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TROUBLES COMPORTEMENTAUX ET TOXICOMANIE
Par le Dr Jean-Paul Gervaisot
Les troubles comportementaux du toxicomane constituent la principale source de plaintes de la part des familles et de la société. On peut les classer en deux grands types :
Tous ces désordres sont modulés par l'état de manque ou la consommation récente. Ces troubles ne résument pas la morbidité des toxicomanes, mais ils sont importants à connaître pour comprendre la logique toxicomaniaque et prendre en charge un toxicomane. |
Il faut différencier les symptômes psychiatriques associés à une toxicomanie des désordres psychiatriques engendrés par une toxicomanie et donc spécifiques.
La toxicomanie engendre des symptômes anxieux et une agitation liés surtout à l'état de manque. Cela se traduit par une recherche effrénée du produit. Si l'agitation est à bon escient imputée par le toxicomane à la carence en produit, les angoisses sont souvent rapportées aux problématiques environnantes (justice, problèmes familiaux, maladies intercurrentes). Le médecin doit lui faire comprendre que ces symptômes sont pour une grande partie imputables à l'état de manque.
L'insomnie est quasi constante chez le pharmacodépendant, même en dehors de l'état de manque, mais ne gêne le toxicomane qu'à l'occasion de l'arrêt de consommation du produit. Elle est recherchée à l'interrogatoire car il ne la mentionne pas spontanément. La disparition de l'insomnie, en général un mois après une abstinence totale, est un bon critère de sevrage. Sa réapparition doit faire évoquer avant tout une rechute, exceptionnellement un état dépressif.
Les désordres relationnels LA HIÉRARCHISATION PATHOLOGIQUE DES RELATIONSLes relations interindividuelles n'ont pas toutes la même valeur ;
certaines sont indispensables, comme nourrir ses enfants, d'autres sont facultatives, comme dire bonjour à son voisin. Il s'ensuit une hiérarchie des obligations relationnelles entre individus. La relation que chaque individu a avec lui-même se plie a cette hiérarchie : se nourrir est une action prioritaire par rapport au fait de saluer son voisin. Pour un toxicomane pharmacodépendant, la prise de drogue est un besoin très haut situé dans cette hiérarchie.C
ette situation est variable selon les individus, mais il est banal de voir des toxicomanes voler leurs parents ou leur conjoint pour acheter de la drogue.Il est aussi banal de les voir se "shooter" avec le peu d'argent qu'ils avaient pour se nourrir. Il est encore banal d'apprendre que, malgré nos conseils, ils ont utilisé à l'occasion d'un état de manque la seringue d'un ami VIH + ou porteur d'une hépatite virale connue. La consommation de drogue se situe donc au même niveau hiérarchique qu'une fonction primaire. Tout obstacle à la consommation engendre de la part du toxicomane une réponse de la même intensité que celle obtenue si l'on interdisait à un individu de manger par exemple. Il s'ensuit donc fort logiquement au sein de la relation avec la famille, le médecin ou la société, des réactions prévisibles mais fort préjudiciables. Le désordre relationnel est en fait avant tout un ordre relationnel différent où la "relation" avec la drogue occupe une place de fonction primaire fondamentale et prioritaire par rapport à la relation avec autrui. LA SENSIBILISATION COMPORTEMENTALE C'est une notion de physiopathologie animale. On la décrit chez le rat de laboratoire. Elle se définit comme étant un état d'hyperexcitabilité locomotrice liée à la prise de stupéfiant. Cette hyperactivité augmente après chaque nouvelle prise dans un environnement donné. L'animal accède plus rapidement à des comportements élaborés. Le "bénéfice" de cette addition disparaît lorsque l'environnement ou le stupéfiant change (il existe des phénomènes croisés entre certaines drogues). L'expression de la sensibilisation après un shoot n'est pas toujours évidente, elle est modulée dans son expression par l'effet plus ou moins sédatif de la drogue. Après une consommation assidue, le résultat est patent puisque l'on voit des jeunes initialement peu pragmatiques élaborer, dans un cadre en parfaite opposition avec leur éducation, des "méthodologies" complexes pour se procurer leur drogue. Il est faux de dire que les toxicomanes sont débilités par la drogue, il est plus exact de dire que tout leur intellect est orienté vers un objectif: pérenniser l'effet de la drogue. Les intervenants savent bien qu'un toxicomane trop à l'aise est un toxicomane qui vient de consommer. Cette sensibilisation comportementale n'a aucun effet positif sur l'avenir mental du consommateur. Elle est totalement assujettie à la consommation de la drogue, et ses effets bénéfiques, en particulier dans la relation avec autrui, n'existent que si le toxicomane consomme et vit dans l'environnement adéquat. Du fait des mécanismes de tolérance neurobiologique, pour garder la même efficience, le toxicomane est obligé d'augmenter sa dose. En outre, les élaborations liées à la stimulation comportementale vont se faire au détriment des autres activités, cela du fait de la menace de l'état de manque. On a bien sûr alors affaire à des toxicomanies graves exigeant des prises multiples et quotidiennes.12/04/99