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LES FACTEURS DE RISQUE TOXICOMANIAQUES

Par le Dr Jean-Paul Gervaisot


 

A l'heure actuelle, si la majorité des jeunes n'excluent pas d'essayer un jour la drogue comme ils essayeraient une voiture ou une marque de chaussures, une minorité seulement d'entre eux deviendront toxicomanes ou usagers de drogue.

Il existe des facteurs prédictifs qui permettent de cerner les sujets et les familles à risque. Il est important de les connaître afin d'avoir à l' égard de ces patients une attitude préventive.

Les facteurs prédictifs sociaux

Ce sont les plus connus. Ces facteurs de risque sont surtout :

Les facteurs de risque familiaux

Deux types de familles sont génératrices de toxicomanie, ce sont les familles à structure trop souple et les familles à structure trop rigide. Il faut comprendre par structure les règles qui régissent les relations entre individus. Une structure trop souple est une structure où il n' existe pas de limite claire entre ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas. A l'inverse, une structure trop rigide est une structure où les interdits sont excessifs et omniprésents. Le point commun entre ces deux modèles familiaux est avant tout le caractère irrationnel, voire délirant, de la relation, l'enfant se trouvant dans l'incapacité chronique de prévoir le comportement de ses parents ou de s'adapter aux comportements sociaux extérieurs.
Entre autre facteur de risque, s'ajoutent les violences, qu'elles soient sexuelles ou non.

Les facteurs de risque individuels

Ils dépendent de la personnalité du jeune. Indépendamment des troubles psychologiques ou psychiatriques (névroses, psychoses, psychopathies), les adolescents potentiellement les plus exposés ne sont pas les plus turbulents. Classiquement, il s'agit d'adolescents discrets, introvertis, qui ne posent pas de problèmes particuliers sinon la difficulté qu' ils ont à échanger. Dans un contexte difficile où la possibilité de verbalisation est essentielle, ces adolescents vont trouver à travers les drogues un psychotrope puissamment désinhibiteur, agréable, et un milieu de jeunes ayant souvent les mêmes problèmes à résoudre. Il importe pour le médecin et pour les parents de dépister tout symptôme témoignant du mal-être de l'adolescent et de l'aider avant qu' il n'ait recours à l'usage de drogues psychotropes.

Prévention et message

En matière de toxicomanie, un des rôles essentiels du médecin est de savoir dissuader un adolescent de faire usage de drogue. Ce rôle incombe en particulier aux médecins à l'occasion de leurs contacts avec les jeunes car l'information qu'ils font passer ne peut être qu'individuelle, fonction de la personnalité et de la problématique de l'interlocuteur. Aucune campagne nationale ne peut remplacer cet échange et toutes les campagnes d' affichage qui ont tenté de faire de la prévention éclairée ont eu pour sanction une recrudescence de la consommation et des overdoses. Afin d'éviter tout accident de ce type, chaque médecin doit donc savoir quelles sont les limites de son intervention et des informations à donner face à un jeune patient et sa famille. C'est en cela que sa qualité de médecin de famille le rend indispensable à la prévention toxicomaniaque. Il ne s'agit, en aucune façon, de prendre en charge un toxicomane avéré.

LES RISQUES LIÉS À L' INFORMATION DU PATIENT

L'usage de drogue, pour un adolescent non consommateur, peut représenter une façon de s'affirmer face à ses parents et un moyen de se suicider. Ce sont là probablement les deux grands écueils auxquels se sont heurtées les campagnes de masse : les rebelles comme les suicidaires y trouvaient un moyen d'expression. Il s'en est suivi les résultats paradoxaux évoqués précédemment. Il importe donc que le médecin porteur de l'information sache à qui il a affaire. Le message doit être transmis à tout le monde, mais en insistant différemment sur certains points selon l'histoire familiale, la personnalité de l'adolescent et le risque prédictif.

LE MESSAGE DE MORT

C' est le plus commun des messages délivrés, c'est aussi le plus dangereux et le plus inutile. Pour un adolescent, la mort n' a pas une représentation psychique très forte, et cela se conçoit parfaitement : la mort, du point de vue psychologique, c'est le deuil de la vie. Plus la vie a été courte, plus l'appréhension du deuil par le candidat au suicide sera modeste. Chez un adolescent qui n'a derrière lui qu'une existence brève, lui laissant parfois une impression négative, sans traumatisme particulier désagréable ou agréable, sans investissement personnel, sans projection positive dans l'avenir, la décision d'arrêter sa vie sera d' autant plus facile à prendre qu' il n'aura finalement pas grand-chose à perdre. La menace de mort liée à l'usage de la drogue est un message qui risque d'être exploité de façon inattendue, paradoxale. Il doit être manié avec d' extrêmes précautions.

LE MESSAGE MORBIDE

Le message morbide, c'est-à-dire celui qui contient le risque de maladie et non exclusivement le risque mortel, est beaucoup plus fondamental à délivrer. Il justifie logiquement l'interdit légal. Il permet à l'adolescent ou à l' enfant de se projeter dans l' avenir, vivant, avec un handicap, c'est avec la perte de quelque chose d'organique, qu'il connaît déjà et qui n'est qu'une partie de lui-même : un deuil partiel à assumer le reste de sa vie, en plus de ses conditions de vie et de sa problématique. Il est donc essentiel de parler sida, hépatites mais aussi cicatrices, caries dentaires, cancer, infarctus, accidents de la voie publique, problèmes de justice.

LE MESSAGE DE L' EXEMPLE FAMILIAL

Toujours à manier avec précaution, il est indispensable dès qu' il existe une problématique familiale ou une famille à risque. Il importe de profiter de la survenue de troubles comportementaux pour expliquer à la famille qu' il y a souffrance et pourquoi il y a souffrance. Il ne s'agit pas de dire qu'il y a souffrance parce que le fonctionnement familial est délirant car il y aura logiquement "blocage" et probablement exclusion du médecin : il s'agit d' expliquer qu'un élément de la famille est fragile, qu'il y a risque de dépression tôt ou tard et que, sans l'aide de l'ensemble du groupe, nous, médecins traitants, sommes désarmés pour soigner...

QUAND DÉLIVRER CES MESSAGES

Il importe de les délivrer le plus tôt possible. Dès qu' un enfant peut comprendre ou s'intéresse, il est licite de donner une information exacte, cohérente, parfaitement assimilable. Cela permettra à l'enfant de se fabriquer un modèle intelligent de ce que sont les drogues. Si l'enfant est fragile, renfermé, il risquera plus qu'un autre de tomber dans la toxicomanie. L'action sur le milieu familial est prépondérante et indispensable..


sommaire FMC

17/04/99