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LES PATHOLOGIES DES VOLS AERIENS LONGS COURRIERS
A. BOURDE1, A. DE COURCY2, D. BLAISE3, G. HENRION1, Y. DJARDEM1,
Ph. GOMARD1, P. BIEDA1. B-A GAÜZERE4
1
SAMU 974, CHD, 97405 Saint-Denis Réunion
2 Europ Assistance, 1 Promenade de la Bonnette, 92633 Gennevilliers
3 Médecin généraliste.
4 Service de Réanimation CHD, 97405 Saint-Denis Réunion
PATHOGENIE DU TRANSPORT AERIEN
LES CONTRE-INDICATIONS AU VOYAGE AERIEN LONG COURRIER
RESUME : Lexplosion du trafic aérien au cours des dernières années a entraîné lapparition de pathologies fréquentes, liées aux conditions même de ces voyages. Parmi celles-ci, les originalités du milieu atmosphérique et de lenvironnement technologique de lavion sont les plus importantes et sont source de certaines pathologies que le médecin urgentiste se doit de connaître.
MOTS-CLES : long courrier, pathologie.
SUMMARY : The increase of long-distance flights as prompted the emergence of new pathologies related to the travel conditions. The plane atmosphere and technological surroundings are of utmost importance in the genesis of pathologies that every emergency practitioners must be acquainted with.
KEYWORDS : long distance flight, pathology.
Le trafic aérien mondial ne cesse de croître. Les compagnies aériennes transportaient 382 millions de passagers en 1970, 885 millions en 1988, et un milliard en 1996, toutes destinations confondues, après une légère diminution due à la guerre du Golf de 1991. Ce chiffre qui doublera au cours des 20 prochaines années illustre limportance et la fréquence des pathologies observées à bord des avions et dont certaines sont en rapport direct avec les vols, notamment longs courriers. En effet, se surajoutent à des pathologiques préexistantes, dautres pathologies créées de toute pièce et directement liées aux conditions atmosphériques et surtout à lenvironnement technologique du vol (1).
1) - Latmosphère : les vols longs courriers sont concernés par deux couches de latmosphère: la troposphère essentiellement et la stratosphère (2-3) :
- La troposphère est la couche la plus basse et la plus dense et sétend du niveau de la mer à une altitude de 17 000 mètres au dessus de lEquateur et de 7 000 mètres au dessus des pôles, du fait de la différence dactivité thermique entre ces deux régions. Elle se caractérise par des phénomènes météorologiques, la présence de vapeur deau et labaissement progressif de la température avec laltitude, selon un gradient de 0,6° C par cent mètres.
- La stratosphère sétend jusquà une altitude moyenne de 50 kilomètres et se caractérise par une raréfaction considérable de lair, labsence presque totale de vapeur deau ainsi que par un haut degré de rayonnement ultraviolet.
La composition chimique de lair reste constante jusquà des altitudes de 100 à 200 kilomètres, en raison du mouvement continuel des masses atmosphériques.
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GAZ EN QUANTITE FIXE |
|
| * Azote N2 | 78,084 + ou - 0,004 % du volume |
| * Oxygène 02 | 20,946 + ou - 0,002 % du volume |
| * Argon A | 0,934 + ou - 0,001 % du volume |
| * Néon Ne | 1,818 + ou - 0,004 % du volume |
| * Lhélium Hz | 5,24 + ou - 0,004 % du volume |
| * Krypton Kr | 1,14 + ou - 0,01 x 10-4 % du volume |
| * Hydrogène H2 | 5,0 x 10-5 % du volume |
| * Xénon Xe | 8,7 + ou - 0,1 x 10-6 % du volume |
| * Méthane CH4 | 1,5 x 10-4 % du volume |
| * Protoxyde dazote N20 | 5,0 x 10-5 % du volume |
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GAZ EN QUANTITE VARIABLE |
|
| * Vapeur deau H20 | 0,01 à 4 % du volume |
| * Ozone 03 | 1,0 x 10-6 à 1 x 10-5 % du volume |
| * Radon Rn | 6,0 x 10-18 % du volume |
| * Monoxyde de carbone CO | 6,0 x 10-6 % du volume |
| * Oxyde de souffre S02 | 1,0 x 10-4 % du volume |
| * Oxyde dazote NO | Traces |
| * Le dioxyde de carbone CO2 | 0,033 + ou - 0,001 % du volume |
Composition de lair
Lozone est formé dans la stratosphère par photodissociation de loxygène moléculaire sous leffet des rayons UV, dans les longueurs dondes voisines de 2 400 angströms. La concentration de lozone augmente avec laltitude pour atteindre un maximum vers 30 et 35 kilomètres. Lhomme peut tolérer des concentrations dozone dans lair égales à 10-4 mg/litre. Lozone présente la propriété dêtre rapidement dissocié en 02 sous leffet de la chaleur ; cest ce qui se passe dans les compresseurs de certains avions où est puisé lair nécessaire à la pressurisation (1,4).
La masse principale de la vapeur deau. Latmosphère contient en permanence près de 10 000 milliards de tonnes deau en circulation. La vapeur deau se concentre dans la troposphère et décroît avec laltitude. Elle nest plus que de moitié à 2 000 mètres et de 1/10 à 5 000 mètres. La densité de lair diminue aussi avec laltitude mais augmente proportionnellement à laccroissement de la pression et à labaissement de la température. Un modèle datmosphère dit atmosphère standard, a été élaboré à laide de données statistiques sur les conditions moyennes existant aux latitudes des zones tempérées,
|
Altitude mètres |
Pression hPa |
Température C° |
Densité g/l |
|
0 |
1 013,2 | 15 |
1,225 |
|
1 000 |
898,7 | 8,5 |
1,112 |
|
3 000 |
701 | - 4,5 |
0,909 |
|
5 000 |
540,1 | - 17,5 |
0,736 |
|
8 000 |
555,9 | -39,6 |
0,525 |
|
10 000 |
264,3 | - 58 |
0,412 |
|
13 000 |
161,5 | - 56,5 |
0,265 |
|
16 000 |
102,8 | -56,5 |
0,165 |
Atmosphère standard
Les avions longs courriers évoluent dans des tranches datmosphère à composition de lair constante. Laugmentation de laltitude et la baisse de la pression atmosphérique entraînent une diminution des pressions partielles des différents gaz constitutifs de lair dans les mêmes proportions. Il est donc nécessaire dobtenir à laltitude de croisières des vols longs courriers, une pressurisation de la cabine et un apport doxygène en cas de dépressurisation accidentelle,
2) - Les radiations solaires et les radiations cosmiques : Latmosphère joue un rôle fondamental de filtre des radiations, du fait de sa composition. Une partie du rayonnement visible du spectre solaire est absorbée par la vapeur deau des couches basses de latmosphère. Plus de 90 % du rayonnement peut traverser le filtre atmosphérique par temps clair, contre 20 % par temps couvert. Les particules solaires dénergie inférieure à 30 MeV sont arrêtées par les parois de lavion. Au dessous de 16 000 mètres daltitude, les doses diminuent au point de devenir insignifiantes. Le rayonnement cosmique galactique dépend fortement de la latitude géomagnétique. Il est plus élevé dans les régions polaires (1,4). Les doses mesurées à bord des avions entre 15 000 et 20 000 mètres daltitude sont de lordre de 0,5 mrem à 1 mrem/heure.
III - LENVIRONNEMENT TECHNOLOGIQUE
|
Altitude (m) |
Densité en g/l |
P.A. (bar) |
T° © |
| 0 | 1,225 | 1 | + 15 |
| 1 000 | 1,112 | 0,89 | + 8,5 |
| 2 000 | 1,06 | 0,79 | + 2 |
| 5 000 | 0,736 | 0,54 | - 17,5 |
| 10 000 | 0,412 | 0,26 | - 58 |
Pression atmosphérique en fonction de laltitude
|
Type davion |
Pression Différentielle |
Altitude de cabine en pieds |
|
(mmHg) |
(croisière à 35 000 pieds) |
|
|
B 747 |
462 |
4 700 |
|
B 767 |
445 |
5 400 |
|
DC 10 |
445 |
5 400 |
|
A 300 |
427 |
6 100 |
Ordre de grandeur des gradients de pression
Le choix de laltitude cabine est dicté par différents impératifs, dont la sensibilité à lhypoxie et les conséquences éventuelles dune décompression. Les modifications de laltitude cabine sont régulées par deux types de variations de la vitesse. Les variations lentes correspondent au phénomène de montée et de descente, au cours desquelles une vitesse de variation daltitude ne doit provoquer aucun inconfort. Les variations rapides et de courtes durées sont basées sur le seuil de perception de la différence de pression entre loreille moyenne et lair ambiant. Le pilote réalise une montée progressive de laltitude cabine depuis le décollage jusquà laltitude de croisière avec une vitesse de variation la plus faible possible. La consigne est de maintenir la vitesse de montée de laltitude cabine en dessous de 2,5 m/seconde (500 pieds/minute) et la vitesse de la descente de laltitude cabine en dessous de 1,5 m/seconde (300 pieds/minute).
2) - Latmosphère cabine : Le système de pressurisation est également conçu pour approvisionner la cabine en air, et évacuer les gaz respiratoires et les fumées (tabac). Les avions subsoniques sont des avions froids dont il faut réchauffer la circulation intérieure. Les températures cabine peuvent varier de 12° C à 32° C, fonction de la sensation de confort désiré, définie en général par un couple de valeurs température ambiante - degré dhygrométrie. En général, cette sensation de confort est obtenue pour une atmosphère usuelle à 20° C avec 70 % dhumidité. En cabine, la température est le plus souvent aux alentours de 18° C et lhygrométrie varie entre 10 et 20 %, bien en dessous du seuil de 40 %, en dessous duquel surviennent les premières sensations dinconfort (1,12). En ce qui concerne la qualité de lair, il existe plusieurs normes variables selon les organismes qui les ont élaborées (6). Si la séparation des fumeurs et des non fumeurs semble réduire significativement lexposition de ces derniers à la nicotine, elle névite pas la pollution des non fumeurs (7-9). Certains symptômes oculaires et O.R.L. peuvent être directement liés à lexposition nicotinique dans les avions (9). Cette symptomatologie irritative serait également en rapport avec la baisse de lhygrométrie, lhypoxie relative, la teneur en ozone et la présence de dioxyde dazote (10). Enfin, notons que certains avions actuels ont un système de recirculation dair dont lefficacité est moindre.
IV - PATHOGENIE DU TRANSPORT AERIEN
Lhypobarie de cabine précédemment décrite engendre essentiellement deux conséquences: le dysbarisme et lhypoxie.
1) - Dysbarisme (1,11-12) : daprès la loi de BOYLE-MARIOTTE, le volume dun gaz varie en proportion inverse de la pression (PV = constante). Un volume gazeux dans un espace clos se dilate donc en montée en altitude et se contracte en descente. Lhypobarie daltitude expose donc à une expansion des cavités closes de lorganisme, dans une proportion qui va environ de 20 % entre 3 et 5 000 pieds, à 30 % à 8 000 pieds de pression cabine (2 438 mètres). Lexpansion de ces cavités closes rend compte de certaines pathologies.
2) - Lhypoxie daltitude. Selon la loi de DALTON et HENRY, lorsque plusieurs gaz sont mêlés, chacun se comporte comme sil était seul (notion de pression partielle). La pression atmosphérique est donc la somme des pressions partielles de chacun des gaz contenu par lair. Loxygène exerce donc à une altitude donnée une pression partielle égale au produit de la pression atmosphérique par la pression partielle doxygène. La composition de lair est fixe et loxygène en représente 20,95 % quelle que soit altitude. A 8 000 pieds de pression cabine (2 438 mètres), la Pi02 chute à 118 mmHg, la pa02 à 68 mmHg et la saturation de lhémoglobine à 93 %. Si cette hypoxie na pas de conséquence sur le sujet sain, en revanche, elle peut constituer un élément déclenchant de certaines pathologies, chez certains voyageurs.
|
Altitude |
pB mmHg |
pi02 mmHg |
Pa02 mmHg |
Sa02 % |
|
|
Pieds |
Mètres |
||||
| 0 | 0 |
760 |
159 |
103 |
98
|
| 1 000 | 305 |
733 |
153 |
98,2 |
|
| 2 000 | 610 |
706 |
147 |
93,8 | |
| 3 000 | 914 |
681 |
142 |
89,5 |
95
|
| 4 000 | 1 219 |
656 |
137 |
85,1 |
|
| 5 000 | 1 524 |
632 |
132 |
81 | |
| 6 000 | 1 829 |
609 |
127 |
76,8 |
93
|
| 7 000 | 2 134 |
586 |
122 |
72,8 |
|
| 8 000 | 2 438 |
565 |
118 |
68,9 | |
pB : pression atmosphérique ; pi02 : pression partielle doxygène dans lair inspiré ; Pa02 : pression partielle du sang inspiré ; Sa02 : saturation de l hémoglobine
Effets de laltitude sur loxygénation
La courbe de BARCROFT de dissociation de loxyhémoglobine, montre que la baisse de la pression partielle de loxygène entraîne une chute de la saturation. Lhypoxie entraîne par le biais des chémorécepteurs une hyperventilation avec hypocapnie, elle-même responsable dalcalose du liquide céphalo-rachidien et de dépression respiratoire. Quand ces deux mécanismes régulateurs opposés séquilibrent, cest ladaptation à laltitude. Ce processus long ne peut se mettre en place au cours des transferts aériens longs courriers. Les risques sont majorés lors des pathologies qui déplacent la courbe de BARCROFT vers la droite : anémie, insuffisante cardiaque, acidose métabolique, hyperthermie...
3) - Ambiance thermo-hygrométrique (11-12). Les variations thermiques ne sont pas très importantes et restent de lordre de 20 à 22 %. Les orifices dadministration de lair frais dans la cabine sont suffisamment nombreux et petits, pour que la vitesse de déplacement de cet air ne se soit pas perceptible et se situe dans la zone de confort. Par contre les variations hygrométriques sont bien plus importantes. Lhygrométrie cabine initiale de 20 à 30 %, chute au fil du vol, malgré le rejet de vapeur deau par les passagers (exception faite du passage de lavion dans les nuages). Cette sécheresse extrême de lair prélevé à lextérieur à pour conséquence une déperdition hydrique et un assèchement rapide des muqueuses.
4) - Accélérations et vibrations (1,11-12). Les accélérations ont la particularité de se situer dans les 3 dimensions de lespace : accélérations linéaires et rectilignes dans laxe de lavion, accélérations linéaires radiales par le changement de direction et accélérations angulaires des trajectoires curvilignes. Ces vecteurs sont à lorigine de forces dinertie qui sappliquent sur la masse du corps. Les accélérations sont surtout ressenties aux atterrissages, aux décollages, dans les virages ou lors de zones de turbulence. Elles sont à lorigine de deux phénomènes: la chute dobjets ou de personnes et lapparition de crises neurovégétatives, responsables du mal de lair par stimulation des canaux semi-circulaires de loreille interne en contradiction avec les sensations somesthésiques et visuelles. Seules les vibrations de basse fréquence (4-12 Hz) provoquent des phénomènes de résonance au niveau des viscères. Les avions à réaction longs courriers émettent des vibrations inoffensives de lordre de 60 Hz,.
5) - Niveau sonore (12). Bien quil reste inférieur à la limite de tolérance habituellement admise pour les risques datteinte dacuité auditive (80 décibels), il est tout de même suffisamment élevé (50 à 70 décibels) et majore les facteurs de stress.
V - LES PATHOLOGIES RENCONTREES
Différentes études ont cherché à recenser le nombre des urgences médicales et chirurgicales à bord des avions commerciaux. CUMMINS et SCHUBACH (13), retrouvent une urgence pour 753 vols. RODEMBERG (14), pense que 8 millions de passagers pour un trafic mondial de 881 millions, encouraient un risque en 1985. Aux USA, les décès sont estimés à 1 pour 7 millions de passagers (15). De 1977 à 1984, lI.A.T.A estimait 72 décès par an pour les 120 compagnies membres (0,31 décès pour 1 million de passagers) (16). Bien que lincidence des durgences vitales à bord soit faible (17), elle est globalement sous-estimée, du fait de labsence de recueil systématique. Pour SARVESVARAN (18) et CUMMINS (13) la majorité des urgences seraient dorigine cardio-vasculaire, (pathologies thromboemboliques), suivies par les causes respiratoires,(décompensation détats antérieurs). Les autres étiologies sont plus diverses et souvent moins graves.
- Les thromboses veineuses profondes et les embolies pulmonaires : HOMANS (19) décrit en 1954 la relation probable entre la survenue de thrombose veineuse profonde et la position semi-assise sur les vols longs courriers. CRUICKSHANK (20) décrit en 1988 le Syndrome de la classe économique. BENOIT (21) affirme en 1992 la corrélation entre la pathologie embolique et la thrombophlébite dimmobilisation lors du vol. PAGANIN (22) en 1996, recense 6 cas dembolies pulmonaires sévères sur les vols Paris-Réunion. Les publications se multiplient (22-28). La pathogénie en est maintenant bien connue:
- la déshydratation liée à la faible hygrométrie de la cabine et majorée par les effets diurétiques du café et du thé entraîne une augmentation de la viscosité sanguine;
- la baisse de la PaO2 avec diminution de la saturation de lhémoglobine a peu de conséquences chez le sujet sain, mais augmente la viscosité sanguine et le taux de fibrinogène circulant chez le fumeur.
- limmobilité prolongée semble plus néfaste en classe économique où lespace entre les sièges est plus restreint. Cette immobilité est plus importante pendant les vols de nuit car les passagers consomment des somnifères et sendorment dans des positions peu confortables ("cramped position "). De plus, les passagers assis près des hublots ont un accès moins aisé aux allées.
Des facteurs favorisants connus caractérisent les vols et les populations à risques :
- Durée du vol supérieure à 3-4 heures (20-21) ;
- Antécédents dinsuffisance veineuse et de varices (18,20) ;
- Femmes de plus de 40 ans (18) ;
- Hommes de plus de 50 ans avec des varices des membres inférieurs (28) ;
- Néoplasies évolutives, syndromes néphrotiques (21).
A bord des vols longs courriers, il est donc conseillé (1) :
- de marcher une fois par heure dans les allées ;
- de shydrater abondamment avec des boisons non diurétiques ;
- déviter lusage dalcool et de tabac ;
- de ne pas prendre des hynoptiques qui favorisent lassoupissement dans des positions compressives ;
- un siège permettant dallonger les jambes.
CAILLARD (29) préconise chez les personnes à risque élevé, ou aux antécédents de thrombose, dembolie pulmonaire ou daffection thrombogène,. le port de bas de contention, associé aux héparines à bas poids moléculaire à dose isocoagulante, de préférence aux anti-agrégants plaquettaires. AUDOUIN (30) recommande la prise danticoagulants oraux dans certains cas particuliers (thromboses multiples, coagulapathie), car 8 à 10 % des thromboses veineuses profondes seraient en rapport avec un voyage aérien.
2) - Les pathologies cardiaques. Labaissement de la pression partielle en oxygène peut avoir des conséquences chez les sujets aux capacités dadaptation limitées. Langine de poitrine instable est donc une contre-indication au vol en raison de la survenue de la nécrose myocardique. Dune façon générale, toutes les pathologies cardio-vasculaires décompensées contre-indiquent les vols.
3) - Les pathologies respiratoires : dans sa thèse, BLAISE (1) recense 4,5 % de son échantillon avec des manifestations respiratoires. DILLARD (31) montre dans une série de patients âgés de 68 ans en moyenne et porteurs de BPCO, une chute de la Pa02 qui passe de 72 mmHg à 47 mmHg après 45 minutes de vol en croisière (cabine à 8 000 pieds). Selon cet auteur, une Pa02 inférieure à 50 mmHg au sol nécessite une supplémentation en oxygène lors du vol. GONG (32) propose dailleurs deux équations prédictives pour déterminer la Pa02 daltitude en fonction laltitude cabine, de la Pa02 au sol et de VEMS :
- pa02 = 22,8 - 274 X + 0,68 Y
- pa02 = 0,45 + 0,78 (% VEMS) + 2,44
où X est laltitude en milliers de pieds, Y est la Pa02 au niveau du sol.
Les sujets porteurs de troubles obstructifs sévères sont des sujets à risques, sils répondent aux critères suivants :
- capacité vitale inférieure à 50 % ;
- ventilation inférieure à 40 l/mn ;
- hypercapnie supérieure à 50 mmHg au sol ;
- hypoxémie inférieure à 55 mmHg au sol.
Dautres contre-indications formelles existent : pneumothorax non drainé, tuberculose bacillaire contagieuse, poussée dinsuffisance rénale aiguë...
4) - Les pathologies O.R.L. Elles sont surtout dues aux effets physiques des variations de la pression barométrique sur les gaz contenus dans les cavités du corps (loi de BOYLE- MARIOTTE) :
- les aérodontalgies apparaissent à partir de 1 500 mètres, sur des dents saines ou présumées telles, traitées ou malades (1). Une douleur de pulpite aiguë peut survenir à la montée, brutalement, mais dune façon transitoire, avec une notion daltitude seuil. Lhypothèse dune hypoxie pulpaire sajoute à la notion dun barotraumatisme exclusif (33).
- les otites externes barotraumatiques apparaissent essentiellement à la descente, et sont dues à des petites hémorragies sous épithéliales. Les otites moyennes sont dues à une augmentation du volume de lair contenu dans loreille moyenne, et apparaissent en cas de dysfonctionnement de la trompe dEustache (30). La manoeuvre de Vasalva suffit le plus souvent à compenser ce dysfonctionnement.
- les sinusites barotraumatiqures relèvent du même mécanisme, lors dobstruction des orifices sinusiens.
De simples rhino-pharyngites ou un simple rhume peuvent donc conduire à déconseiller un voyage aérien.
5) - Les pathologies digestives :
- Lexpansion des gaz intestinaux est cause de flatulence chez le sujet sain et de douleurs plus nettes chez les sujets aux antécédents de chirurgie abdominale majeure. Il est conseillé de limiter féculents et boissons gazeuses avant et pendant le vol.
- Les toxi-infections alimentaires sont entrées dans la légende. TAUXE (34) rapporte 186 cas de gastro-entérites à salmonella enteriditis, au cours d un vol transatlantique en 1984, à la suite dune salmonellose). BURSLEM (35) recense 23 observations de ce type. EFFERSOE (36) décrit une contamination par un staphylocoque aureus chez les 364 passagers et membres déquipage dun vol charter en 1975. Bien que rare et peu grave, les toxi-infections alimentaires devraient imposer que les pilotes ne consomment les mets dune même cuisine ou ne salimente quen dernier!
6) - Les pathologies endocriniennes. Les patients diabétiques doivent ajuster leur traitement au travers des fuseaux horaires. De nombreux schémas sont possibles. Alors que lutilisation de biguanides est sans conséquence particulière, les sulfamides hypoglycémiants exposent au risque dhypoglycémie (30). Le diabète insulinodépendant, impose une diminution des doses lors des déplacements vers lest et une augmentation, lors des déplacements vers louest. SANE (37) a démontré quune variation de 2 à 4 % de la dose quotidienne dinsuline par heure de décalage, était nécessaire.
7) - Les pathologies psychiatriques :
- Laérophobie est retrouvée chez un tiers des passagers (1). AGRAS (38) la retrouve dans 20 % de la population générale. Elle prend les aspects bien connus, dune hyperventilation, dune logorrhée, dune hyperactivité, voire même dune perte de connaissance. Certaines compagnies aériennes (30,39) proposent des stages de thérapie comportementale avec déconditionnement.
- Un syndrome de sevrage est possible chez les tabagiques sur les vols non fumeurs, avec agitation et instabilité, de même que chez léthylique. LYMAN (40) a rapporté quelques cas de syndrome de manque à lhéroïne, imposant un détournement des avions.
- Enfin, faire voyager un malade psychiatrique mal équilibré lexpose au risque dune décompensation aiguë, nocive aussi bien pour lui, que pour léquipage et les autres passagers!
8) - Le mal de lair est devenu moins fréquent depuis lavènement des avions à réaction volant à haute altitude (30). Il frappe les sujets dont le vestibule est intolérant aux basses oscillations. Il est alors conseillé de prendre place au centre de gravité de lappareil, près des ailes et dun hublot, et de fixer un point immobile à lhorizon.
9) - Le décalage horaire (30) se caractérise par des troubles de sommeil, avec fatigue, trouble de la vigilance et somnolence diurne. Ces troubles sont mineurs lors de la traversé de moins de 4 fuseaux. Le décalage vers louest est mieux supporté que le décalage vers lest. Aux USA, la Mélatonine est utilisée assez largement, mais na pas encore fait lobjet dune évaluation. En cas de séjour inférieur à 3 jours, il est recommandé de vivre au rythme du pays de départ. Inversement, en cas de séjour supérieur à 3 jours, il est recommandé dessayer de se synchroniser avec lhoraire de destination.
10) - Les désagréments ophtalmologiques concernent les nombreux passagers porteurs de lentilles ou ceux qui souffrent dinsuffisance lacrymale (sécheresse de lair). Le port des lentilles est déconseillé pour les vols dont la durée dépasse 3 à 4 heures.
La plupart des compagnies internationales disposent dun personnel de cabine formé au premier secours. Ce personnel a accès à une trousse qui lui est réservée, contenant, avec un mode demploi rédigé par un médecin de la compagnie des médications usuelles réputées pour leur innocuité tels : antalgiques antipyrétiques, collyres, antiémétisants, décongestionnants nasaux, antispasmodiques, pansements gastriques... Certaines de ces trousses contiennent parfois du Temgésicâ .
BLAISE (1) souligne que près de la moitié des passagers interrogés pensent quun médecin est toujours présent à bord. Selon BAUDOUIN (30) , en cas de situation durgence, léquipage trouve un médecin présent dans lavion dans 85 % des cas. Il existe une trousse durgence destinée exclusivement à un médecin qui permet de faire face aux grandes urgences: drogues à visée cardio-vasculaire (Adrénaline, Trinitrine, Nifédipine, Atropine, Cédilanide, Diurétiques), corticoïdes, anti-inflammatoires, broncho-dilatateurs, psychotropes, anti-paludéens, sérum glucosé hypertonique, stéthoscope, tensiomètre, canules, clamps, garrots, seringues...
Selon le droit français, le passager, docteur en médecine, se doit de répondre à lappel du personnel de bord (article 63 du code pénal). Léquipage peut également rentrer en contact avec un médecin au sol.
Le champ et linterprétation des lois applicables en vol, sont perçus différemment selon la nationalité des passagers, des médecins et de léquipage. En matière pénale, la convention de Tokyo du 14 septembre 1963 affirme la compétence de létat dimmatriculation de lavion pour connaître des actes et infractions à bord. En matière civile, il nexiste pas une compétence obligatoire attachée à limmatriculation. Ainsi le médecin intervenant pourrait être poursuivi pour les fautes commises dans son action, aussi bien que pour les conséquences de son abstention, en toute juridiction compétente. Daprès BRAURE (41), une loi américaine (Good Samaritan Act) tendrait à limiter la responsabilité du médecin appelé en cas durgence sur les vols des lignes nord américaines, ceci afin de ne pas le dissuader dintervenir!
Dans certaines circonstances lavion peut être dérouté vers un aéroport possédant des moyens médicaux adaptés. Il sagit toujours dune décision difficile et coûteuse. Certaines compagnies ont commencé à expérimenter la mise en place des défibrillateurs semi-automatiques et les transmissions délectrocardiogrammes de lavion vers le sol.
VII - LES CONTRE-INDICATIONS AU VOYAGE AERIEN LONG COURRIER
| Contre-indications cardio-vasculaires | Infarctus du myocarde de moins de 3 semaines |
| Infarctus du myocarde compliqué de moins de 6 semaines | |
| Angine de poitrine instable | |
| Insuffisance cardiaque décompensée de moins de 2 semaines | |
| Hypertension artérielle compliquée | |
| Trouble du rythme cardiaque symptomatique | |
| Hypertension artérielle pulmonaire | |
| Cardiopathie congénitale cyanosante | |
| Phlébothrombose évolutive | |
| Antécédent dembolie pulmonaire sans anticoagulant | |
| Contre-indications respiratoires | Contre-indications déjà spécifiées (insuffisance respiratoire) |
| Pneumothorax non drainé | |
| Emphysème | |
| Polykystose pulmonaire | |
| Asthme évolutif | |
| Chirurgie thoracique de moins de 2 semaines | |
| Tuberculose évolutive | |
| Contre-indications hématologiques | Anémie inférieure à 8,5 g |
| Drépanocytose et Thalassémie | |
| Hémophilie | |
| Trouble de la coagulation non contrôlée | |
| Hémopathies terminales | |
| Contre-indications O.R.L. | Sinusites et otites aiguës |
| Mastoïdites | |
| Chirurgie otologique récente | |
| Contre-indications digestives | Chirurgie abdominale récente |
| Diverticulose et colite en phase aiguë | |
| Ulcère hémorragique de moins de 3 semaines | |
| Coelioscopie inférieure à 7 jours | |
| Hypertention portale avec varices | |
| Contre-indications ophtalmologiques | Chirurgie ophtalmologique de moins de 2 semaines |
| Kératite évolutive | |
| Contre-indications neuropsychiatriques | Troubles phobiques graves |
| Psychose grave non stabilisée | |
| Epilepsie récidivante | |
| Chirurgie cérébrale de moins de 3 semaines | |
| AVC de moins de 3 semaines | |
| Contre-indications gynéco-obstétricales | Grossesse au dessus de 35 semaines |
| Menace daccouchement prématuré | |
| Contre-indications infectieuses | Coqueluche |
| Dengue, choléra, fièvre de Lassa, etc... | |
| Contre-indications traumatologiques | Plâtre inférieur à 48 heures |
| Contre-indications sportives | Plongée en bouteille au cours des 12-24 heures précédentes |
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Avec l'aimable autorisation du Dr B-A GAÜZERE - Service de Réanimation, CHD - 97405 Saint-Denis- La Réunion
Derniére mise à jour le 14/12/01