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TOXICOMANIE, DROGUES, DOPAGE ET GLADIATEURS

Par le Dr Jean-Paul Gervaisot


La tentation est forte est d'amalgamer drogues et dopage. Le mot de toxicomanie apparaît de plus en plus souvent. Pourtant du point de vue neurobiologique, ces différents produits n'ont pas grand chose à voir entre eux sinon la stimulation directe ou indirecte du système dit de récompense: le système dopaminergique. Mais ce système est stimulé dans toutes les occasions agréables de notre vie quotidienne, sans pour cela que les terminologies drogue dopage ou toxicomanie soient utilisées.

Des produits interdits mais des récepteurs très physiologiques:

Si on fait un bref inventaire des drogues illicites, on peut ventiler leurs effets neurobiologiques comme suit:
-Les opiacés sont des produits sédatifs actifs sur les récepteurs endorphiniques,
-les cocaïne, crack, amphétamines sont des stimulants actifs sur les récepteurs adrénergiques et noradrénergiques.,
-les anabolisants stéroïdiens touchent des récepteurs situés dans le noyau de cellules neurologiques, ils sont excitants pour la plupart,
-les hormones de croissance, l’érythropoïétine la créatine, sont des substances physiologiques utilisées pour les modifications physiologiques qu’elles engendrent, leurs effets psychotropes restent à évaluer.

Tous ces produits, de synthèse ou non, détournés, ont un ou des équivalents dans l’organisme. La grande différence est que la molécule, les doses utilisées, les circonstances d’utilisation, ou les âges de consommation, ne correspondent pas au fonctionnement physiologique. Si cet usage définit la toxicomanie, on est en droit de se demander pourquoi un produit comme la dihydroandrostène dione , DHEA ou hormone de longévité, n’entre pas dans ce catalogue des drogues.

Toxicomanie, un mot qui définit plus les états d’âme d’une population dite normale:

La caractéristique commune qui lie dopage et toxicomanie au sens médical du terme, tient au comportement allégué du sportif au sein de son sport. C’est un individu idéalisé sur lequel reposent l’imaginaire et les projections des simples mortels. Le sportif se «défonce» pour sa pratique. Sa dépendance au sport est quasi addictive. Il se donne pour cela des moyens qui souvent transgressent les règles sociales (triche, dopage en particulier, mais aussi hétéro et auto-agressivité.) Par cela, il rejoint dans l’imagerie populaire le toxicomane-cliché, c’est à dire l’héroïnomane.

On peut considérer à travers ces réflexions que le sportif est un toxicomane, mais à la limite, a-t-il besoin d’être dopé pour répondre à la qualité de toxicomane?. Non, ou alors le mot «toxicomane» n’a pas le même sens pour tout le monde, ce qui est vraisemblable. Le comportement de beaucoup de sportifs est addictif, c’est à dire que leur activité sportive est un besoin et que la carence engendre des troubles comportementaux. Il ne s’y associe aucune notion de dopage indispensable. L’essence de cette addiction peut-être comme pour les héroïnomanes des dysfonctionnements familiaux, mais la conséquence est une réaction «soignante» avec une expression sociale active, à l’instar de l’héroïnomane qui se replie sur un mode autistique.

Que traduit donc l’expression «toxicomane» que l’on voit fleurir pour qualifier les sportifs dopés?

Cette expression traduit les analogies que fait la population «normale» entre l’image du sportif dopé et l’image médiatique du toxicomane. On retrouve l’aspect illégal de la consommation, on retrouve la violence, et l’on retrouve la trahison personnelle, comme si le sportif devait supporter les idéalisations et projections de toute une population. Il n’y pourtant rien de toxicomaniaque dans tout cela. Pourtant, autour de ces analogies, se bâtissent une tentation indue de dénomination de «toxicomanie» et pire tentation de politique de santé commune.

Pourrait-il s’agir malgré tout d’un même combat pour le soignant? Le comportement sportif, en dehors de tout dopage, peut effectivement révéler chez certains des souffrances familiales génératrices de comportement addictif. Ce comportement permet au sportif de vivre bien ou mieux. Il est finalement son propre soignant et le soignant familial. Le médecin n’a pas à intervenir s’il n’y a ni souffrance ni demande.

Le problème du dopage est un autre problème. Les racines de cette conduite sont profondes, et lorsque le jeune a passé le cap qui l’amène à se doper, il importe de savoir s’il avait les moyens de refuser. Jusqu’à présent, lorsqu’un sportif décède des complications du dopage, personne ne cherche à comprendre et à savoir pourquoi . Pourtant si vraiment le produit dopant s’est installé à un âge ou dans des circonstances où le sportif n’avait ni la structuration mentale, ni les informations morbides, ni les appuis pour refuser, on est aux yeux de la loi face à un cas d’empoisonnement. Tout cela est bien loin de la toxicomanie alléguée et on comprend pourquoi la DHEA ne risque pas le statut de drogue alors qu’elle a plus d’attributs en ce sens que l’érythropoïétine .

Le sport est bourré de scandales et d’inepties toutes aussi graves que le dopage. Il suffit de voir les entraînements infligés à des jeunes et très jeunes dans certains sports, il suffit de voir l’âge des compétiteurs, pour comprendre qu’il est impossible que sans conditionnement intellectuel, sans une pression pathologique tant de la famille que de l’entraîneur que des gouvernants, des enfants encaissent cela sans rien dire.

Et le peuple aime ça: «de l’ E.P.O et des jeux»


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06/06/99