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Par le Dr Jean-Paul Gervaisot
Arbre décisionnel de la prise en charge psychologique et psychiatrique
Arbre décisionnel de la prise en charge organique
Arbre décisionnel de la prise en charge sociale
Le travail décisionnel va seffectuer autour de la cause de la prise dhéroïne, de son mode dadministration et de l'évolution. La consultation initiale aura entre autre pour but de déterminer ces éléments.
Aucune cause évidente (très rare): essai de sevrage en saidant de buprénorphine à dose régressive sur 8 à 14 jours, arrêt de travail et délivrance quotidienne avec prise devant le pharmacien. Aide familiale si possible.
En cas déchec, réévaluer la cause en fonction des symptômes psychiatriques apparue durant lessai de sevrage, repérer et traiter les pathologies organiques douloureuses révélées par la baisse des doses de drogues "antalgiques " et retenter un sevrage.
En labsence de cause évidente, discuter avec le patient dun sevrage hospitalier ou de la pérennisation du traitement par buprénorphine. Dans ce dernier cas, il est utile dassocier pendant quelques mois un antidépresseur.
La ou les causes de le prise dhéroïne sont souvent trouvées ou évoqués au bout de quelques mois, parfois plusieurs années (violences sexuelles ,enfant battu, traumatisme majeur, sentiment de culpabilité sur faits divers, psychose) On retourne alors dans les autres schémas.
Etat dépressif : On retrouve à linterrogatoire des insomnies en cas de non prise de drogue, la toxicomanie a parfois été débutée tardivement (> 22 ans) . On retrouve une circonstance déclenchante.
On met sous antidépresseurs à choisir selon les symptômes. On met sous substitution afin dextraire le patient du milieu à risque. On fait un suivi psychothérapeutique autour du travail de deuil. On fait une délivrance quotidienne pendant 7 jours avec prise devant le pharmacien. On réinsère rapidement quand cela nest pas déjà fait. En aucun cas on ne met en péril un insertion préexistante, ce qui fait que souvent, larrêt de travail est impossible. La continuation du traitement de substitution et antidépresseur peut être très longue, parfois 1 à 2 ans. Larrêt se fait à loccasion de vacances, hors contexte dusage antérieur, lorsque le patient est parfaitement inséré et a trouvé ou retrouvé une capacité danticipation sur sa vie à venir.
En cas déchec (assez inhabituel si la prise en charge a été faite correctement), évoquer une psychose sous jacente, même légère, la continuation de circonstances favorisant la vulnérabilité (problèmes de couple ou familiaux, mauvaise évaluation de la cause de létat dépressif, perversion du système de soins par le "patient" toxicomane, usage quotidien de haschich).
Psychose
Le diagnostic de psychose est parfois évident (troubles hallucinatoires, bouffées délirantes rapportées par le patient ou les proches). Dans la majorité des cas, le diagnostic de psychose se fait "à la longue". Il ne faut pas perdre de vue que les opiacés et, à un degré moindre la buprénorphine, ont un effet anti-psychotique non négligeable.
Un certain nombre déléments peut aider à y penser: une certaine étrangeté du contact avec le patient, léchec de la prise en charge malgré une adhésion au suivi et plus particulièrement au thérapeute, la bonne acceptation des neuroleptiques qui est inhabituelle chez les usagers de drogues, laggravation fréquente lors de prise de haschich ou de cocaïne ou la mauvaise tolérance rapportée de la cocaïne.
Lorientation est donc psychiatrique, en sachant que les patients préfèrent avoir une étiquette de toxicomane que de malade mental, et que les psychiatres ne veulent souvent pas prendre en charge des patients usagers de drogues.
La plupart du temps, ce patient reste à la charge du médecin traitant. La mise sous méthadone est plus judicieuse que la mise sous buprénorphine, car le premier produit est plus sédatif et plus anti-psychotique. Toutefois, dans beaucoup de départements, les places sont chères, on se retrouve donc avec une mise sous buprénorphine, faute de mieux.
Arbre décisionnel de la prise en charge organique dans le suivi dun héroïnomane Avant propos (long mais indispensable).La prise en charge des troubles organiques chez un toxicomane, est évoquée par le médecin dès la première consultation. Elle est débutée, via des bilans, sauf problème urgent ou demande expresse du patient, dans les consultations suivantes.
Larbre décisionnel est largement sous tendu par les caractéristiques des maladies associées et la notion durgence organique. En dehors de lurgence organique, lintérêt de larbre décisionnel suivant est doptimiser les choix thérapeutiques en fonction du contexte. Ainsi, on ne sacharnera pas à instaurer en urgence un bilan et un traitement anti-viral chez un porteur dune hépatite C sil est psychotique car ce traitement risque de faire décompenser la maladie mentale sur un mode dépressif.
Toxicomanie et pathologies douloureuses
Les principales pathologies douloureuses rencontrées chez les toxicomanes se révèlent au sevrage ou à la mise sous buprénorphine du fait de la disparition des antalgiques majeurs. Le non traitement précoce de ces douleurs engendre des rechutes rapides car le patient amalgame régulièrement ces douleurs et un état de manque. Il vit alors le traitement substitutif comme inefficace sur son "état de manque".
On trouve en cours de sevrage beaucoup de gastrites ou de gastralgies ulcéreuses. La mise sous IPP simpose systématiquement si lon sèvre, et selon linterrogatoire si lon met sous buprénorphine. Le traitement doit être donné 14 jours.
Les problèmes dentaires doivent être recherché et traité par un dentiste au décours dun traitement antibiotique associé à des AINS (et un IPP ).
On trouve enfin beaucoup de problèmes rhumatologiques (sciatalgies et lombalgies en particulier, du fait de la fonte musculaire).
Toxicomanie et pathologies infectieuses.
On ne reviendra pas sur le problème des caries et abcès dentaires.
Le statut sérologique HIV , HCV , antigène hbs sera évoqué dès la première consultation, et demandé systématiquement. Le patient attend au moins cela du médecin. Lorientation sera fonction des résultats: HIV+ ou HCV+ OU ag hbs + : orientation spécialisée avant ou après un bilan biologique complémentaire (qui sera refait à lhôpital) , selon ses connaissances et la demande du patient. Souvent la découverte de ces pathologies responsabilise le patient toxicomane et relativise les causes de cette toxicomanie. Parfois une sérologie positive engendre une dérive, doù lintérêt dobliger le patient à anticiper sur son avenir, avant de faire ces sérologies. La prise de stupéfiants étant souvent une forme de non-suicide, les patients encore fragiles ne font pas leurs sérologies (report ou pertes dordonnances). Il ne faut donc jamais faire pression sur eux pour obtenir une sérologie.
En cas de sérologies dhépatite B négatives (antigène et anticorps), on vaccine.
En cas de fièvre persistante, il faudra effectuer un examen général avec bilan biologique et radiologique, en sachant que lantalgie est un handicap majeur dans la recherche diagnostique, autant que la compliance des patients.
Linterrogatoire recherchera des antécédents dover-dose ou de crises convulsives. Les états déficitaire neurologiques sont fréquents, séquellaires dover-doses, parfois révélés par des crises convulsives, parfois évidents, souvent négligés. Pourtant ces états ont des conséquences sociales importantes, outre le fait quils compliquent parfois le suivi.
Enfin, on recherchera des signes de cur pulmonaire chronique et dHVD en cas de shoot car la moitié des over-doses ou étiquetées comme tel, sont en réalité des embolies pulmonaires massives. Lhypertension artérielle pulmonaire est donc la suite normale de micro-emboles multiples non létaux.
Arbre décisionnelOn recherche dabord toutes pathologies rapidement dangereuses et lon prévient (ulcères de sevrage, phlébites et para-phlébites) ou lon traite et/ou oriente (syndrome infectieux sévère).
La notion de crises convulsives, dover-dose, de prises de benzodiazépines régulièrement, ou dalcool (polytoxicomanies) feront craindre la récidive de crises ou un état de mal. Chacun jugera de lopportunité dorienter le patient vers un service de médecine, ou dutiliser dans le cadre du traitement de sevrage des antiépileptiques benzodiazépiniques (rivotril) ou non benzodiazépiniques (dépakine). La plupart du temps, le patient nous impose son choix. Lhospitalisation reste la meilleure solution médico-légale, car il est rare que des services même spécialisés tiennent compte de tous ces items.
Prévenir les douleurs liées aux pathologies organiques associées, est aussi une priorité de pré-sevrage ou de mise sous buprénorphine. Ces douleurs résistantes aux antalgiques moyens, sont source darrêt de traitement. Linformation est importante afin déclairer le patient sur lorigine de ces douleurs (ce ne sont pas des symptômes de manque).
Ultérieurement, on bilantera les problèmes chroniques: douleurs, hépatites, état déficitaire, hypertension artérielle pulmonaire, gastrites persistantes, caries dentaires...
Stratégie thérapeutique.
Cest du bon sens de médecine générale:
- on ne sexcitera pas sur un bilan dhépatite C chez un dépressif sévère ou grave, qui naura pas de traitement anti-viral: il y a dautres priorités.
- si on doit sédater le patient, on prendra des produits à vertu anti-convulsives sil est connu comme épileptique. De même, si le patient est suspect dêtre psychotique, on utilisera un neuroleptique...
- certains antidépresseurs sont à la fois sédatifs et antalgiques.
- dès la moindre suspicion dusage immodéré du traitement, on saidera de la famille ou du pharmacien, via une délivrance quotidienne.
- on attendra après information, que le patient se décide à faire ses démarches de soins: enjoindre un patient (qui ne se sent pas prêt) à faire des soins aboutit régulièrement à une rupture du lien médical, et donc à un risque morbide accru.
Arbre décisionnel de la prise en charge sociale dans le suivi dun héroïnomane.
Le médecin a une place limitée dans cet arbre décisionnel. Son rôle consiste à stimuler ou modérer les démarches du patient en fonction de ses problèmes de santé et du pronostic. Il ne doit pas laisser le patient sengager dans des voies impossibles à court ou moyen terme, et le mettre ainsi à nouveau dans une situation déchec. Cest encore du bon sens de médecine générale.
Toute maladie grave ou prolongée doit saccompagner dune mise en ALD ou en longue maladie (article 324 l), ou invalidité (COTOREP).
Quelques exemples:
- on incitera la plus grande partie des patients à reprendre le travail ou à travailler le plus vite possible, mais on nincitera pas un patient à sinvestir dans la recherche dun travail définitif ou dun stage de formation si lon sait quil ne pourra pas le finir pour cause de traitement, de maladie ou de capacité intellectuelle.
- on évoquera chez un patient stabilisé, la possibilité dun déménagement si le contexte environnemental (quartier ou famille) semble délétère.
- on orientera vers une assistante sociale un patient en difficulté ou en détresse sociale, tout en sachant quil est parfois plus efficace de sadresser à des structures spécialisées dans la prise en charge de précarité pour obtenir une prise en charge plus globale. Chacun a ses correspondants, beaucoup de structures sont allergiques à lévocation même du mot "toxicomane".
- dune manière plus générale, on ne se débarrassera pas dun patient moyennant une adresse bidon, il est toujours préférable de connaître le correspondant, de le contacter, et de ne pas lui adresser des patients mal stabilisés ou du moins, quil ne pourra pas ou ne saura pas gérer. "On ne se débarrasse pas dun patient toxicomane, on sen embarrasse"
24/10/99