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Evidence-blues médecine

la ligature des tromp( é) s

Ce matin, je crois avoir compris qu'à coté de la forme "historique", du médecin content d'oeuvrer jour et nuit au service exclusif de ses "clients" au sein d' une société "qui doit toujours mieux prendre en charge et au comptant cet apostolat", se dessine désormais une interrogation unique, qui était hier résumée dans celle de Pierre Marie " qu'avons nous obtenu au cours de ces quinze années ?"

Nous avons peut-être le tort de penser que nous sommes "affligés" d'une pathologie nombriliste autonome. Un enquête "le travail en questions 2002" ( Le Monde 29 10 2002 ) sondait 6500 cadres du public comme du privé. Quelles étaient les conclusions :
" des carrières peu ou pas gerées, un travail toujours plus sous pression, une faible implication dans les choix stratégiques" .

Sur les trois dernières années , 44% des sondés déploraient dans l'ordre : le travail plus rapide dans des délais plus brefs, l'exigence croissante en "réactivité", les interruptions constantes durant le travail, l'augmentation de la charge proportionnelle à la pseudo réduction légale, et surtout la diminution du contact physique entre collègues du fait du travail en réseau, et élément aggravant, une charge mal répartie dans l'équipe.

Jusqu'aux espoirs déçus de l'actionnariat salarié , décrits dans l'article, qui semblait reprendre trait pour trait la problématique de l' option référent : les employés déplorant à la fois de ne pas participer aux décisions stratégiques et tout autant réticents à contracter une épargne, trop "visible" comme élément de soumission auprès de la direction.


Les généralistes français expriment à la virgule près la même frustration que celle des autres "cadres" de ce pays. Enfermés que nous sommes, à ne prendre le "pouls" de nos concitoyens que quinze minutes pour chacun, nous ignorons combien nos affects, nos détresses et nos aspirations ne s'éloignent, finalement pas tant que ça, de celles des populations "équivalentes".

L'obtention, dans la déroute jospinienne, des vingt euros arrachés aux forceps nous laisse un bébé moche, à la tronche de travers. Notre revalorisation dans la non- fonction est probablement le coup le plus bas qui nous soit arrivé. Plus bas que le deuxième choc de notre année 2001 : notre déprime à voir que les 35 heures s'éloignaient de nous et que l'on comptait même sur nos revenus pour mieux les financer....

Cinquante mille messages de forums, cinquante mille divagations d'esprits singulièrement individualistes ?....
En fait deux uniques questions pour cinquante mille "coups de gueule" :

Primo, dans la mesure où l'indéfectible attachement au paiement à l'acte est encore à l'ordre du jour, à quand la prochaine réestimation de nos "mérites" ? Tous les cinq ans, à chaque vent de législature ? Je verrais mal Jospin revenu aux affaires un lundi nous accorder vingt cinq le mardi .....

Secundo, croire que dans cette persévérance à la "non -fonction", nous faisons autre chose qu'à "beaucoup embrasser" et "mal étreindre". Non, l'urgentologie réelle n'est plus de notre fait, ni exclusif, ni monopolistique ni même spécifique. Oui, un para-médic entraîné et éveillé à poser des perf et à défibriller est meilleur que nous, épuisés, qui ne le faisons jamais. Ou alors nous persévérons à revendiquer la larbinologie de nuit bien répartie entre larbinologues reconduits dans leurs anciennes fonctions.....L'auto - nigaud -larbinologie ne doit plus être la revendication de spécialité d'une partie d'entre nous, même celle qui est prise en otage à la campagne. Les gendarmes des brigades de périphérie ne sont pas astreints à "plus d'heures" que celles des gros bourgs.

Pierre Marie disait fort lucidement que nous semblons n'être là que pour entériner les décisions des politiques, et les désirs de nos clients, et les "combinazione" des uns vis à vis des autres. Il a probablement raison.

Certains voient, dans l'éclatement de ce qu'il reste de la solidarité nationale ( si mal gérée, il faut le dire ), leur seule percée lumineuse, dans ce qui est devenu le tunnel de leur pratique. Finie la contrainte "tutellaire" , et vive le rêve "nutellaire" de tartines chocolatées et de bon beurre collectés sur le dos de l'humanité payante , ceci quel que soit le degré de sa souffrance.

Qu'ils lisent bien que la souffrance des cadres du privé est celle des cadres du privé, à peu de choses près. La ligature des tromp(é)s de la médecine à l'acte, de la médecine payée à l'assuré "comptant" qui n'en fait qu'à la tête de ses pulsions de soigné, est opération réversible, à condition de ne pas se croire uniquement victime d'un chirurgien indélicat et d'une indication malgré tout bien posée....
Et la "reperméabilisation" par le même biais du satané paiement à l'acte est technique tout aussi aliénante qu'aléatoire....
On peut changer de chirurgien , d' éthique - rin, on ne changera pas de ligature.......

Voilà, si cela peut soulager votre mémoire vive, cela a soulagé en tout cas ma conscience !


Dr Bruno Lopez - Fonsorbes


 

 

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Dernière mise à jour le 04/01/03