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BILAN SUR 25  CAS D'INJONCTIONS THERAPEUTIQUES

Par le Dr Jean-Paul Gervaisot


Rappelons que l’injonction thérapeutique est une alternative sanitaire à la sanction pénale. Elle épargne à l’usager  toute peine ou  inscription sur le casier judiciaire, dans les limites de l’usage de produits illicites pour l’affaire en cours. Cette mesure appartient à la loi du 31 décembre 1970. Les cas non abordés dit "retour au procureur" sont les personnes qui ne sont jamais venues.

INJONCTIONS THERAPEUTIQUES CLASSEES LE  13 06  2001,  HORS  LES CAS " RETOUR AU PROCUREUR ”.

                A titre curieux, et compte tenu des débats existants actuellement sur la dépénalisation des drogues illicites, il nous a paru utile de faire une photographie précise d’un échantillon de personnes présentées par les services de justice en injonction thérapeutique.                

                Cette étude n’est bien sûr pas innocente. Elle n’a aucune valeur statistique du fait de la très petite taille de l’échantillon.  Elle veut simplement mettre en évidence la réalité de nos rencontres avec les usagers de produits stupéfiants et le décalage qui existe avec ce que nous percevons de l’image du consommateur transmise par  la “ rue ”.

Description de l’échantillon

L’échantillon est composé de personnes âgées de 15 à 35 ans  avec un âge moyen de 20 ans. 16 sont majeurs.  21 personnes viennent pour usage de haschich ou d’herbe, 3 viennent pour polytoxicomanie, 1 pour usage d’ecstasy. 13 personnes ont eu des démêlées modestes avec la justice, en dehors du problème des stupéfiants.

13 personnes ont un travail soit en CDI soit en INTERIM , 3 sont chômeurs, les 9 autres sont collégiens, lycéens ou apprentis.

Aspect psychologique et psychiatrique.

 Les problématiques psychologiques ou psychiatriques sont omniprésentes et justifient à elles seules ce travail. Pour des raisons éthiques évidentes, il n’a pas été détaillé les troubles psychologiques rencontrés. On a donc crée une échelle de A à F, arbitraire, témoin du degré de gravité de l’éventuel trouble psychologique ou psychiatrique.

Echelle de classification  des troubles psychologiques rencontrés

·                     A     sujet sans problème conséquent
·                     B     analphabétisme, ou  fluctuations normales de la thymie (adolescence).
·                     C     dépression sous-jacente, faille narcissique évolutive,
·                     D     Angoisses d’abandon, dépression, instabilité, hyperactivité avec risque de passages à l’acte
·                     E     Passages à l’acte,
·                     F     Psychose.

Le panel ainsi défini couvre l’ensemble des problématiques rencontrées aux injonctions.

Résultats

                Dans l’échantillon, qui ne saurait être significatif, nous constatons l’absence de sujet « A ». Il s’agit  d’un effet du hasard,  car nous en rencontrons dans notre pratique.  Le reste du panel est constitué de:

·         2 sujets “ B ”.
·         13 sujets “ C ”
·         6 sujets “ D ”
·         1 sujet “ E ”
·         1 sujet “ F ”.

Cette représentation correspond  très bien à l’impression d’ensemble que nous avons des dossiers ces dernières années  «hors l’absence de sujets sans problème».

                                L’aspect psychologique et psychiatrique alarmant qui apparaît de ces quelques lignes, doit être modéré par le fait que le parquet, à travers la personne des substituts, fait un pré-tri.  Il nous conforte toutefois dans notre impression :  les patients interpellés semblent  insérés comme la moyenne de la population, par contre l’incidence des troubles psychologiques et psychiatriques est tout à fait inhabituelle. Ces troubles sont antérieurs à l’usage,  l’usage est donc une conséquence de la problématique.

A noter que les personnes qui consomment depuis le plus longtemps sont les personnes les plus âgées. Au nombre de 2, elles ont des problématiques psychiatriques lourdes et ont  une insertion et une situation sociale précaires.

Un autre élément important est  que, de ces personnes qui vivent avec leur souffrance , deux  personnes seulement  ont un  placement et un suivi psychiatrique,  peu ont eu un suivi psychologique. Au terme de l’injonction,  9 ont accepté et ont débuté un suivi psychologique. 13 ont refusé ou n’ont pas respecté l’orientation.  Nous n’avons pas de réponse de suivi pour 3 d’entre eux. Une seule personne ne s’est pas vue proposer de suivi.

On peut donc penser que la souffrance morale, quant elle ne se systématise pas de façon pathologique (narcissisme, troubles obsessionnels etc..) , est acceptée et banalisée par le jeune enfant ou adolescent comme par son entourage. L’alternative médicale n’étant pas proposée, le seul moyen de soulagement reste le psychotrope de la “ rue ”, le haschich étant en première ligne actuellement.

Conclusion.

La souffrance morale chez beaucoup de sujets jeunes ou moins jeunes est mal repérée. Elle est même banalisée par l’entourage socio-familial. La dépénalisation avec disparition de l’injonction de soins chez les jeunes usagers de psychotropes risque donc de réduire encore les moyens de dépistage et l’accès aux soins à ces personnes en souffrance. 

Outre l’aspect médical, et sans faire cas des violences psychologiques, lorsque l’on sait qu’un tiers des enfants ayant subi des violences physiques deviennent eux-même violents en l’absence de prise en charge adaptée, on peut craindre que cette carence ne fasse qu'aggraver la situation sociale à l'avenir.


sommaire FMC

29/09/01