout."
- "tiens tiens.....et à la maison, vous vérifiez aussi? par exemple le gaz?"
- "oh! taisez-vous docteur, mon mari est là, parlez pas si fort."
- "ah! comme ça vous vérifiez souvent le gaz?"
- "ne dites surtout pas à mon mari que je vous en ai parlé, il me prendrait pour une folle!"
- "Et vous vérifiez aussi autre chose?"
- "mmmeuhh.."
- "je vois, les portes, les fenêtres?"
- pas si fort, docteur, mon mari est dans la pièce à coté." 

Je la revois donc un peu plus tard alors que le mari n'était pas dans la maison.

- "Alors, ça se passe comment le soir?"
- "Je ferme toutes les portes, les fenêtres, et après, il faut que je vérifie au moins trois fois; et puis après, je demande à mon mari d'aller vérifier.Dans la journée, quand il n'est pas là je le fais aussi souvent."
- "et vous faites ça depuis longtemps?"
- "depuis au moins cinq ans".

 Quelques temps plus tard, elle me demande si c'est héréditaire.

- "pourquoi me demandez-vous cela?"
- "parce que je crois que mon frère est pareil."
- "Il est comme vous, ou vous croyez qu'il est pareil?"
- "il est comme moi, quand on est chez mes parents, je le vois faire."

 Quand je suis allé chez elle la fois dernière, je lui ai demandé de me montrer ce qu'elle faisait; tous les caches métalliques des portes-fenêtres étaient cassés par le milieu, à force de tirer 3 fois de toutes ses forces sur la poignée pour vérifier; l'une d'entre-elles était pratiquement inutilisable. Son mari les a déjà changées plusieurs fois. Quand au gaz, je lui ai demandé d'ouvrir la bouteille; elle n'a pas réussi; moi non plus.

- "dans ces cas là, vous faites comment pour l'ouvrir?"
- "il me faut une pince multiprises".

  

Les TOC sont des pathologies fréquentes; 2.5% de la population; chaque médecin généraliste devrait en voir environ 25 cas différents. Dans le dictionnaire des résultats de consultation en médecine générale de décembre 1996, cette pathologie n'est même pas évoquée! ni le terme d'obsession! et pourtant la fréquence de consultation pour cette pathologie est énorme car à répétition!

Je viens d'en découvrir une autre aujourd'hui! les benzodiazépines étaient inefficaces sur son anxiété, signe caractéristique; la consultation a quand même duré environ une heure pour lui faire dire. C'est sûr, c'est pas cher de l'heure, alors c'est plus facile de parler de nervosisme, d'hystérie ou de dépression résistante. La recherche systématique de cette pathologie permettrait de comprendre beaucoup de chose.

haut.gif (746 octets)

suite.gif (327 octets)


SOMMAIRE VECUS

ACCUEIL DU SITE

Dernière mise à jour le 11/05/99