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La psychiagénie.

Résultats préliminaires d'une ré-analyse du problème cerveau-esprit


Ivan O. GODFROID, MD

Psychiagenia & Psychiatry Research Group (P.P.R.G.)

12, rue Fabien Gérard, B-7370 Wihéries (Belgique)

E-Mail : igodfroi@be.packardbell.org

 

Résumé :

La relation qui unit le cerveau et l'esprit (psychiagénie) est méconnue. On assiste toutefois depuis quelques années à de multiples tentatives de conceptualisation et d'exploration de notre fonctionnement cognitif. Des résultats remarquables sont rendus possibles par une imagerie cérébrale de plus en plus perfectionnée. Celle-ci n'offre toutefois qu'une analyse indirecte et tronquée de la relation psyché-soma. Le concept de psychiagénie tente d'offrir une approche globale du problème, ne se limitant pas à la cartographie fonctionnelle du cortex. Ce mémoire propose une classification des phénomènes psychiagéniques selon deux axes : leur appartenance ou non à la physiologie, et leur relation ou non avec le monde extérieur. Il est alors possible d'isoler quatre grandes catégories : deux physiologiques (l'autophysiopsychiagénie et l'hétérophysiopsychiagénie), et deux pathologiques (l'autopathopsychiagénie et l'hétéropathopsychiagénie). Dans chacune, les éléments constitutifs sont disposés selon leur appartenance au domaine de l'action ou de la perception. Cette classification présente l'avantage d'une répartition complète et homogène de phénomènes psychiagéniques parfois très différents. Il s'agit d'un premier pas vers l'exploration systématique et l'interprétation globale de la relation cerveau-esprit.

Summary :

Psychiagenia. Preliminary results of a reanalysis of the mind and brain problem.

The relationship between mind and brain (psychiagenia) is still poorly understood although there have been multiple attempts at conceptualising and exploring cognitive functioning over the last few years. Remarkable results are now possible, thanks to increasingly perfected brain imagery, but it only offers an indirect and truncated analysis of the psyche-soma relationship. The psychiagenia concept attempts to offer a global approach to the problem, not limiting itself to the functional cartography of the cortex. This study proposes a classification of the psychiagenian phenomena based on two axes : the one belonging or not belonging to physiology, the other relating or not relating to the external world. It is then possible to isolate four major categories : two physiological ones (selfphysiopsychiagenia and heterophysiopsychiagenia) and two pathological ones (selfpathopsychiagenia and heteropathopsychiagenia). In each one of these categories, constituting elements are distributed according to their relevance to the field of "action" or the field of "perception". This classification presents the advantage of a complete and homogenous distribution of sometimes very different psychiagenian phenomena. It is a first step towards a systematic exploration and a global interpretation of the relationship between mind and brain.

Le fait qu'une proposition dite "métaphysique" soit considérée comme un phénomène psychique ne veut nullement dire que celui-ci soit "purement psychique" pour reprendre une expression favorite de mes critiques. Comme si, en employant le mot "psychique", on constatait quelque chose de généralement connu ! Personne n'aurait-il donc encore entrevu que, lorsque nous nommons la "psyché", nous évoquons symboliquement l'obscurité la plus épaisse que l'on puisse s'imaginer ?  "

Carl G. Jung (1941).

Introduction

Le terme psychiagénie (11, 14) désigne la relation entre le cerveau et l'esprit, cette interaction psyché-soma qui, bien que l'essence même de l'être humain, reste inaccessible à la médecine moderne. Après avoir longtemps évité ce sujet quasi tabou, la recherche neuroscientifique s'y intéresse à présent de façon intense, et le nombre de publications sur le sujet est en constante croissance. Ces travaux, d'abord basés sur l'expérience animale, mettent aujourd'hui à profit la remarquable avancée de l'imagerie cérébrale, et s'appliquent à l'être humain lui-même (4, 17, 20). Les progrès de nos connaissances sont étonnants, mais ils se réfèrent d'avantage (voire exclusivement) à la machinerie corticale qu'à la psychiagénie proprement dite.

Nous aimerions proposer une alternative. Ce travail veut poser les fondations d'une recherche avant tout centrée sur la relation psyché-soma. Celle-ci commence, selon nous, par une classification plus rigoureuse des phénomènes psychiagéniques. Notre souci étant d'être complet, nous n'écartons aucune hypothèse a priori. Cette démarche a l'avantage d'une ouverture scientifique complète, mais elle expose à la critique : toutes les pistes doivent être examinées, même celles qui paraissent improbables. Notre démarche consiste dans un premier temps à classer les phénomènes cognitifs (au sens large) selon leurs similitudes et leur nature. L'objectif est d'obtenir à terme une théorie globale de la relation cerveau-esprit.

Méthode

Le premier pas de toute démarche médicale consiste sans nul doute à différencier, dans le fonctionnement d'un système, les éléments physiologiques des éléments pathologiques. Nous distinguons donc d'une part la physiopsychiagénie, ensemble des phénomènes relatifs à la relation psyché-soma qui survient chez l'être humain en bonne santé, dans le cadre de processus à visée somatique ou psychique ; et d'autre part la pathopsychiagénie, ensemble des phénomènes psychiagéniques qui écartent l'organisme de l'état d'homéostasie ou corrompent son fonctionnement normal (tableau I).

Tableau I  : La psychiagénie développée selon les axes physio/pathologique et auto/hétérotopique.

A partir de cette dichotomie, nous proposons de différencier à leur tour les constituants de la relation psyché-soma qui peuvent survenir sans l'influence du monde extérieur (en quelque sorte en " circuit fermé " ; préfixe auto-), des autres constituants qui impliquent, ou suggèrent, un échange avec l'environnement (préfixe hétéro-). A titre d'exemple, les sensations somesthésiques se classent dans la première catégorie (laquelle, soulignons-le, n'exclut pas un éventuel échange avec " l'extérieur ", mais implique la possibilité de survenir sans ce dernier) ; tandis que les hallucinations auditives appartiennent à la seconde catégorie (et ce, même si elles ne font que suggérer un échange avec l'environnement - or ce n'est pas le cas : ce sont par définition des perceptions sans objet). L'apparent contresens disparaît lorsque l'on se place en observateur intracorporel " naïf ".

Quatre catégories principales sont donc ainsi isolées : l'autophysiopsychiagénie, l'hétérophysiopsychiagénie, l'autopathopsychiagénie et l'hétéropathopsychiagénie. A l'intérieur de chacune de celles-ci, nous proposons enfin de classer les phénomènes psychiagéniques selon leur appartenance au domaine de l'action ou de la perception. Ces termes sont ici aussi employés dans un sens très général, en tentant de faire la distinction entre ce qui est plus " actif ", ou " créatif ", et ce qui est plus " passif " dans la relation cerveau-esprit. De ce point de vue, la mémoire n'est pas réellement un phénomène passif, mais elle est encore moins quelque chose de créatif : elle devrait donc être classée dans la catégorie " perception ".

Résultats

Nous avons isolé 32 sous-groupes d'événements relatifs à l'interaction entre le cerveau et l'esprit. Parmi ceux-ci, 18 ont trait à la physiopsychiagénie (tableau II), et 14 à la pathopsychiagénie (tableau III).

 

Tableau II  : La physiopsychiagénie : une classification.

    1. Autophysiopsychiagénie
    1. Action
    2. 1.A.1. Cognition

      1.A.2. Comportement émotionnel

      1.A.3. Langage

      1.A.4. Mouvement volontaire

      1.A.5. Biofeedback

      1.A.6. Effet placebo

      1.A.7. Psychoneuroimmunité (physiologique)

      1.A.8. Psycho-oncologie (physiologique)

      1.A.9. Autophysiopsychiagénie autre (action)

    3. Perception

1.B.1. Mémoire

1.B.2. Proprioception

1.B.3. Somesthésie

1.B.4. Autophysiopsychiagénie autre (perception)

 

    2. Hétérophysiopsychiagénie
    1. Action
    2. 2.A.1. Psychokinèse [?]

      2.A.2. Hétérophysiopsychiagénie autre (action)

    3. Perception

2.B.1. Perception sensorielle

2.B.2. Perception extrasensorielle [?]

2.B.3. Hétérophysiopsychiagénie autre (perception)

 

Tableau III  : La pathopsychiagénie : une classification.

    3. Autopathopsychiagénie
    1. Action
    2. 3.A.1. Affections psychiatriques

      3.A.2. Affections psychosomatiques

      3.A.3. Pseudocyesis

      3.A.4. Effet nocebo

      3.A.5. Psychoneuroimmunité (pathologique)

      3.A.6. Psycho-oncologie (pathologique)

      3.A.7. Autopathopsychiagénie autre (action)

    3. Perception

3.B.1. Hallucinations somesthésiques

3.B.2. Autopathopsychiagénie autre (perception)

 

    4. Hétéropathopsychiagénie
    1. Action
    2. 4.A.1. Poltergeist [?]

      4.A.2. Hétéropathopsychiagénie autre (action)

    3. Perception

4.B.1. Hallucinations sensorielles

4.B.2. Expériences métachoriques

4.B.3. Hétéropathopsychiagénie autre (perception)

 

Afin de permettre la classification de phénomènes ne correspondant pas, ou incorrectement, à l'un des 24 sous-groupes définis, ou encore qui ne sont pas précisés dans l'état actuel de nos connaissances, 8 sous-groupes indéfinis ont été créés. Ils portent le nom de l'une des quatre grandes subdivisions de la psychiagénie, suivi du pronom autre, et, entre parenthèses, d'une indication sur leur nature " active " ou " perceptive ". Par exemple : l'autophysiopsychiagénie autre (perception), où l'on pourrait classer une forme de perception centrée sur le corps, et qui n'aurait pas encore été décrite. Lorsque la démonstration scientifique d'un phénomène supposé n'est pas disponible, ou sujette à caution, cette incertitude est soulignée par un point d'interrogation entre crochets. Enfin, et dans le but de faciliter l'usage de cette classification provisoire, chacun des 32 sous-groupes est désigné par un code qui permet de le situer rapidement. Ce code comporte trois parties : un premier chiffre, qui se réfère à l'une des quatre principales catégories (1 = autophysiopsychiagénie ; 2 = hétérophysiopsychiagénie ; 3 = autopathopsychiagénie ; 4 = hétéropathopsychiagénie), ensuite une lettre, qui rappelle l'appartenance au domaine de l'action (A) ou de la perception (B), et finalement un numéro d'ordre arbitraire. Le code " 3.A.3. " désigne ainsi un élément de la relation psyché-soma d'ordre pathologique, affectant directement le corps, actif (créatif) et non perceptif : le numéro 3 précise qu'il s'agit du pseudocyesis.

Discussion

L'étude de la relation cerveau-esprit est d'une complexité infinie. La présente classification, que nous avons pourtant voulue simple et utilitaire, semble déjà pécher par excès de ramifications. Dans sa forme actuelle, elle pourrait toutefois générer de nombreux points de discussion. En effet, la place de tel ou tel autre phénomène peut être contestée, et ce jusque dans la numérotation arbitraire, ou encore la dénomination employée. La légitimité de certains sous-groupes (nous pensons aux éléments marqués d'un " [?] ") pourrait également paraître discutable, voire discréditer notre propos. Nous nous retrancherons dans ce cas précis derrière le doute, qui, dans une démarche scientifique correcte, ne souffre aucun a priori.

Le concept de psychiagénie postule l'existence d'une base organique à l'esprit. Quiconque a soigné des sujets déments ne peut qu'en être convaincu : il est poignant de constater qu'au début de sa maladie, le patient Alzheimer a tout à fait conscience de l'effritement progressif de ses facultés cognitives, et tente parfois de la combattre, de lutter, avant de perdre peu à peu cette conscience morbide. Or, précisément, ce déclin cognitif inéluctable est le reflet d'une accumulation de dépôts protéiques cérébraux toxiques (plaques de b -amyloïde), qui avec la formation des neurofibrilles, provoquent la dysfonction neuronale (38). Au-delà de cette démonstration par l'absurde, notre théorie présente deux implications éthiques majeures : la relation psyché-soma, autrement dit la vie de l'être humain en tant qu'individu à part entière, débute avec l'apparition des premières structures cérébrales fonctionnelles chez le fœtus, et se termine avec la mort cérébrale, telle qu'elle est définie dans l'état actuel de nos connaissances (40).

La cognition est le niveau d'autophysiopsychiagénie le plus élevé. Elle peut être consciente ou inconsciente : réduire la cognition à la simple pensée consciente semble inapproprié depuis les travaux de Libet et collaborateurs (21, 22, 23). Ces expériences soulignent, d'une façon qui a été certes critiquée, que la part inconsciente de l'interaction psyché-cerveau est aussi importante - voire dramatiquement supérieure ? - à la part consciente, même dans ce bastion de la liberté de décision qu'est le mouvement volontaire. Ajouté au langage (32) et au comportement émotionnel (19, 27), l'ensemble forme ce que l'on appelle habituellement les " fonctions intellectuelles supérieures " (17). Le biofeedback (2) dénote une capacité volontaire de moduler le contrôle exercé par le système nerveux autonome. Il s'agit là d'une piste de recherche privilégiée dans la compréhension de la relation psyché-soma : la similitude avec l'effet placebo et le pseudocyesis est évidente. Un placebo est une modalité thérapeutique qui exige la participation des fonctions intellectuelles supérieures du patient, l'intensité de cette participation induisant directement la réponse somatique curative, dénommée " effet placebo " (13). Cet effet physiologique est aussi l'une des preuves les plus concrètes d'une influence de la pensée sur l'évolution naturelle d'une affection (pour une discussion complète, voir (14)). La psychoneuroimmunité est un phénomène également très proche (1, 24). Ici aussi, comme avec la psycho-oncologie (29), la psychiagénie démontre ses extraordinaires capacités. La logique reste celle de l'effet placebo : le maintien de l'état d'homéostasie.

Notre hypothèse est qu'un mécanisme commun unit les phénomènes que nous venons de décrire. C'est dans la compréhension de ce mécanisme psychiagénique global que nous explorerons réellement la nature de la pensée humaine. Par conséquent, il apparaît que les techniques d'imagerie cérébrale (par émission de positrons, résonance magnétique cérébrale, ou encore étude du débit sanguin), si elles nous apportent des résultats intéressants et inédits, semblent progresser de part leurs paradigmes expérimentaux dans une voie parallèle à celle que nous suivons ; cette voie est selon nous sans issue.

L'histoire de la médecine nous apprend que la pathologie a souvent permis de mieux appréhender la physiologie. Précisément, le mécanisme psychiagénique global qui nous intéresse présente des perversions dont l'étude est instructive. L'autopathopsychiagénie est bien évidemment dominée par le vaste sous-groupe des affections psychiatriques (pour la classification la plus répandue, voir (3)). Parmi celles-ci, le trouble de conversion est particulièrement relevant, notamment le type avec symptôme ou déficit sensitif ou sensoriel (3). En effet, dans cette affection, on assiste à une dissociation partielle de la psychiagénie qui laisse tout clinicien perplexe - du moins cette dissociation est-elle avant tout consciente. Nous avons distingué les affections psychosomatiques des troubles psychiatriques, car la logique intrinsèque en est vraisemblablement distincte, et dans la majorité des cas, on ne peut pas réellement parler de maladie mentale. Le même raisonnement prévaut pour le pseudocyesis, qui survient classiquement en l'absence de toute comorbidité psychiatrique (11, 12). Dans ce phénomène, la patiente, persuadée à tord d'être enceinte, présente toutes les manifestations objectives et subjectives de l'état gravide (jusque dans la modification de la morphologie utérine et certains désordres hormonaux). Lorsque l'absence de grossesse est prouvée à la patiente, on assiste à une rapide disparition de la symptomatologie (11). Le pseudocyesis a d'ailleurs déjà été analysé par certains auteurs au travers d'une approche originale de la relation cerveau-esprit (6). L'effet nocebo (13) est de nature proche des phénomènes immunitaires pathologiques (psychoneuroimmunité pathologique) ou cancéreux (psycho-oncologie pathologique) influencés par le psychisme : dans chacun des cas, la relation psyché-soma " négative " a pour conséquence d'écarter l'organisme de l'état d'homéostasie, et donc de favoriser (sinon d'initier) le processus malin. La relation avec la pathologie mentale est possible, comme par exemple dans le cas des patients déprimés (9, 25, 31).

La place des phénomènes mnésiques dans le processus cognitif est à présent mieux cernée, même s'il persiste encore de nombreux points d'incertitude à investiguer. Le rôle de la mémoire de travail (working memory) dans les fonctions intellectuelles supérieures et ses substrats anatomiques font ainsi l'objet de nombreuses recherches (39). A côté des mécanismes sensoriels centrés sur le corps lui-même (proprioception et somesthésie), et des perceptions sensorielles reflétant les interactions de l'organisme et du milieu (odorat, vue, ouïe, gustation, toucher), nous avons envisagé la possibilité de perceptions " extrasensorielles " (certaines ont d'ailleurs parfois fait l'objet d'études scientifiques par le passé (35)). Selon la même logique, les phénomènes hypothétiques de psychokinèse (16) et de poltergeist (18) sont respectivement classés dans les catégories hétérophysiopsychiagénie et hétéropathopsychiagénie " action ". Enfin, parmi les autres phénomènes pathologiques, nous avons retenu les hallucinations somesthésiques et sensorielles, ainsi que les expériences métachoriques (ce terme désigne les expériences au cours desquelles l'environnement est globalement remplacé par un environnement hallucinatoire (15) ; il s'agit essentiellement des out-of-body experiences (O.B.E.) (34, 37) et des near-death experiences (N.D.E.) (28)).

Le concept de psychiagénie s'écarte donc des courants actuels de recherche basés sur l'imagerie cérébrale. Cela ne signifie pas qu'il s'écarte du courant scientifique : contrairement à certains auteurs, nous ne pensons pas que le problème cerveau-esprit soit " en définitive " philosophique, sous prétexte que l'expérience subjective reste inaccessible à la médecine (5, 7). A l'inverse, nous envisageons difficilement que l'étude d'ensembles neuronaux (10), par exemple, puisse à elle seule rendre compte du comportement ou de la cognition. L'interprétation des résultats obtenus par l'imagerie cérébrale a en outre déjà fait l'objet de nombreuses critiques de la part des spécialistes eux-mêmes (4, 33). La question est en effet : que mesurent ces expériences ? Pour utiliser une image, et toute considération dualiste mise à part, il semble bien que l'on ait compris la structure de la machine (" hardware "), et qu'éventuellement on commence à appréhender certains de ses modes de fonctionnement (" software ") - mais pourquoi feindre que nous ignorons toujours qui est aux commandes ? La clinique psychiatrique éclaire la question d'un jour nouveau, semble-t-il. C'est ce que nous avons discuté plus haut : l'étude de certains phénomènes psychiagéniques, et de leurs correspondances, ouvre de nouvelles voies de réponse. L'approche clinique, réunissant objectivité et subjectivité, est un élément intégrateur inestimable. La vision est ainsi pour beaucoup de chercheurs la forme de conscience la plus facile à étudier d'un point de vue expérimental (7, 8). Toutefois, le qualia (" sensation subjective ") de la conscience visuelle n'est pas réductible à l'activité neuronale concomitante. Par ailleurs d'autres phénomènes, tel le blindsight (30), sont difficilement interprétables au travers de nos conceptions actuelles : dans ces cas très rares, des patients présentant des lésions du cortex visuel primaire gardent, contre toute logique, une certaine capacité visuelle dont ils sont incapables de se rendre compte. Cette constatation nous ramène à un point fondamental de la relation psyché-soma évoqué plus haut : la part de l'inconscient dans la psychiagénie. Tout porte à croire, en effet, que l'analyse de l'information de chaque événement mental soit inconsciente (23, 36). En d'autres termes, l'origine de tout phénomène psychiagénique est inconsciente, mais sa finalité peut être soit consciente, soit inconsciente (26). C'est précisément l'une des données que l'imagerie est impuissante à intégrer, et ce, que les structures cérébrales relatives au conscient et à l'inconscient soient communes (23), ou pas.

Conclusions

Si nous voulons un jour expliquer de manière scientifique ce fondement de l'être humain qu'est la relation psyché-soma, la recherche se doit de diversifier et de repenser son approche. La psychiagénie offre une alternative, dont la base est une logique clinique : à la fois objective et subjective. La classification proposée dans cet article permet de considérer le problème d'une manière globale et systématique. Nous pensons qu'une des clefs de la relation cerveau-esprit réside dans l'analyse de cette similitude étiologique des phénomènes psychiagéniques, et qu'elle repose sur une approche pragmatique de l'inconscient. Reste à le démontrer.

Remerciements

Au cours de ses premières tentatives de conceptualisation, de 1994 à 1998, la psychiagénie a subi de nombreuses influences, qui l'ont peu à peu modelée et enrichie. Il nous serait impossible de les énumérer en quelques lignes. Que tout ceux qui ont contribués à la naissance de ce paradigme soient donc remerciés ici. Nous remercions particulièrement le Dr Anne Charlot, MD, pour sa lecture critique du manuscrit, et Madame Judy Smith, pour sa précieuse collaboration.

Ce travail a été financé par le Psychiagenia & Psychiatry Research Group.

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Dernière mise à jour le 11/07/2000