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N° 770 - le 07/09/11 : Le pull over rouge

La mort est une considération secondaire. Lorsqu’un soldat de plus meurt en Afghanistan, la télévision nous montre un joli colonel , qui siège à Paris devant un parc public. Il a les bras croisés. Nous dit que le soldat « untel » a été mortellement blessé.
Les morts sont mortellement blessés. Ils semblent ainsi plus légers à nos inconsciences collectives.

Lucien, 87 ans, m’est adressé ce matin de son ehpad. Il a quatre vingt sept ans. Il m’est confié pour «fin de vie » . Dans son dossier, une attestation de fin de vie prochaine datée de un an et demi. Plusieurs médecins, dont un neurologue, ont spécifié et attesté d’une évolution péjorative à très court terme.

Cette fois ci, l’équipe de l’ehpad a vraiment l’impression que Lucien n’en peut plus. La famille est prévenue que Lucien, qui ne parle plus depuis dix huit mois, va mourir d’une heredo -dégenerescence médullaire.

Or Lucien a le regard vif, il semble assister passivement au déshabillage accompli par les deux aides soignantes, qui parlent de leur week-end à venir au dessus de son corps dévêtu.

Lucien ne veut pas particulièrement mourir . Il voudrait probablement participer à la conversation des deux dames. Partir en week-end, pourquoi pas, ou qu’on lui raconte au moins.

Il y a des tas de blagues dans mon service, dans tous les services. Les rendez-vous de radiothérapie qui se trompent de jour, les bilans biologiques qui se retardent d’un jour.

Lucien, mon nouveau patient, est sur un drôle de planning. J’ai fichu une avoinée aux deux dames qui discutaient vacances au dessus de sa tête.

Ce soir elles sont venues lui demander s’il voulait un pull over rouge rouge pour demain matin. Jai trouvé ça plutôt mieux que, pour moi, d’aller voir la famille demain,ou dans deux jours, en leur disant, les bras croisés, « le soldat Lucien a été mortellement guéri ».

Un jour Badinter avait dit : «  s’il n’y avait qu’un mort de trop par erreur judiciaire, ça suffirait à abolir la peine de mort ».

Rien que pour Lucien, ne soyons pas pressés d’ euthanasier Leonetti.




Dr Bruno Lopez - Casteljaloux


N° 769 - le 26/08/11 : Des souris et des hommes, puis encore des souris ...

Le médiator n’est pas encore sorti des pharmacies qu’une nouvelle molécule, le topiramate , est détournée de sa visée première ( l’épilepsie , et accessoirement la migraine ). Les demandeurs d’amaigrissement n’ont plus de médiator, qu’à cela ne tienne, arrive l’epitomax.

Voici quelques années, aux USA, une campagne de « moralisation » de l’usage des benzodiazépines avait abouti à une hausse sans précédent de la consommation d’une autre molécule plus ou moins salubre, le méprobamate, pour « remplacer » les diazépines

Au début, était la molécule, « originale », ou pas . Puis arrive le chercheur. Il est généralement installé dans un paradis artificiel de la Syllicon valley. Allées fleuries, arrosage intégré des espaces verts, et clefs du labo pour un travail à la carte. Les enfants du chercheur, eux, ont droit à la piscine, et à l’école gratuite. En plus du blanchissage. Le chercheur vient quand il veut, le matin ou le soir.
On cherche un an, on trouve. Ce que l’on veut, pourvu que cela rapporte .

Une molécule, un chercheur. Des souris . On donne la molécule à la souris. Elle maigrit : on a inventé un anorexigène. Elle a du duvet sur le ventre : on a inventé un traitement de la calvitie. Elle a le train arrière qui rebondit : un nouveau traitement contre le vieillissement.
On espérait du 12% l’an sur un nouvel hypotenseur ? Cela fera du 20 pour un régulateur de l’appétit!
On croyait ferme aider le sort des parkinsoniens ? On va doubler les bénéfices en raidissant les impuissants . Ce que l’on trouve dépasse ce que l’on cherche .

Ensuite à nouveau des hommes. On a besoin de vérifier, qu’en maigrissant, les plaquettes ne chutent pas ( trop ) . On a besoin de vérifier que les chauves ne deviennent pas ( trop ) diabétiques en repeuplant leur crâne. On vérifie ( un peu ) que les vieux remusclés ne fassent pas ( trop) d’infarctus.
Et tout cela coûte cher. Pour payer les chercheurs, les allées fleuries , l’arrosage intégré, la blanchisseuse .

Et puis enfin l’être humain, revenu au rat. Le rat investisseur, qui veut du résultat . Puis le rat chauve, le rat vieilli, le rat bougri . Tout celui prêt à avaler n’importe quoi, parce que la vie est une cage, et que le parloir en est devenu la pharmacie .

Le capitalisme est l’avenir du genre humain. Pour prouver que « la souris qui chante », le « pas net des singes » ont remplacé la « vache qui rit », l’investisseur est prêt à tout synthétiser . La molécule, sa vie, son œuvre.
Le maquillage des effets secondaires est son dernier effort, le sacrifice commun.

Alors quelques souris improvisées, aidées par quelque prescripteur fou, en redemandent . L’effet secondaire redouté devient l’effet découvert recherché .

C’est l’histoire du médiator , puis désormais de l’epitomax. On peut mettre quelque laborantin dans une cage, on n’empêchera pas la multiplication des souricières.



Dr Bruno Lopez - Casteljaloux


N° 768 - le 15/08/11 : La déraison de Bayonne

A Bayonne fallait-il rappeler à notre confrère anesthésiste que la réflexion collégiale est le préliminaire obligatoire à toute décision d’abréger la souffrance ? Probablement oui.
Leonetti était -il un homme pondéré, le meilleur des politiques, à ramener ( frileusement ) le pouvoir du médecin à la nécessité de ne pas en abuser en colloque solitaire ? Oui aussi .
Patrice Peloux, en bon syndicaliste hospitalier, aura-t-il su résister à la tentation de défendre, au-delà de son confrère, une conception dans laquelle les privilèges de l’urgentiste devraient l’amener à faire abstraction de la fatigue, de l’usure, et de la mégalomanie épuisée qui peut en découler ? Non, déjà .
Les morts de Bayonne sont des morts de trop. Mais pas autant que la manière dont ils réduiront le débat à son coté « sensationnel » .
Notre accueil médical est désormais guidé par des dogmes ambitieux ( le bon accueil, la bonne prise en charge, la bonne mort en suivant ), et d’autre part par des budgets étriqués et des personnels mal éduqués.
Les candidats à la fin de vie abondent, les décisions éthiques programmées ne sont pas en reste, mais les médecins rendus nécessaires pour aborder correctement la situation manquent . Et les collaborateurs des médecins, nécessaires à appliquer les bons protocoles manquent aussi. La dépense hospitalière fait de l’humain en « fins devis » .
La compensation de recrutement des candidats autochtones, rendus encore plus frileux de par la jurisprudence , se fait au moyen de l’arrivée massive de confrères à diplômes étrangers, qui doivent assimiler notre « éthique » à la vitesse de l’apprentissage des mots courants de la langue médicale .
L’interimaire assure le passage de la vie à trépas. Devant la lourde hypocrisie qui prévaut à l’infaisabilité materielle des décisions collégiales, le compromis entre la décision délibérée de donner la mort, et l’aveuglement obstiné à délivrer à tous prix des soins, fait évidemment pencher la balance vers la seconde attitude. Programmer un scanner de la parotide ou une IRM de contrôle chez un cancéreux de 92 ans n’est l’affaire ( judiciaire ) de personne . Renvoyer dans sa maison non chauffée un vieillard qui a induit sept milles euros de frais hospitaliers en réanimation n’arriverait pas qu’à Bayonne .
Les familles, prêtes à bondir si leur parent meurt trop tôt, en sont à suivre aveuglement les décisions non collégiales prises par tant et tant de jusqu’auboutistes médecins qui , à grande allure, vont amener les moribonds de chimios lourdes en réanimations musclées.
La bavure médicale , la marge étroite entre faire « n’importe quoi », «  se battre avec dévouement », ou parachever en box d’urgence la mort lente des résidents gériatriques n’ont plus que l’épaisseur des tabloïds en mal de sensations.
L’acharnement thérapeutique aboli dans les termes, est devenue « obstination déraisonnable » . Cette dernière obstination n’est ramenée au jugement des hommes que par son caractère «raisonnable » , ou non. On voit bien là ce que monsieur Leonetti n‘a su prévoir.
Que la limite à donner à la raison en matière d’attitude thérapeutique est chose floue, discutable et aléatoire, bien plus difficile à menotter que la « déraison de Bayonne » .
Donner délibérément la mort est la chose la plus idiote du monde. Prétendre qu’adoucir la fin de vie est une bonne riposte aux pousseurs de curare est la chose la plus ambitieuse d’un monde autre. Un monde où la collégialité de la bientraitance aurait les moyens en hommes, en éthique, et en transparence , de ne prolonger que ce qu’il y a de bon à vivre. Des dernières minutes, des deniers mois, des dernières années.
A condition d’y pourvoir en conséquence . En faisant de notre monde un monde autre, préparateur digne de l’autre monde.




Dr Bruno Lopez - Casteljaloux


N° 767 - le 14/07/11 : What else, Christian ?

Ami, nos chemins ont divergé. Tu continues à croire défendre la médecine générale depuis l'intérieur du bastion, moi j'ai pris mes quartiers d'hiver dans un hopital de quatre sous, en plus payés à la fin du mois.J'ai deux ou trois choses à te dire. Tant pis si j'ose.

La première concerne ce qui relève de la stratégie des militantismes "ouvriers". Les syndicats de cheminots défendent la pénibilité de la tâche des conducteurs de trains ? Bientôt les trains n'auront plus de conducteurs. Les syndicats de caissieres défendent la cause ( et le dos ) des caissières syndiquées ? Bientôt il n' y aura plus de caissières.
C'est ainsi que les généralistes se sont défendus en 2002. En refusant les gardes, au nom de la pénibilité. C 'est bien, nous dormons la nuit. Et malgré ça, le métier n'entend toujours pas le réveil.
Nous avons eu ce premier allumage de retard, Christian ....Le monde moderne n'a pitié de personne. Il est un monde d' évolution ineluctable, pas de révolution de héros sur le retour. Le syndicalisme généraliste est aussi sot que le syndicalisme du rail, ou des superettes.

La deuxième concerne la "cause des médicaments". Ce n'est pas notre activisme qui a bousculé Big Pharma. Ce sont les valves de tous ceux qui ont bouffé du mediator, c'est la ténacité d'irène Frachon, et la voracité d'un vieil industriel. L'affaire mediator, personne ne l'a vu venir. Le big bang n'est pas venu du côté des matamors.
Ce monde de voracité se bouffera de lui-même. Laisse faire. Il atteindra son régime de croisière . Avec ses titanic, et ses goelettes. Tu feras pas vivre la recherche avec la subvention d'état. Il faudra toujours un peu de paillettes au cul des nouvelles molécules, et des professeurs un peu gras ( pas trop) bouffant à quelques rateliers , pour que nous puissions gaver nos patients de fausses esperances, dans ce monde qui n'en fournit plus de vraies.

La troisième concerne une bonne nouvelle. La "revue française de gériatrie" de juin 2011 écrit un superbe article sur "généralistes et Alzheimer". Si tu as l'occasion de la lire, tu y verras, page 389, ce qui est écrit. "Les thérapeutiques non médicamenteuses peuvent se présenter comme efficaces, et peut-être même plus que les traitements médicamenteux " . Même si l'ebixa garnit la quatrième de couverture...Ici aussi on a gagné. L'HAS va bientôt faire passer Prescrire pour la revue du Medec !

Pour moi la révolution généraliste aura à se délester du "tout médicament". Deuxième étape, la plus formidable. La mise en place de stratégies non médicamenteuses, l'élaboration de projets médico-sociaux, l'organisation des fins de vie à domicile, des besoins gériatriques grandissants d'un pays dont les vieux et les médecins vieillissent. "Nous" fonctionnons sur des révoltes d'opposition. L'exemple des anticholinesterasiques s'est AUSSI construit sur le fait que la primo prescription se faisait dans le dos des généralistes. Alors nous avons boudé ces molécules arythmogènes. Alors qu'a priori la prescription de neuroleptiques chez les vieux réveille moins de scandales dans la profession...
La vaccination contre la grippe A était interdite aux mg ? Alors nous avons boudé ce vaccin !
La "risquologie" gérée par les endocrinos, et les cardios ? Ne pas être seulement risquologues "mieux qu'eux". Mais réinscrire dans notre constitution de médecins que chaque patient n'est pas un "putain de risque" , mais UN patient.
Si nous continuions dans la contestation pure et crasse .....Quelle pourrait -être la jurisprudence des tutelles à ce genre d'attitude ? Nous permettre à nouveau de tout prescrire, et d'investir les vaccinodromes... Qu'y gagneront nos malades ?

La vraie fierté généraliste, c'est aussi bouder les chimiothérapies systématiques de la dépression, développer les thérapies comportementales, les séances de groupes, tenir ferme face aux chimiothérapies excessives de l'oncologie gaspilleuse, c'est exiger de participer aux réunions pluridisciplinaires qui hésitent entre radio et chimiothérapie. C'est s'investir dans des pools de compétence, avec des addictologues, des généralistes maniant le colposcope, un qui sache bien lire les ecg par quartier, et appelé par d'autres.
Ne sommes-nous pas les "médecins traitants"? C'est, par contre, pour dégager du temps,laisser les rhumes aux pharmaciens et aux mutuelles, "qui remboursent le doliprane sans ordonnance", pour se consacrer à tout ce dont nous avons été écartés. Le diagnostic, la surveillance, et la stricte économie de santé au service de patients -patients, et non de patients- payeurs .

Tout cela passera par un retrait définitif du paiement à l'acte. Tu le sais comme moi. Seulement, le "courage généraliste" , c'est souvent, c'est encore réclamer cette abolition "progressive" et ... un euro de plus tout de suite. L'euro pour la survie, l'euro pour l'agonie.

A un moment, tu ne peux plus faire ce grand écart, Christian, sauf à sacrifier notre idéal dans ce même grand écart, et notre logique de médecine solidaire dans la démagogie de la médecine dépensière. Salut. Ebixa, Exelon. Bientôt on fera un grand bûcher de tout ça.
Mais les généralistes s'occuperont -ils mieux de tous ces vieux, une fois la griserie passée ? ...

And what else ?




Dr Bruno Lopez - Casteljaloux


N° 766 - le 11/07/11 : Jeannette, 89 ans


Tanakan, ikaran 5, Stimol, Bryonia 5Ch,Lamaline, Profenid, omeprazole, ultralevure,doliprane mille, dafalgan 500, vastarel, mag 2, micardis 80, chondrosulf, piascledine, art 50, sel de potassium, harpagophytum, contramal 100, voltarene 50, inexium, tagamet, glucophage, lodales, cyclo-3, citrate de betaine ( grand modèle ), attacand 16, topalgic, procaine , voltarene ampoules,
lansoyl, hirucrème, voltarene gel, imodium, kaleorid, lamaline, di-antalvic,
imovane, solution schoum, toplexil, encore un peu d'ultralevure.
Et, sur la table du salon, une photo de la fète des grands-mères. Miracle de la vie.

Dr Bruno Lopez - Casteljaloux


N° 765 - le 26/06/11 : La cabane de madame Duparc


Une publication du "british medical journal", du 10 mai 2011, semble révolutionner la prise en charge de ce que l'on appelle la "bpco", ou "bronchopneumopathie chronique obstructive". C'est une affection liée, pour beaucoup, au tabagisme, et dont le traitement est, à ce jour, desesperement pauvre.


Des médecins britanniques sont allés fouiller dans une base de données, entre 2001 et 2010, concernant 5700 patients insuffisants respiratoires, et se sont aperçus que ceux qui se voyaient administrer des betabloquants mouraient moins que les autres ( 22% de moins au bout de cinq ans ). Leur thèse, révolutionnaire, revient à prétendre que cette sous- mortalité ne s'explique pas uniquement par le fait que beaucoup d'insuffisants respiratoires sont aussi des cardiaques, et que ... les betabloquants soignant les cardiaques, soignent évidemment les cardiaques insuffisants respiratoires !
Ils pensent donc sérieusement que tout insuffisant respiratoire, même non cardiaque, devrait se voir ajouter cet autre médicament à la longue liste de ceux qui lui sont proposés...L'ennuyeux est qu'ils recommandent, tout de même, pour rendre cette adjonction moins déletère, d'y ajouter aussi ce que l'on appelle un médicament muscarinique, soupçonné, dans une autre étude récente, de déclencher... des troubles cardiaques !

Prescrire rappelait, voici deux mois, l'anecdote suivante. Une pharmacienne, madame Duparc, doit acheter un abri de jardin. Le livreur lui propose un traitement "spécial" du bois, qui réduit de dix pour cent à cinq pour cent, donc de moitié, le risque de termites dans les deux ans. Les travaux scientifiques de l'artisan, fondés sur la méthode actuarielle de Kaplan-Meir sont inattaquables au plan méthodologique.
Madame Duparc, qui est une femme intelligente, refuse le traitement . Pourquoi ? Tout simplement parce que si le bois qui resiste deux fois plus aux termites la deuxième année pourrit au bout de cinq ans, et si la cabane ainsi protegée des termites vire au rouge au bout de trois ans... elle n'aura rien gagné.
La pratique médicale n'est pas l'art de la jardinerie. Cependant il est possible, voir probable que, si demain les millions de malades porteurs de bpco post tabagiques se voyaient adjoindre un médicament dit "indispensable" au vu de l'étude de nos confrères britanniques, nous verrions probablement fleurir les impuissances, les céphalées, les arrêts cardiaques et autres sous estimations de maladies coronaires ainsi "maquillées".
La vie n'est certes pas un long fleuve tranquille. Mais la santé n'est pas, non plus, un abri de jardin.Nous, médecins, refusons d'en être aussi les nains.





Dr Bruno Lopez - Casteljaloux


N° 764 - le 09/06/11 : Pilules du lent demain


Votre grand-mère a pris du Distilbène voici quarante ans, ne vous inquietez pas. La premiere héritiere de la troisième génération vient d'obtenir ce matin réparation. Aussi, si le mot "distilbène" évoque l'un de vos récits d'enfance, prenez rendez-vous chez votre médecin...

Vous faites partie des deux cent trente mille patients ayant gouté aux glitazones, ne vous inquietez pas . Votre risque de contracter un cancer de la vessie n'est augmenté que de vingt pour cent. Par contre, si vous le voulez bien, le professeur Rémi Novation vous recommande : "n'arrêtez surtout pas" . Mais prenez tout de même rendez-vous chez votre médecin.


Vous devenez tout jaune, vos urines ressemblent à une bière brunâtre, et votre cardiologue vous avait changé, le mois dernier, d'antiarythmique....
" n'arrêtez surtout pas", ou plutôt si, "arrêtez" . Et prenez vite rendez-vous chez votre médecin.


Vous êtes soldat "loyaliste" lybien, des containers entiers de Viagra tombent à vos pieds. Un même réflexe. Prenez vite rendez-vous chez le généraliste le plus proche...

Dr Bruno Lopez - Casteljaloux


N° 763 - le 13/02/11 : Qui sommes -nous à devenir ?

Leur toit leur est tombé sur la tête. Quand votre dernière demeure s’écroule, quand votre dernière halte est en réparation, l’ambulance vous reprend en cargaison, comme un dernier rappel d’un concert désarticulé. Ils sont arrivés en paquets de trois. On leur a trouvé les lits qui étaient réservés pour d’autres vieux du lendemain. Alors, ces vieux du lendemain ont été reportés, ou exfiltrés vers d’autres toits.

Les familles de ceux qui avaient l’habitude de les voir couchés nous ont demandé pourquoi nous avons tout tenté pour les lever. Les familles qui ne demandent plus rien de leurs vieux ne nous ont rien demandé. Nous nous sommes demandés duquel de ces deux groupes nous endurions le plus.
Chaque matin, après une arrivée difficile, ils se sont ré ouverts à la vie. Le personnel s’est rendu compte qu’ils ont grossi, et qu’ils ont ressenti que les rations étaient plus copieuses ici que… là-bas .

Un ou deux ont repris à marcher, et l’une a retrouvé l’esprit en oubliant ses médicaments. Demain nous allons les renvoyer. Lavés, pesés, ragaillardis.

Monsieur le président, vous avez cinquante six balais. Vous approchez maintenant délicatement de la maison de retraite. Vous le faites entouré de décideurs, de députés, de prestataires d’allocations dépendance et de chercheurs en molécules à haute valeur ajoutée. France 3 et la dépêche des Ardennes vous suivent à la trace.
Ce sera la seule fois, sur deux cent programmes ,que la télévision montrera nos vieux. Ensuite, les danseuses nues du karaoké et les tueurs en série reprendront la tutelle de l’écran.

Vous allez le faire deux ou trois fois d’ici les présidentielles. Et puis vous vous en irez.

Puis dans quinze ans, quand les affaires, qui agrippent chaque dossier présidentiel , vous agripperont, votre avocat, ou votre gériatre vous exempteront de tribunal, pour Alzheimer probablement.

Alors vous rejoindrez probablement une de ces maisons mal foutues où s’exilent vague sur vague les négligés de la nation. Que la votre soit agréable, que ses gériatres aient du personnel dévoué et des espaces de vie préservés des méandres de l’inhumanité.

Qui sommes -nous à devenir ? Quelle nouveau financement, extorqué aux moins vieux, les détournera-t-il davantage du spectacle de l’acceptation ?




Dr Bruno Lopez - TONNEINS


N° 762 - le 08/11/10 : Prie môme, non nocere



Les jours de grande dépression le médecin se demande , comme Voltaire, si le médecin n'est pas celui qui marque des drogues qu'il connaît peu à des êtres qu'il connaît moins.

Parfois il se rassure, en prenant pour postulat que, "si l'on arrive à soigner les femmes enceintes avec du simple paracétamol, il lui suffit alors de soigner tous ses patients comme s'ils étaient des femmes enceintes". Il ressort radieux de ce genre de consensus mou,molécule originale, qui plus est, économe des deniers de la nation.


Et le huit novembre 2010 il apprend, par un canal sérieux, que la prise de paracétamol pendant la grossesse induit d'aussi étranges bizarreries que des cryptorchidies chez le nouveau né.

Alors, en proie aux pires repentirs, il rejoint une honte imaginaire, contrefort de ses doutes les plus refoulés en criant : "revient Rika Zaraï" .
Aucun bidet n'a jamais tué personne ...






Dr LOPEZ . Tonneins


N° 761 - le 18/10/10 : La panne des sens

Notre pays va respirer d’une respiration paradoxale. Les dépôts de carburants sont fermés, et les derniers idiots qui ont pris d’assaut les pompes urbaines vont être, pour quelques jours, en défaut de polluer l‘hexagone.
Les lycéens bas ardent des cocktails Molotov sur les enfants des manifestants de 68, devenus CRS.

A « mai 68 ! » a succédé le « mes soixante ans ! » . Sous les pavés, plus de plage, des écrans plats ,
c’est tout . La peur de l’avenir, c’est pour la jeunesse la simple trouille de pas pouvoir payer ses abonnements. Au téléphone portable, aux clopes, et à Face Book.

Quand j’ai quitté le libéral, voici un an, je pensais trouver un havre de paix. Je crois que je n’ai pas fait le mauvais choix.

Mes amis du privé bataillaient dur à se coltiner tout le jour des dizaines de patients insupportables. L’humanité avait déserté mes plages de consultation, normal, à dix euros net la séance, je n’avais que le choix de pervertir mes actes.
Je suis devenu médecin du public . Et dans ce monde inquiet, je vois mes anciens amis, un peu jaloux, me traiter de « planqué », de « fonctionnaire » ( ah le vilain mot !) tout simplement parce que je travaille en équipe.
Et que je n’ai qu’un chèque par mois. J’ai, certes, plus d’heures de libres. Celles consacrées à la gestion de mon Urssaf, de mes cahiers de compte ont disparu . Je n’ai plus jamais aucune tentation financière. Par contre mon revenu amputé d’un tiers me laisse un peu de temps pour la frustration. Et… beaucoup pour les études, et la méditation.

Si ce soir je parle de panne des sens, dans un jeu de mot facilitateur, c’est parce que le sens du soin est totalement perverti dans ce pays.
« Gagner vite, pour gagner plus » . Qu’il était moche, mon combat libéral. « Gagner pareil pour en faire moins » , le doux refrain tentant de la fonction publique.

Le taux de pénétration des achats de prescription n’a jamais été aussi fort dans le secteur libéral.
Avant le dépeçage final de la bête « sécu », il semble que tous s’en donnent à cœur joie. Les cardiologues , les diabétologues, les oncologues n’en peuvent plus de nous rajouter des tas de molécules aussi « socio-toxiques » que néphrotoxiques.
La surenchère en molécules de moins en moins utiles, et de plus en plus risquées n’a jamais culminé à ce point.

A l’inverse, le service public, confronté à ses gabegies, et à ses mauvaises habitudes , n’a plus qu’une frénésie au compteur : appliquer les règles du management à ses serviteurs sans leur brandir d’autre aiguillon que « le chômage en cas d’insuccès ».

Notre système est en panne des sens parce que la voyoucratie de l’apparence rentable a saisi tous les acteurs de santé. Les libéraux se sentent bridés d’une irrépressible envie de se sortir de la crise «  par le haut » , comme leurs confrères banquiers. Les salariés de l’hôpital public se décomposent à se rendre bien compte que le paradis promis n’est plus qu’un maquis de HSPT, ARS et autres T2A.

C’est cette humanité -là qui disparaît. Le grand rêve d’un « système » de santé qui serait déjà un système, et non pas une vaste embrouille, miroir aux alouettes fait de déficits, de restructurations et de franchises pas franches. Mon grand rêve fout le camp.

Si demain les raffineurs des « think tanks » de la santé dégageaient les piquets de grève, si les petits pompistes que nous sommes devenus devaient cesser de délivrer à tous leurs patients cette liqueur saumâtre de la médecine uniformément déshumanisée, nous aurions tous appris de cette panne des sens Pour l’instant nous faisons tous la queue du rationnement étriqué .

Public, privé le combat n’est pas là. D’autres stations, d’autres services plutôt.








Dr Bruno Lopez - TONNEINS


N° 760 - le 26/09/10 : Peut -on encore in-twitter ?

Dans le web socio - sanitaire, le "scoring substance active" ne se conçoit qu’au nombre de tweets, ne s‘ entend qu’au nombre de followers, ne s’évalue qu’à coups de retweets, ceci bien entendu dans le cadre du référencement des listes thématiques.
Et le vendredi permettra de follow Frider autour des hashtags…
Ainsi naquit l’intelligence collective, sur le Golgotha de la health 2.0.

Madame Michu internaute depuis 2008, poly arthritique depuis 2009, s’est inscrite à patraque- like me.com. Son généraliste a fini de l’empoisonner l’année passée. Pas de successeur pour les docteurs 1.0

Elle retrouve sur la blogosphère soixante douze mille followers , qui de leurs doigts graciles émettent le doux son de la souffrance collective.

A Nashville, un concentrateur de retweets reconnecte madame Michu à la performance virtuelle du docteur Mac Dumonti , expert cybernautique de la spondylarthrite ankylosante.

Ce dernier a été classé « top-web-doctor of the year » , avec 127 000 connections en six mois.

La société Pharmadol, première exportatrice d’harpagophytum franchisé, est la nouvelle partenaire du docteur Mac Dumonti. Qui y voit une excellente alternative en cas de résistance au chlorydrate de pentafonium, commercialisé déjà depuis six mois dans cette pathologie par le laboratoire Zipfer .

Aussi , madame Michu, dans les seize secondes d’attente, a juste le temps de relever un bon d’achats de quinze dollars pour essayer la phytothérapie miracle, qui est d’ailleurs prise en charge par la mutuelle qui héberge le site du docteur cybernaute.

Madame Michu, comme « le groupe » , n’est plus victime, elle est actrice de sa maladie. Le contenu génère l’utilisateur, le groupe sait quel bon docteur va l’écouter. D’ailleurs le bon docteur sait écouter aussi. Il a réalisé un DVD de gymnastiques paradoxales combinant arts martiaux et oligocures.

A Chicago, la société « peak process and investment » contacte la présidente de patraque-like. me : « how many followers ce matin ? » .

En effet un nouveau test pronostic de la S.P.A, non reconnu par la F.D.A mais homologuée par la Rhumatomotion fédération of Iowa sera ce matin proposé sur la toile du bon docteur Mac Dumonti.


Une nouvelle actrice-consommatrice de santé est née . Munie du code 347807 , elle sera interconnectée au laboratoire Zipfer, et pourra , si elle perd ses cheveux, le signaler au labo qui , immédiatement en informera la pharmacovigilance.

Bienvenue dans la communauté , Madame Michu, dormez tranquille.

Plus de cotisations obligatoires à de bien dépensières assurances solidaires. La quête à la vie éternelle ne se projette plus que sur la base du volontariat.



PS : le nombre de visiteurs médicaux est passé de 23000 en 2007 à 19000 en 2009. En 2015 il sera probablement de 10000 .










Dr Bruno Lopez -Tonneins


N° 759 - le 14/02/10 : Une "à peu près" histoire

Cette histoire se situe dans la cave humide d’un musée des invraisemblables, d’un hangar aux tortures ancestrales, celles dont le génie échappe à la conscience. Elle implique un médecin sans jugement de valeur, un malade à mourir, et un médecin sans valeur de jugement. Elle est si réelle qu’elle ne saurait trouver de fondement dans quelque fait fortuit, ici ou là constaté.

Jean doit mourir bientôt d’un mal incurable. Vivant seul, il n’a plus comme seuls soutiens qu’un père et une mère octogénaires. Ces derniers traversent le jardin six à sept fois par nuit pour vérifier la constance de l’halètement de leur fils. Le service de soins palliatifs trouve Jean « pas assez moribond », le service de cancérologie trouve Jean « plutôt mort », alors Jean voit venir ses parents six à sept fois la nuit.

Le médecin de Jean a scanné tous les rapports de sortie de Jean, surveille son potassium, sa tolérance à la morphine, a répertorié pour la durée légale de trente ans toutes les métastases de « son » patient », et oublie régulièrement le côté social des exigences de Jean ( ou des parents de Jean, plutôt, car Jean ne demande plus rien à personne) . Il est en liaison, ce médecin, avec les oncologues de Jean, et les oncologues de Jean disent au médecin de Jean qu’il n’y a plus rien à faire.

Alors la mère de Jean appelle l’ancien médecin de Jean, vous savez, celui qui en avait assez de voir mourir certains de ses malades, et lui demande de passer en « ami », parce que cela « ferait tellement plaisir à Jean ».

Mais quand il arrive enfin, deux jours après ( le délai d’urgence pour l’amitié ), la mère de Jean lui dit que son fils est parti avec le samu. Parce que le nouveau médecin de Jean était occupé à son cabinet, et qu’il n’a pas pu se déplacer. Alors le monsieur du Samu, il a quand même dit à la mère de Jean : « votre docteur il aurait pu se déranger ».

Le père de Jean , lui, a le cœur qui s’emballe, à 86 ans, normal. Alors il a lui aussi appelé son médecin, qui « était pris par ses consultations », et n’a pas pu se déranger , non plus. On lui a dit de faire le 15.

Le 15, c’est la grosse boîte à outil qui répare à toute heure ce que les petites clefs à molette, embourbées dans leurs crasses d’exigences ne peuvent plus gérer.
Il existe probablement des milliers d’histoires belles qui réduisent à néant la valeur éducative du cas de Jean.

Il existe sûrement des consciences médicales qui s’extraient du fait que le « droit des clients » ramène à ce foutu bordel, qui ne mène plus chez vous que des professionnels de l’éphémère ayant pouvoir de passer, là où les dépositaires de la continuité se trouvent empêchés de revenir .


Dr Bruno Lopez - TOULOUSE


N° 758 - le 09/01/10 : Le pic de doute

Y aura t’il un deuxième pic, un troisième pic ? Qui a bien géré cette affaire ? Ne vaudrait-il pas mieux se demander si les défenseurs, et les détracteurs, de Roselyne Bachelot ne sont pas, au final, les « co-gérants » de ce qui devrait nous guider pour les autres « pics de doutes » .
Un « plus jamais ça », ou, tout du moins, un « plus jamais comme ça ». Travaillons –y dès aujourd’hui.
Très souvent, il nous est dit que le principe de précaution, appliqué à la question de la grippe A, a voulu s’inscrire en totale opposition vis à vis de la tristement fameuse affaire du « sang contaminé ». Mauvaise pioche.
Mon petit voisin de l’époque était adepte de l’escalade. L’hématologue du district encourageait fortement cet enfant à cette activité, quand bien même cet enfant fut hémophile.
Et au nom du principe de précaution, cet enfant recevait son lot de sang contaminé très régulièrement, pour aboutir à une séropositivité HIV.
D’autres enfants de ce pays sont morts aussi pour des extraits d’hypophyse revenus de Roumanie, ou d’ailleurs. La précaution étant, dans ce cas –là, de ne pas laisser au hasard le choix d’avoir un enfant plus petit que les autres.
Argent, doutes, pics, escalades, enfants pour double dose. Immixtion incontestable des intérêts spéculatifs sur les peurs, les menaces, et les contre-menaces.
Qu’est-ce qui, au final, sépare la gestion des lots vaccinaux de celle des poches contaminées et des hypophyses infectées ?
Ce vaccin-ci est- il coupable, est –il trop cher, aurait-on pu mieux utiliser l’argent public, et mieux se servir des médecins du terrain dès le début ?
« Responsable mais pas coupable » pour Georgina Dufoix. « Responsable mais pas capable » pour celle qui s’ingénie encore à nous parler d’autres pics.
Et nous, dans tout ça ?
S’en « servir » de ces milliers de généralistes, mais pour quoi ? Uniquement pour piquer ? Non, certainement pas. Uniquement pour associer l’expertise du terrain à l’expertise de la peur.
Pour cibler les indications, plutôt que d’aller maintenant faire la course aux « malades volontaires » après avoir fait celle aux « médecins volontaires ».
Les « pics de doute » vont désormais se réveiller souvent. Sur la meilleure stratégie pour éviter tel cancer, sur tel dépistage précoce aboutissant à l’ouverture systématique des parapluies administratifs, sur telle médication aussi chère que minutieusement concoctée pour faire mentir les experts, et ceux qui les écoutent.
Les peurs mondiales auront des corrupteurs-bienfaiteurs à l’échelle mondiale, et chaque levée de propagande engendrera sa contre vague de rumeurs. Régression du sens général, progression des « coups » médiatiques, et explosion des budgets sanitaires seront à la une quotidienne.
La profession médicale, qui se demande bien à quoi elle sert, n’a plus que deux choix possibles. Soit suivre ses intérêts corporatistes, et vouloir participer aux bénéfices engrangés de chaque salve promotionnelle.
Soit réagir, et supprimer le virement bancaire qu’ Hippocrate a concocté, de manière implicite , avec l’industrie du doute, des peurs et des gabegies.

Dr Bruno Lopez - Toulouse


N° 757 - le 05/01/10 : A un sait, dix qui cherchent

L’association des diabétologues américains ( l’ A.D.A. ) préconise désormais de dépister le diabète non point sur la base de la classique glycémie au bout du doigt, mais grâce à un savant dosage, l’hémoglobyne glyquée . Nom de code : « HbA1C ».
Les américains ont toujours aimé les noms de code…
Alors, faut-il en être, ou pas, de cette opération commando qui, grosso modo, consiste à ne plus fliquer les malades sur ce qu’ils ont dans leur « frigidaire de la journée », mais plutôt sur ce que l’on trouve dans leurs « poubelles des deux derniers mois » ?

Va t’on dire aux sceptiques : mais, alors, vous êtes "contre" le dépistage du diabète !

Version un : larmes – ADA . « L’association américaine des diabétologues proteste contre l’obscurantisme des réfractaires et souligne les profonds délais diagnostics qui amputeront la planète de milliers de jambes artéritiques ».
Version deux : l ‘ARM-ADA . « L’association américaine des diabétologues, avec le soutien des groupes pharmaceutiques X, Y et, W and X recommande désormais de mettre sous traitement tous les patients dont l’ HbA1C sera supérieure à 5% » .

Bien sûr que le débat ne se pose pas en terme d'utilité de tel ou tel dépistage, mais en terme de finalité des actes de prophylaxie que nous sommes amenés à soutenir.
D’autres, parmi nous, plus austères que l ‘ ADA, , pensent que toute personne qui ne bondit pas d'enthousiasme devant un gadget émanant d'une société en fort conflit d'intérêt est une personne qui voit le mal partout.
Empêcher les complications inhérentes au diabète est évidemment un objectif louable.
Peut-être a t’on seulement droit de réflexion sur le lien suspect entre ce dosage "fin" de l' HBA1C, et ses retombées pratiques sur les individus qui vont se voir ainsi dépistés. Le diabète, et son début, sont intimement liés à la génétique individuelle, dans sa composante pancréatique, et aussi psychique. Le diabète est aussi une maladie immunitaire, et une maladie croissante liée à la malnutrition, aux mauvaises habitudes de vie.
L'association des diabétologues américains va probablement traquer le sucre comme l'association des cardiologues avait traqué le cholestérol, et celle des rhumatos l'ostéoporose. Cela va générer d'énormes coûts de prescriptions médicamenteuses, en hypoglycémiants, sommes d'argents qui auraient pu servir à l'éducation au goût des populations à risque actuellement décimées par la pandémie de mal bouffe.

D'autre part, il est aussi licite de penser que la personnalité des hyperphages n'est pas toujours adéquate à la pensée des "réducteurs de risquologues".

Il n'est pas impossible que pas mal de sujets étiquetés "limite", au niveau de leur HBA1C, ne se retrouvent dans la même impasse sanitaire que les hommes de cinquante huit ans avec un PSA limite leur indiquant qu’ils sont « foutus, sauf si… » . Avec une charge anxieuse qu'ils résoudront dans une hyperphagie que les diabétologues matraqueront à coups de molécules.
En résumé, ne disons pas : "vivons heureux, vivons cachés, non dépistés " . Mais ne disons pas non plus "vivons heureux, vivons cachets car dépistés" .
Nous allons prescrire larga manu des HBA1C comme Roselyne Bachelot avait commandé des stocks de vaccins H1N1.

Cela va t'il améliorer le sort des infra ou des légers diabétiques ? C'est toujours pareil, d' Orlando ou de Miami nous arriveront les cartes postales de satisfecit de l'association des diabétologues américains. Version trois : l’ amb- ADA.


Peut -être même que pour cent de nos patients mis sous glitazones, ou sous Byetta, nous aurons une chute de la morbidité de zéro virgule cinq pour cent, pour preuve de notre dévouement.

Il y a un très beau film dans les salles , qui s'appelle "Le soliste" . Il décrit les conditions de vie du LAMP, le quartier pauvre de Los Angeles. Les obèses y sont filmés en gros plan. Je suis sûr que demain l'apport de l' HBA1C, telle une descente de la police, permettra de déverser sur eux les molécules du bonheur retrouvé.


Alors, pourquoi résister à la science ?




Dr Bruno Lopez - Toulouse


N° 756 - le 27/12/09 : Dans la surface de réparation

Il y a énormément d’argent en jeu. Enormément d’enjeux pour les organisateurs, le public, et le libre mouvement des personnes à l’entrée, puis à la sortie des stades. Il en va de la sécurité de tous, de milliers d’ emplois, du fabricant d’écharpes au cuisinier qui fait rôtir les saucisses chaudes à la buvette jouxtant la tribune B.
Il y a aussi des contrats mirifiques pouvant amener des ministres du podium au rebut, des enfants qui font la queue dans des gymnases improvisés, des parents qui se vaccinent pour protéger leurs enfants, des grands-parents qui le font parce que leur petit fils de six mois va passer Noël à la maison. Il y a des chefs de service qui le font pour l’exemple, des infirmiers qui le refusent par rancœur, des médecins qui disent qu’ils n’ont pas eu le temps de le faire, mais qui incitent leurs malades à le faire.
Il y a cette inadmissible faute de main, qui qualifie la France contre l’Irlande . Parce qu’on n’avoue pas qu’on a triché.
Il y a cette commande de quatre vingt quatorze millions de doses, autre inadmissible faute de main.
Ce deuxième « pic » que l’on présente, comme une deuxième chance, « pour se refaire », et écouler le reste, comme si un rappel de mensonge rendait les anti-corps de la réalité moins immuns.
Dans la surface de réparation il se passe de drôles de choses. Les fautes , filmées au ralenti, n’évitent aucune compromission. Parce que tout va très vite, et que la capacité de l’opportunisme à cautionner l’indéfendable abuse aussi de tous ses publics.
Dans la surface de vaccination, les entraîneurs ont eux aussi abusé du mensonge.


Dr Bruno Lopez - Toulouse




Dr Bruno Lopez - Fonsorbes


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