TOXICOMANES ET ETATS COMATEUX
Conduite à tenir
Par le Dr Jean-Paul Gervaisot
Un
jeune homme de 24 ans, toxicomane connu, sorti de prison depuis deux jours, est retrouvé
dans sa chambre, par ses parents, dans un état comateux. il n'a pas d'antécédent
infectieux connu. Le médecin traitant constate à son arrivée un coma stade 3, sans
signe de localisation neurologique. Les pupilles sont en mydriase, peu réactives. Les
extrémités sont froides, cyanosées, la respiration difficilement perceptible, le pouls
régulier, à 120. Il existe sur la jambe une trace très récente d'injection IV. On
retrouve à portée de main le matériel d'injection ainsi que des boîtes vides de
benzodiazépines.
Habituellement,
l'injection de morphinique induit un myosis bilatéral de la même façon que les
benzodiazépines. La mydriase accompagne les consommations d'amphétamines, de cocaïne ou
les états de manque. Une insuffisance respiratoire grave peut expliquer une mydriase
bilatérale et est un critère de gravité lors de l'injection massive de stupéfiants ou
de benzodiazépines.
Le réflexe professionnel voudrait que tout état comateux constaté chez un toxicomane
soit a priori un problème d'overdose d'héroïne. En pratique, l'overdose d'héroïne est
très rare (300 cas annuels en France). Le produit injecté titre en général moins de 5
% d'héroïne pure et les overdoses surviennent essentiellement après sevrage physique,
sortie de prison ou lorsque des dealers "amateurs" mettent ponctuellement sur le
marché un produit trop pur ; dans ce cas particulier les overdoses ont un caractère
"épidémique".
Des
étiologies variées
Deux
grandes étiologies peuvent répondre à la description de ce cas clinique :
-
le coma polytoxicomaniaque favorisé par l'association IV ou per os de benzodiazépines,
de barbituriques, de substances stupéfiantes ou/et d'alcool ;
-
le coma lié à une embolie pulmonaire massive (thrombose veineuse migrante induite par le
talc, le plâtre, l'amidon ou le bolus septique lié au support d'injection) ; il
s'accompagne d'une polypnée.
Un
coma secondaire à un AVC ou à un infarctus myocardique massif est possible chez les
consommateurs de cocaïne, crack ou amphétamines.
Le
coma peut également ne pas être lié à la toxicomanie.
Sauvegarder
les fonctions vitales
En
pratique, le problème essentiel pour le généraliste face à un coma chez un toxicomane
est avant tout de sauvegarder les fonctions vitales en attendant les secours médicalisés
lourds. Dans le cas présent, il faut lutter contre l'anoxie par dépression respiratoire
dont l'étiologie est morphinique, benzodiazépinique ou embolique. Le moyen
thérapeutique le plus simple reste la ventilation par masque à l'aide d'un embout
manuel, en attendant le Samu qui fera usage des antidotes (Narcan pour l'héroïne,
Anexate pour les benzodiazépines), qui peuvent améliorer rapidement la situation.
Ces
produits, disponibles à la pharmacie centrale des hôpitaux, exigent une surveillance
tensionnelle et éventuellement une réinjection à moyen terme car les effets des
antidotes s'épuisent en 20 à 30 minutes, faisant courir le risque d'une dépression
respiratoire récurrente.
Il
faut aussi compter sur la collaboration du toxicomane après son réveil, ce qui est très
aléatoire... En effet, outre le fait que les toxicomanes ne sont pas des malades dociles,
ces antidotes sont susceptibles d'induire un état de manque générateur d'agitation
difficilement contrôlable par un médecin seul.
Le
bilan étiologique pourra être fait ultérieurement. Un réveil du toxicomane grâce à
l'usage de produits tel que le Narcan ou l'Anexate peut être responsable de réactions
imprévisibles et en particulier du départ pur et simple du patient en dépit du risque
de coma récurrent. L'attitude thérapeutique doit donc être fonction de la gravité de
la situation et de la qualité de l'entourage.
sommaire FMC
12/04/99