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La déraison de Bayonne

A Bayonne fallait-il rappeler à notre confrère anesthésiste que la réflexion collégiale est le préliminaire obligatoire à toute décision d’abréger la souffrance ? Probablement oui.
Leonetti était -il un homme pondéré, le meilleur des politiques, à ramener ( frileusement ) le pouvoir du médecin à la nécessité de ne pas en abuser en colloque solitaire ? Oui aussi .
Patrice Peloux, en bon syndicaliste hospitalier, aura-t-il su résister à la tentation de défendre, au-delà de son confrère, une conception dans laquelle les privilèges de l’urgentiste devraient l’amener à faire abstraction de la fatigue, de l’usure, et de la mégalomanie épuisée qui peut en découler ? Non, déjà .
Les morts de Bayonne sont des morts de trop. Mais pas autant que la manière dont ils réduiront le débat à son coté « sensationnel » .
Notre accueil médical est désormais guidé par des dogmes ambitieux ( le bon accueil, la bonne prise en charge, la bonne mort en suivant ), et d’autre part par des budgets étriqués et des personnels mal éduqués.
Les candidats à la fin de vie abondent, les décisions éthiques programmées ne sont pas en reste, mais les médecins rendus nécessaires pour aborder correctement la situation manquent . Et les collaborateurs des médecins, nécessaires à appliquer les bons protocoles manquent aussi. La dépense hospitalière fait de l’humain en « fins devis » .
La compensation de recrutement des candidats autochtones, rendus encore plus frileux de par la jurisprudence , se fait au moyen de l’arrivée massive de confrères à diplômes étrangers, qui doivent assimiler notre « éthique » à la vitesse de l’apprentissage des mots courants de la langue médicale .
L’interimaire assure le passage de la vie à trépas. Devant la lourde hypocrisie qui prévaut à l’infaisabilité materielle des décisions collégiales, le compromis entre la décision délibérée de donner la mort, et l’aveuglement obstiné à délivrer à tous prix des soins, fait évidemment pencher la balance vers la seconde attitude. Programmer un scanner de la parotide ou une IRM de contrôle chez un cancéreux de 92 ans n’est l’affaire ( judiciaire ) de personne . Renvoyer dans sa maison non chauffée un vieillard qui a induit sept milles euros de frais hospitaliers en réanimation n’arriverait pas qu’à Bayonne .
Les familles, prêtes à bondir si leur parent meurt trop tôt, en sont à suivre aveuglement les décisions non collégiales prises par tant et tant de jusqu’auboutistes médecins qui , à grande allure, vont amener les moribonds de chimios lourdes en réanimations musclées.
La bavure médicale , la marge étroite entre faire « n’importe quoi », «  se battre avec dévouement », ou parachever en box d’urgence la mort lente des résidents gériatriques n’ont plus que l’épaisseur des tabloïds en mal de sensations.
L’acharnement thérapeutique aboli dans les termes, est devenue « obstination déraisonnable » . Cette dernière obstination n’est ramenée au jugement des hommes que par son caractère «raisonnable » , ou non. On voit bien là ce que monsieur Leonetti n‘a su prévoir.
Que la limite à donner à la raison en matière d’attitude thérapeutique est chose floue, discutable et aléatoire, bien plus difficile à menotter que la « déraison de Bayonne » .
Donner délibérément la mort est la chose la plus idiote du monde. Prétendre qu’adoucir la fin de vie est une bonne riposte aux pousseurs de curare est la chose la plus ambitieuse d’un monde autre. Un monde où la collégialité de la bientraitance aurait les moyens en hommes, en éthique, et en transparence , de ne prolonger que ce qu’il y a de bon à vivre. Des dernières minutes, des deniers mois, des dernières années.
A condition d’y pourvoir en conséquence . En faisant de notre monde un monde autre, préparateur digne de l’autre monde.




Dr Bruno Lopez - Casteljaloux


 

 

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Dernière mise à jour le 15/08/11